Pr. Jacques Pillot
Professeur honoraire
à l'institut Pasteur et à la faculté de médecine de l'université de Paris-Sud
Les risques de confusion
dans l'interprétation épidémiologique des résultats
 Introduction
 Les études épidémiologiques
et leurs résultats
 Les risques de
confusion dans l'interprétation épidémiologique
des résultats
 Les récentes études encore discordantes...
 Autres effets
bénéfiques possibles
 Conclusions
 Bibliographie

Une corrélation statistique entre la consommation de vin et une régression de la mortalité par artériosclérose ne résout pas clairement la question clé : savoir si c’est bien la consommation modérée d’alcool par elle-même ou les facteurs associés, qui sont responsables de la baisse de mortalité par artériosclérose (facteurs culturels, sociaux, économiques ou encore propres à l’état de santé, au sexe, à l’âge des individus concernés). La “preuve” d’un effet protecteur irréfutable ne pourrait être apportée que par des essais d’intervention, si possible randomisés, mettant en évidence une régression de la maladie, avec l’introduction du facteur en cause, en l’occurrence l’introduction dans le régime alimentaire d’une consommation de vin à doses croissantes chez des sujets n’ayant jamais consommé d’alcool antérieurement. On conçoit aisément l’impossibilité pratique et éthique d’un tel essai.
La majorité des études épidémiologiques les plus récentes a pris en compte ce risque de confusion des facteurs, en sériant les types de populations examinées et en considérant le plus grand nombre possible d’entre eux. Il est hors de propos de les considérer toutes. Parmi elles, nous en retiendrons six qui nous paraissent très significatives, soit parce qu’elles concernent des cohortes de médecins ou d’infirmières, c’est-à-dire des populations capables de transmettre des informations fiables sur leur santé et relativement homogènes quant à leur mode de vie et leur niveau social, soit parce qu’elles valident secondairement l’effet bénéfique de l’alcool à doses modérées posé comme postulat.
La première étude concerne 12 321 médecins anglais répertoriés sur 13 années (2), tous de sexe masculin. Toutes les analyses statistiques des causes de mortalité étaient standardisées pour l’âge, l’aspect fumeur ou non. La courbe en J classique y est retrouvée pour toutes les causes de mortalité et les MC. La décroissance de mortalité pour les doses modérées de consommation d’alcool est progressive, atteint son plus bas taux avec une consommation (vin, bière, spiritueux…) correspondant à l’équivalent d’environ 14 verres d’alcool en équivalent vin par semaine ; suivie d’une remontée de la mortalité avec les doses croissantes d’alcool.
La seconde étude (3) porte sur 85 709 infirmières américaines suivies sur 12 années, avec des résultats analogues ; cette dernière, la plus importante de par le nombre, montre que le sexe féminin bénéficie aussi des avantages liés à une consommation modérée d’alcool, en particulier après la ménopause, quand les accidents cardio-vasculaires deviennent prédominants. La troisième étude (1) réalise un suivi prospectif de 10,7 années sur 22 071 médecins américains, toujours de sexe masculin, dans des conditions analogues aux précédentes, avec des conclusions identiques. La quatrième (11) présente la particularité de s’adresser à 5 358 médecins américains toujours de sexe masculin qui avaient présenté un infarctus du myocarde et qui furent suivis sur une moyenne de cinq années dans une étude prospective du risque de rechute.
Ici encore, l’absorption modérée d’alcool allait de pair avec une réduction de la mortalité (p=0,016), avec un risque relatif qui tombait, au mieux, à 0,72 avec l’équivalent de quatre verres de vin par semaine, pour remonter ensuite avec les doses croissantes d’alcool.

 

Cette dernière étude est particulièrement convaincante dans la mesure où les mêmes individus sont concernés à deux moments de leur existence, une modification intercurrente de leur comportement vers un risque accru d’infarctus étant inconcevable dans ces conditions. Chez de tels patients, l’alcool a été et reste toujours contre-indiqué pour la maladie diabétique elle-même. Or, dans un suivi de 12,3 années sur 983 diabétiques anciens des deux sexes, l’effet optimal observé avec un à deux verres d’alcool par jour, réduisait jusqu’à cinq fois le risque considéré (risque relatif de 0,21), alors qu’il ne tombait qu’à 0,60-0,65 dans les études concernant la population générale. Enfin, la toute récente démonstration que le risque de rechute, après infarctus du myocarde, apparaît d’autant plus élevé que les individus oxydent davantage l’éthanol, apporte une preuve difficilement contestable d’une relation bénéfique entre l’alcool et la santé. Cette étude (6) qui s’insère dans la cohorte des médecins américains précités (1) montre que les sujets homozygotes pour l’allèle gamma-2 du gène codant l’alcoolo-déshydrogénase 3, et qui oxydent lentement l’alcool, ont un pourcentage de rechutes moindre que les sujets homozygotes pour l’allèle gamma-1 qui oxydent rapidement. Si l’on considère chez ces mêmes sujets leur consommation d’alcool, le risque diminue avec une consommation modérée pour les trois génotypes mais les sujets homozygotes pour l’allèle gamma-1 bénéficient moins de l’effet bénéfique d’une consommation modérée d’alcool que les sujets hétérozygotes gamma1-gamma2 et a fortiori homozygotes gamma2-gamma2. Pour une consommation évaluée à une prise d’alcool par jour, le risque relatif de rechute pour les sujets homozygotes qui oxydaient fortement tombe de 0,62 à un taux aussi bas que 0,14 pour ceux qui oxydent faiblement.
Enfin, quoique jamais invoqué dans la littérature, il est à nos yeux un dernier argument qui tend à valider les résultats des études épidémiologiques établissant une relation entre une consommation modérée d’alcool et la santé : l’existence d’un effet dose, avec presque toujours un optimum de consommation. L’effet bénéfique croissant en fonction de la dose ingérée pour les doses faibles, ne peut pas être contingent d’un niveau social ou d’un état de santé de la population considérée.

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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