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Pr. Jacques Pillot
Professeur honoraire
à l'institut Pasteur et à la faculté de médecine de l'université de Paris-Sud
Les récentes études encore discordantes...
 Introduction
 Les études épidémiologiques
et leurs résultats
 Les risques de
confusion dans l'interprétation épidémiologique
des résultats
 Les récentes études encore discordantes...
 Autres effets
bénéfiques possibles
 Conclusions
 Bibliographie
A titre d’exemple, nous citerons une étude écossaise (5) qui porte sur 5 766 hommes et a été conduite depuis 1970-73 sur 21 années d’observation, dans des conditions analogues à celles de l’étude française. Si la mortalité, particulièrement par accidents cérébraux, croissait pour des consommations de vin, de bière ou de liqueurs supérieures à trois équivalents de verre de vin par jour, aucun effet bénéfique n’était perçu à cette dose et pour les doses inférieures. Une dernière étude, suédoise (15), a porté sur 49 618 jeunes ; les taux de décès et les causes ont été évalués 25 années après leur enrôlement lors de la conscription, avec pour seule référence sur leur mode de vie, leur déclaration de conscrit. La consommation d’ alcool amenait une mortalité supplémentaire de 14 % avec une augmentation de 37 % des accidents vasculaires cérébraux. A noter, cependant, une baisse de 16 % du taux d’infarctus qui ne compensait pas pour autant l’augmentation globale de la mortalité. Les conclusions que l’on pourrait tirer de cette dernière étude, comme quoi l’alcool à dose modérée serait globalement nuisible pour la santé des jeunes, restent à confirmer. En effet, la consommation déclarée d’alcool (plus de 15 g par jour) au seul moment de la conscription, ne permet pas de connaître avec certitude ce qu’a été la consommation et le mode de vie des 25 années qui ont suivi.
Ces publications contradictoires présentent la particularité d’être nordiques, dans des régions qui ont précisément fourni la quasi-totalité des résultats discordants sur le sujet et où le vin entre pour une part réduite dans la consommation des breuvages alcoolisés. La bière ou les spiritueux qui prévalent dans l’ alimentation des Nordiques pourraient ne pas avoir les vertus du vin, assorti d’une alimentation méditerranéenne. Le problème soulevé par les auteurs suédois doit être réenvisagé dans des conditions prenant en compte les observations mentionnées, avant de conclure que ce qui est valable pour un âge plus avancé, ne le serait pas pour les plus jeunes. L’hypothèse peut être enfin émise que les conditions de vie des pays nordiques sont tellement favorables à l’éclosion des maladies cardiovasculaires que les liqueurs ou la bière consommées sont insuffisantes pour contrarier le processus de l’altération artérielle.
Demeurent cependant encore discordantes les conclusions des études épidémiologiques concernant la valeur relative des différents breuvages alcoolisés. Si l’effet bénéfique de l’alcool à doses modérées n’est plus contestable, il ne semble pas qu’un effet bénéfique de même niveau puisse être obtenu avec la bière ou les spiritueux. La majorité des études épidémiologiques tend à montrer que la corrélation entre la consommation de bière ou de spiritueux et la réduction du taux d’accidents cardio-vasculaires est plus faible que celle reconnue pour le vin (17). Mais ce sont surtout les travaux expérimentaux sur l’animal qui tendent à établir la supériorité du vin sur les autres breuvages. Le premier stade dans le développement de l’artériosclérose paraît être une pénétration des lipoprotéines du sang de basse densité (LDL) dans l’espace sub-endothélial de la paroi artérielle où elles sont oxydées localement, induisant un afflux de monocytes-macrophages qui les phagocytent ; ces cellules activées se transforment en cellules “spumeuses” et amorcent un processus inflammatoire aboutissant à une réorganisation de la paroi artérielle, avec pour conséquence une réduction du calibre des vaisseaux.
 

L’oxydation des acides gras insaturés des LDL est considérée comme pouvant être le primum movens de la lésion athéromateuse prédestinant à l’infarctus. Quoi qu’il en soit, l’aspect inflammatoire des lésions athéromateuses, du moins au début, est maintenant bien documenté (7). L’amplification génique permet même de déceler dans un nombre non négligeable d’entre elles des génomes ou des fragments de génomes de Chlamydia pneumoniae. La signification de cette observation bien confirmée reste incertaine, des produits bactériens pouvant être véhiculés par les macrophages.


L’administration d’eau alcoolisée, comparativement à du vin de même concentration en éthanol, pendant deux semaines, à des souris déficientes en apo-protéine E (qui de ce fait développent rapidement des lésions athéromateuses) ne prévient pas l’établissement des lésions, mais l’altération des parois artérielles est toutefois réduite de moitié chez les souris recevant du vin. Ces résultats paraissent associés à une susceptibilité réduite des LDL à l’oxydation et les effets bénéfiques peuvent être reproduits en traitant les souris par la quercitine, à un moindre degré par la catéchinse ; ces polyphénols du vin ont une puissante action réductrice, supérieure à l’action anti-oxydante de l’alcool lui-même. Rien ne prouve toutefois que les résultats de la souris soient transposables à l’homme. Bien que plusieurs groupes d’auteurs aient noté une augmentation des propriétés anti-oxydantes du plasma après absorption de vin, de polyphénols du vin ou même de whisky (pour revue, voir (17)), il n’en est pas toujours ainsi. Personnellement, nous ne retrouvons pas de variation du pouvoir anti-oxydant du plasma chez quatre volontaires soumis à un régime contrôlé quant aux antioxydants présents dans l’alimentation et comportant un breuvage strictement hydrique pendant un mois, suivi d’une consommation de trois verres de vin rouge pendant le mois suivant. Avec la même technologie, l’administration de vitamine E induit pourtant un accroissement de l’activité antioxydante du plasma sanguin. Les mécanismes intimes de l’artériosclérose ne nous semblent pas encore suffisamment connus pour définir avec certitude la cible d’un facteur présumé protecteur. Par ailleurs, dans les études épidémiologiques, le bénéfice relatif lié à un type de boisson ne prend pas en compte les différences qui caractérisent les différents schémas de consommation. Par exemple, il n’est pas invraisemblable que l’alcool de la bière, — boisson — boisson davantage consommée en dehors des repas —, soit moins efficace que le vin ingéré, lui, à doses fractionnées avec les aliments. Par ailleurs, l’effet bénéfique des alcools forts est certainement plus ou moins masqué par leurs effets irritants pour les voies digestives supérieures avec des risques de dégénérescence cancéreuse inéluctables.

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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