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La première
étude épidémiologique qui conduisit
à soupçonner un lien entre une faible
mortalité par maladies coronariennes (MC) et
une consommation de vin date de 1979 (19). St Leger
et al., analysant les mortalités d’origine
coronarienne dans 18 nations, notaient alors l’existence
d’une relation inverse pour ces deux paramètres.
Ces mêmes auteurs observaient également
l’existence d’une association positive entre
MC et la consommation d’acides gras saturés
et monoinsaturés et d’une association négative
entre MC et consommation d’acides gras polyinsaturés.
A l’analyse par régression multiple, seule
la première relation subsistait.
Cette observation devenait le point de départ
de très nombreuses investigations épidémiologiques
et de véhémentes controverses aujourd’hui
en voie d’apaisement, au vu d’observations
dont la signification paraît désormais
évidente.
Durant la décennie 80, la majorité des
études prenant comme référence
la consommation d’alcool, quel qu’en soit
le vecteur, soulevait l’éventualité
d’une relation directe entre la consommation modérée
d’alcool et la santé. Mais c’est
surtout à partir de 1990 qu’avec l’analyse
des résultats du projet MONICA (MONItoring of
trends and determinants in CArdiovascular diseases),
conduit sous les auspices de l’OMS, que la relation
tendait à se confirmer. En 1992, analysant les
statistiques de Monica et d’autres, Renaud et
De Lorgeril (13) eurent le mérite de souligner
la situation privilégiée de la France
quant à sa mortalité cardiovasculaire
par rapport à celles des autres pays industrialisés,
en particulier les pays nordiques d’Europe et
d’Amérique ; et ceci malgré une
consommation élevée d’acides gras
saturés et des taux de cholestérol du
même ordre dans leur population. Le “French
paradox” faisait alors fortune aux Etats-Unis
et l’anglicisme prenait pied dans notre propre
langue ! Néanmoins, la communauté scientifique
demeurait perplexe quant à l’interprétation
des auteurs français, pour quatre raisons. La
première mettait en doute la fiabilité
du système français de collection des
causes de mortalité à partir des certificats
médicaux de décès, ce qui pouvait
être justifié. |
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Globalement,
ces études montrent que la MC atteint son paroxysme
dans l’Europe septentrionale (Finlande, Suède,
Ecosse) ; elle décroît au fur et à
mesure que l’on se rapproche du bassin méditerranéen.
La seconde avancée, non sans une certaine malice,
par des collègues anglais, estimait que la France
n’avait pas encore intégré dans
ses habitudes alimentaires une consommation importante
d’acides gras saturés dont la consommation
excessive favorise le processus artério-scléreux
(9) ; les données actuelles du projet Monica
infirment cette interprétation.
Mais ce sont surtout les deux dernières objections
qui limitaient d’adhésion à l’interprétation
du “French paradox”, des biais statistiques
ne pouvant alors être exclus. En effet, le groupe
de référence des non-buveurs d’alcool
pouvait inclure automatiquement les sujets à
la santé déjà fragilisée
qui, de ce fait, s’éloignaient naturellement
d’une consommation d’alcool qu’ils
supportaient mal ; les anciens buveurs repentis entraient
dans cette catégorie. Par ailleurs, le groupe
des sujets modérément buveurs d’alcool
et bénéficiant d’un présumé
avantage pour leur santé, pouvait aussi appartenir
à un niveau social plus élevé,
et/ou bénéficier d’un mode de vie
plus adapté à la longévité
que les non-buveurs d’alcool ; la disparité
quant à la durée de vie en relation avec
les conditions de l’existence, à l’avantage
des plus aisés, est en effet une notion bien
documentée. Nous verrons comment toutes ces objections
peuvent être écartées depuis peu.
Quoi qu’il en soit, à ce jour, de l’ordre
de 60 études épidémiologiques ont
été publiées de par le monde depuis
20 ans sur la relation entre la consommation modérée
d’alcool et la fréquence des maladies cardio-vasculaires.
L’étude initiale de Renaud et al (13) était
par la suite affinée et confirmée six
années plus tard (14) ; par précaution,
un échantillonnage important des sujets testés
fut examiné deux fois à 6 ans d’intervalle,
afin de s’assurer que les modalités de
comportement des individus ne s’étaient
pas modifiées depuis leur entrée dans
l’étude. Quatre-vingt dix pour cent environ
de toutes ces études décèlent une
relation positive. Les conclusions divergentes proviennent
toutes des pays nordiques, quoiqu’elles ne représentent
pas la majorité des résultats des études
réalisées dans ces mêmes régions. |
Relation entre le taux d'alcool
et la mortalité

A : Courbe en J typique représentant
globalement les effets de la consommation d’alcool
ou du vin sur la santé en comparaison avec
la situation des non-buveurs. Les non-buveurs sont
assignés d’un risque 1 et les buveurs
y sont reportés en fonction du taux de consommation
d’alcool. Le risque relatif égale le
nombre d’événements (par exemple
infarctus du myocarde) parmi les buveurs divisé
par le nombre d’événements parmi
les non-buveurs.
Notez que le risque relatif quant aux effets adverses
sur la santé est plus bas que celui des non-buveurs
quand la consommation est entre un et quatre verres
par jour; au-delà de 4 verres, le risque des
buveurs excède celui des non-buveurs.
B : Risque relatif de mort réajusté
pour l’âge, l’éducation,
l’activité physique, le caractère
fumeurs ou non et le poids du corps, en relation avec
l’absorption d’alcool et le type de boisson
(d’après 4). L’astérisque
et la double épée représentent
un risque avec une signification de P inférieur
respectivement à 0,02 et 0,01. |
Pour
la grande majorité des publications, la relation
entre les doses d’alcool consommées et
la mortalité fait apparaître une courbe
en J (Fig.1), avec une baisse lente et progressive
de la mortalité pour des doses d’alcool
journellement consommées de 1 à 35 g
(soit un maximum de l’équivalent de 3
verres de vin), suivie d’une progressive puis
brutale remontée, au-delà. Le risque
relatif de mortalité tombe en moyenne aux environs
de 0,60-0,65 pour l’effet maximum, et ceci avec
des ingestions d’alcool correspondant à
l’équivalent de deux à trois verres
de vin par jour. L’analyse des causes de mortalité
dans la partie décroissante de la courbe montre
que cette baisse de mortalité est due à
une régression des MC et des thromboses cérébrales,maladies
en relation avec le développement d’un
processus athéromateux.

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En France,
nous observons la même décroissance Nord-Sud
avec une baisse parallèle de la consommation
d’alcool mais une hausse également parallèle
de la consommation de vin,les taux d’atteinte
coronarienne de Toulouse étant inférieurs
à ceux de Lille mais supérieurs à
ceux de Barcelone, eux-mêmes encore supérieurs
à ce que connaît la Crète qui,
en la matière touche le fond. La coexistence
de cet avantage de santé avec la consommation
de vin paraît évidente et la démonstration
apportée d’un effet protecteur des boissons
alcoolisées à doses modérées,
montre donc que ce privilège n’est pas
strictement limité à l’hexagone.
Mais cette distribution géographique donne
à penser déjà que le vin pourrait
être d’un intérêt supérieur
à l’alcool pris sous d’autres formes
et que l’alcool pourrait ne pas être seul
en cause pour la prévention des MC.
Peut-être aurons-nous un jour à intégrer
de nouveaux éléments dans cet effet
bénéfique de l’alimentation avec,
sans aucun doute, un effet propre à l’alcool,
mais éventuellement potentialisé par
d’autres facteurs du vin ou de l’alimentation
solide, l’ensemble permettant d’accéder
à une prévention maximale ?…
Une supériorité du régime méditerranéen
en quelque sorte.
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