Dr Michel DE LORGERIL,
Patricia Salen
et Pr Joël de Leiris
Université Joseph Fourier
de Grenoble

Le concept de “French paradox“ a été proposé voilà près de 40 ans par des épidémiologistes anglais pour tenter de rationaliser l’étonnante observation que la mortalité par maladies cardiovasculaires était très basse en France comparée à celle du Royaume Uni, et ceci pour des niveaux de risque (c’est à dire de facteurs favorisant la survenue de ces maladies : tabagisme, sédentarité, hyperlipémies, hypertension artérielle, diabète, habitudes alimentaires cardio-toxiques) très comparables dans les deux pays.
Faire l’historique des discussions et des polémiques ayant entouré l’émergence, puis la persistance du concept, serait fastidieux. Il est toutefois important de rappeler que, au-delà des modes et des conflits d’intérêts, c’est souvent le facteur temps (c’est à dire la pérennité d’un concept dans le temps) qui constitue le critère principal de solidité d’un concept scientifique. Ceux qui ont récemment prétendu qu’il n’y avait pas de “French paradox“ auraient dû réfléchir à l’étonnante persistance de ce concept avant de prononcer leurs funèbres oraisons et subtiles analyses (voir ci-dessous quelques extraits de presse révélateurs de l’état d’esprit qui prévalait lors de l’enterrement du “French paradox“).

 

 

Mais pourquoi revenir sur une controverse certes récente mais déjà dépassée ?

Parce que ce récent avatar de l’information dite scientifique cache en fait d’autres enjeux qui doivent impérativement être mis au jour, ne serait-ce que pour aider à comprendre les ressorts réels et les obscures finalités de cette controverse.
Pour comprendre le premier ressort de la controverse (et c’est un vrai conflit d’intérêt !), il faut se souvenir que le concept de “French paradox“ est étroitement lié à l’idée que si les français sont relativement protégés des maladies cardiovasculaires, c’est en grande partie du fait de leurs habitudes alimentaires et notamment leurs fortes consommations de vin. Et les viticulteurs et producteurs de la boisson concernée ne se sont pas privés de cet argument, partout dans le monde, pour augmenter leurs ventes, éventuellement leurs exportations ! Personne n’est dupe ! Sauf les tartuffes !

Le deuxième ressort à rappeler est l’émergence en France, surtout depuis l’épopée des “vaches folles“, d’une forte préoccupation des français et, en conséquence, des autorités françaises compétentes (Santé Publique, Agriculture, Ecologie, Education, Recherche Scientifique), pour les problèmes de nutrition et d’alimentation. C’est très récemment que l’on a soudainement découvert l’importance de la nutrition dans toutes sortes de maladies dites chroniques, notamment les cancers, les maladies cardiovasculaires et certaines maladies neurologiques dégénératives.

Et c’est aussi très récemment que ces mêmes autorités ont découvert que les habitudes alimentaires des français ne correspondaient pas exactement aux canons du “bien-manger-pour-sa-santé“, généralement inspirés des recommandations élaborées par des experts de grandes institutions scientifiques (American Heart Association, British ou US National Health Institutes, European Society of Cardiology).

 

 

Que ces institutions soient d’obédience anglo-saxonne ne fait pas forcément problème, qu’elles soient de bonne volonté ne fait aucun doute, qu’elles soient de forte inspiration puritaine (donc peu enclines à considérer le vin comme une boisson favorable à la santé) est une réalité dont il faut tenir compte. Même si quelques voix discordantes se font entendre à propos de l’irréalisme de ce type de positionnement, froide négation des réalités sociologiques, il est encore peu concevable pour la majorité de ces experts de parler de l’alcool (bons et mauvais aspects) de façon objective et équilibrée. Malgré l’idée de plus en plus répandue que la consommation modérée d’alcool protège des maladies du cœur, alcool et tabac sont généralement classés par les experts anglophones dans la même catégorie des substances addictives à proscrire.

Quelques extraits de presse particulièrement évocateurs
 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"