Le
troisième ressort de la
controverse est venu, après la prise de conscience
que les français avaient apparemment de mauvaises
habitudes alimentaires (trop de graisses, trop de
viandes, pas assez de légumes et de fruits,
trop d’alcool, etc.), de la décision
de faire en sorte qu’ils changent. Sans considération
pour cette évidence que les français
sont tout de même relativement protégés
des maladies cardiovasculaires et probablement en
raison de leurs habitudes alimentaires (et de boisson),
on a lancé des campagnes d’information
pour qu’ils modifient leurs habitudes de vie,
notamment de manger et de boire. Et au premier plan
figurait l’admonestation qu’ils devaient
réduire leur consommation d’alcool
!
Ce qui n’est pas forcément illogique
!
Mais comment dire à des gens qu’il
faut qu’ils changent leurs habitudes quand,
dans le même temps, persiste chez ces gens
la forte idée que ces habitudes sont probablement
responsables de la relative protection dont ils
bénéficient ?
C’est pour résoudre cette gênante
contradiction que certains scientifiques, impliqués
dans les grandes stratégies de Santé
Publique de la dernière décennie,
annoncèrent que désormais il n’y
aurait pas (ou plus) de French paradox ! Circulez,
il n’y a plus rien à voir !
Il ne s’agit pas pour les auteurs de cet article
de condamner ou critiquer ceux qui décident
de contester des concepts et donc d’animer
le nécessaire débat scientifique.
Ce qui fait problème avec la récente
controverse sur le “French paradox“,
c’est la motivation des contestataires et
surtout les moyens utilisés. On pourrait
donc, sous prétexte de faciliter la diffusion
d’un message de Santé Publique par
ailleurs discutable, s’arroger le droit de
“re-visiter“ à sa convenance
des données scientifiques, nier des statistiques
médicales officialisées par l’OMS
et banaliser des concepts qui depuis plusieurs décennies
stimulent l’activité de nombreux groupes
de chercheurs.
Ainsi, s’appuyant sur (extrapolant) des données
scientifiques inadaptées au problème
posé, une sorte de campagne médiatique
(voir ci-après les extraits de presse) a
été lancée pour dénoncer
tous ensemble : le concept scientifique de “French
paradox“ lui-même, la naïveté
de ceux qui l’avaient décrit et tenté
de l’expliquer (notamment par le biais de
la consommation de vin), la cupidité de ceux
qui utilisaient le concept à des fins commerciales,
et la trivialité de ceux qui prétendaient
développer des programmes scientifiques pour
comprendre le concept lui-même, |
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les éventuels effets bénéfiques
de l’alcool ou du vin, ou les complexes interactions
biochimiques qu’entretiennent certains aliments
(notamment certaines graisses) avec l’alcool
(ou le vin). Voilà des universitaires et
des chercheurs patentés d’institutions
nationales qui n’hésitent pas, sous
le louable prétexte d’améliorer
la Santé Publique (“il faut ré-éduquer
les français et changer leur mode de vie,
et leurs habitudes alimentaires, et leurs façons
de boire!“), à manipuler des données
scientifiques inutilisables dans le contexte du
“French paradox“, à nier les
statistiques nationales de mortalité (et
des causes de décès) publiées
par l’OMS et l’INSERM et à avancer
de bien curieuses explications. A titre d’exemple,
prétendre que la France est un pays méditerranéen
témoigne d’une médiocre connaissance
des données géographiques, climatologiques
et agricoles qui caractérisent notre beau
pays (figure ci-jointe). Une des données
majeures du “French paradox“ c’est
peut-être justement que les viticulteurs français
(et les moines qui exigeaient du vin pour leurs
célébrations) aient été
capables au cours des siècles d’adapter
la vigne, une plante méditerranéenne
exigeante, à nos latitudes et climats non-méditerranéens
et de produire des breuvages de très haute
qualité malgré des conditions totalement
inadaptées à la plante originelle.
En un mot, les vignerons français auraient
réussi là où les producteurs
d’huile d’olive ont échoué
! Finalement, la principale curiosité de
cette controverse se trouve peut-être dans
l’étrange ambiguïté de
certains scientifiques dans leur acharnement à
vouloir “faire parler“ la réalité
en fonction de nécessités sociales
ou morales et, à ce prix, tenter de “donner
à voir le monde “selon une optique
déformée par leur volontarisme stratégique.
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