Dr Jean FERAUD

Chez les scientifiques, comme chez les sportifs, il y a au moins 2 catégories bien différentes : ceux qui montent sur le podium… et ceux qui n’y montent jamais.
Pour les scientifiques, l’équivalent du podium des sportifs, c’est la “publication”. Ce mot ayant un “sens codé” bien précis dans le milieu scientifique : il ne s’agit pas de la simple impression, sur du papier, du résultat de recherches, ni de leur parution sous l’entête d’un organisme inspirant a priori confiance au grand public (par exemple l’INSERM ou le Ministère de la Santé, pour les sujets de santé), ni encore de leur diffusion par un éditeur ou un journal, mêmes s’ils sont spécialisés et à nom “scientifique”.
Non, la seule vraie “publication”, la “validation mondiale”, c’est la parution des travaux dans un journal scientifique répondant impérativement à 3 conditions :
1 - faire d’abord réaliser des contre-expertises, par des experts restant anonymes.
2 - être doté d’un comité de lecture, qui cautionne la publication,
3 - être souvent cité, au niveau mondial, par d’autres journaux scientifiques.
Une “cote” des journaux scientifiques résume, de fait, le respect de ces 3 conditions. Elle est publique, comme les résultats sportifs : c’est “l’impact-factor”. Il permet de connaître les publications qui peuvent être diffusées. Et celles que le grand public n’a, au contraire, pas à intégrer.
C’est la “dure loi des sciences”. Mais c’est la seule façon de pouvoir faire le tri entre d’un côté, les rares découvertes validées par la communauté scientifique mondiale, qui peuvent donc être reprises, diffusées, considérées comme fiables… et d’un autre côté, les innombrables recherches qui, pour méritoire qu’elles soient, ne doivent pas brouiller les messages en donnant des informations non validées.
Cette hiérarchie est vitale, quand il s’agit de sciences de la vie, de médecine, de biologie. Et face à cette hiérarchie vitale, patiemment bâtie au niveau mondial depuis 50 ans, il y a donc quelques rares “trouveurs” et beaucoup de simples chercheurs.
Mais, à l’intérieur de ces “simples chercheurs”, il y a encore 2 catégories, comme sur un terrain de sport : ceux qui respectent la règle du jeu (dans leurs interventions devant le grand public, ils ne parlent que des découvertes de leurs collègues “trouveurs”) et ceux qui, au contraire, font de l’“anti-jeu”.

 

Ces derniers font état de leurs recherches, “validées” par leur seul entourage professionnel ou amical (voire politique, comme dans le cas du “rapport Roques”), ils contestent l’intérêt des découvertes publiées dans les journaux cotés, et ils demandent des subventions pour la continuation de leurs propres recherches, “les seules valables” bien sûr, CQFD !
Le comportement de ces “mauvais perdants” est cousu de fil blanc… Mais il est bien humain : les scientifiques sont des hommes comme les autres. Et seul, le système hyperhiérarchisé des “publications” permet de faire la différence entre leurs multiples mérites et titres, dans d’innombrables spécialités…
Ce qui est plus étonnant, c’est l’audience persistante de ces “mauvais perdants” auprès de certains professionnels. Par exemple en France, à propos des relations entre le vin et la santé : les professionnels français du vin auraient pourtant tout intérêt à s’en tenir à la hiérarchie mondiale des publications validées portant spécialement sur le vin et le bilan général de longévité (“décès pour toutes causes de mortalité”) sont unanimes, elles montrent toutes un effet positif jusqu’à 5 verres de vin par jour ! Le reste n’est que “recherche non validée”, amalgame avec alcools forts et bières, ou discours politico-administratif…
Il peut donc sembler curieux, qu’en France, les professionnels du vin privilégient encore fréquemment les simples chercheurs (et même quelquefois les “mauvais perdants”!) par rapport aux “trouveurs” mondialement reconnus. L’explication de cette anomalie est triple :
• la hiérarchisation mondiale des publications est encore peu connue, hors du milieu scientifique (et les “mauvais perdants” ne font évidemment rien pour la faire connaître !)
• les “trouveurs” sont rares, et très demandés dans les autres pays. Donc peu disponibles.
• les simples chercheurs sont au contraire plus disponibles. Et ont un besoin bien naturel de tribunes, pour obtenir les financements leur permettant de continuer leurs recherches, dans l’espoir d’être un jour vraiment “publiés”…
C’est un peu comme dans le football : nos meilleurs joueurs sont la plupart du temps à l’étranger. Tandis que, dans le championnat français, on voit surtout ceux qui… attendent d’être appelés à l’étranger !

   

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Une réalisation des Editions Du Voyage