Une corrélation
statistique entre la consommation de vin et une régression
de la mortalité par artériosclérose
ne résout pas clairement la question clé
: savoir si c’est bien la consommation modérée
d’alcool par elle-même ou les facteurs
associés, qui sont responsables de la baisse
de mortalité par artériosclérose
(facteurs culturels, sociaux, économiques ou
encore propres à l’état de santé,
au sexe, à l’âge des individus
concernés). La “preuve” d’un
effet protecteur irréfutable ne pourrait être
apportée que par des essais d’intervention,
si possible randomisés, mettant en évidence
une régression de la maladie, avec l’introduction
du facteur en cause, en l’occurrence l’introduction
dans le régime alimentaire d’une consommation
de vin à doses croissantes chez des sujets
n’ayant jamais consommé d’alcool
antérieurement. On conçoit aisément
l’impossibilité pratique et éthique
d’un tel essai.
La majorité des études épidémiologiques
les plus récentes a pris en compte ce risque
de confusion des facteurs, en sériant les types
de populations examinées et en considérant
le plus grand nombre possible d’entre eux. Il
est hors de propos de les considérer toutes.
Parmi elles, nous en retiendrons six qui nous paraissent
très significatives, soit parce qu’elles
concernent des cohortes de médecins ou d’infirmières,
c’est-à-dire des populations capables
de transmettre des informations fiables sur leur santé
et relativement homogènes quant à leur
mode de vie et leur niveau social, soit parce qu’elles
valident secondairement l’effet bénéfique
de l’alcool à doses modérées
posé comme postulat.
La première étude concerne 12 321 médecins
anglais répertoriés sur 13 années
(2), tous de sexe masculin. Toutes les analyses statistiques
des causes de mortalité étaient standardisées
pour l’âge, l’aspect fumeur ou non.
La courbe en J classique y est retrouvée pour
toutes les causes de mortalité et les MC. La
décroissance de mortalité pour les doses
modérées de consommation d’alcool
est progressive, atteint son plus bas taux avec une
consommation (vin, bière, spiritueux…)
correspondant à l’équivalent d’environ
14 verres d’alcool en équivalent vin
par semaine ; suivie d’une remontée de
la mortalité avec les doses croissantes d’alcool.
La seconde étude (3) porte sur 85 709 infirmières
américaines suivies sur 12 années, avec
des résultats analogues ; cette dernière,
la plus importante de par le nombre, montre que le
sexe féminin bénéficie aussi
des avantages liés à une consommation
modérée d’alcool, en particulier
après la ménopause, quand les accidents
cardio-vasculaires deviennent prédominants.
La troisième étude (1) réalise
un suivi prospectif de 10,7 années sur 22 071
médecins américains, toujours de sexe
masculin, dans des conditions analogues aux précédentes,
avec des conclusions identiques. La quatrième
(11) présente la particularité de s’adresser
à 5 358 médecins américains toujours
de sexe masculin qui avaient présenté
un infarctus du myocarde et qui furent suivis sur
une moyenne de cinq années dans une étude
prospective du risque de rechute.
Ici encore, l’absorption modérée
d’alcool allait de pair avec une réduction
de la mortalité (p=0,016), avec un risque relatif
qui tombait, au mieux, à 0,72 avec l’équivalent
de quatre verres de vin par semaine, pour remonter
ensuite avec les doses croissantes d’alcool.
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Cette dernière étude est particulièrement
convaincante dans la mesure où les mêmes
individus sont concernés à deux moments
de leur existence, une modification intercurrente
de leur comportement vers un risque accru d’infarctus
étant inconcevable dans ces conditions. Chez
de tels patients, l’alcool a été
et reste toujours contre-indiqué pour la
maladie diabétique elle-même. Or, dans
un suivi de 12,3 années sur 983 diabétiques
anciens des deux sexes, l’effet optimal observé
avec un à deux verres d’alcool par
jour, réduisait jusqu’à cinq
fois le risque considéré (risque relatif
de 0,21), alors qu’il ne tombait qu’à
0,60-0,65 dans les études concernant la population
générale. Enfin, la toute récente
démonstration que le risque de rechute, après
infarctus du myocarde, apparaît d’autant
plus élevé que les individus oxydent
davantage l’éthanol, apporte une preuve
difficilement contestable d’une relation bénéfique
entre l’alcool et la santé. Cette étude
(6) qui s’insère dans la cohorte des
médecins américains précités
(1) montre que les sujets homozygotes pour l’allèle
gamma-2 du gène codant l’alcoolo-déshydrogénase
3, et qui oxydent lentement l’alcool, ont
un pourcentage de rechutes moindre que les sujets
homozygotes pour l’allèle gamma-1 qui
oxydent rapidement. Si l’on considère
chez ces mêmes sujets leur consommation d’alcool,
le risque diminue avec une consommation modérée
pour les trois génotypes mais les sujets
homozygotes pour l’allèle gamma-1 bénéficient
moins de l’effet bénéfique d’une
consommation modérée d’alcool
que les sujets hétérozygotes gamma1-gamma2
et a fortiori homozygotes gamma2-gamma2. Pour une
consommation évaluée à une
prise d’alcool par jour, le risque relatif
de rechute pour les sujets homozygotes qui oxydaient
fortement tombe de 0,62 à un taux aussi bas
que 0,14 pour ceux qui oxydent faiblement.
Enfin, quoique jamais invoqué dans la littérature,
il est à nos yeux un dernier argument qui
tend à valider les résultats des études
épidémiologiques établissant
une relation entre une consommation modérée
d’alcool et la santé : l’existence
d’un effet dose, avec presque toujours un
optimum de consommation. L’effet bénéfique
croissant en fonction de la dose ingérée
pour les doses faibles, ne peut pas être contingent
d’un niveau social ou d’un état
de santé de la population considérée.
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