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On étudie depuis plus
de vingt ans la possibilité que l'alcool
protège contre la baisse de l'activité
cognitive liée à l'âge et
les maladies neurodégénératives.
Une consommation d'alcool faible à modérée
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c'est-à-dire un à
trois verres par jour – est associée
à une mortalité plus basse, un
risque réduit de cardiopathie coronarienne
et une diminution des lésions de la substance
blanche. Étant donné que les maladies
vasculaires sont la cause de démences
à la fois de type vasculaire et d'Alzheimer,
on s'est à nouveau intéressé
au rôle de l'alcool, même si des
études précédentes n'ont
donné aucun résultat.
Des études transversales effectuées
dans les années quatre-vingt n'incluaient
pas l'éventualité de troubles
comorbides de confusion et donnaient des résultats
contradictoires (rapports des cotes allant de
0-5 à 2-3). Des méta-analyses
de ces études de contrôle de cas
n'ont mis en évidence aucune association
significative entre la consommation d'alcool
et la démence. Cependant, l'exclusion
d'individus ayant une histoire d'alcoolisme
ou de maladie cardiovasculaire a été
une source importante d'erreurs dans nombre
de ces études. Le fait que l'abstinence
d'alcool est en général le résultat
d'une mauvaise santé est une autre source
possible d'erreurs. De plus, certaines études
ne différenciaient pas le type ou la
quantité d'alcool consommé.
On a maintenant fait plusieurs études
basées sur une population à grande
échelle, qui considéraient à
la fois les facteurs de risque se confondant
et ceux agissant l'un sur l'autre dans une étude
longitudinale. La plupart de ces études
ont mis en évidence une association de
la consommation d'alcool avec une baisse du
risque de démence éventuelle.
Des études plus récentes ont montré
que le risque est élevé à
la fois chez les personnes qui s'abstiennent
de boire et chez celles qui consomment beaucoup
d'alcool. L'étude longitudinale de Rotterdam
– qui utilisait des "non-buveurs"
plutôt que des personnes qui s'abstenaient
depuis peu comme groupe de référence
– a conclu que le risque était
inférieur chez les personnes qui consommaient
une à trois boissons par jour.
Il faut également considérer les
variables non liées à la santé.
Leibovici et coll. ont rapporté une baisse
du risque de démence (rapport des cotes
- 0.26) associée à la consommation
d'alcool. Cependant, quand le lieu de résidence
était inclus dans le modèle utilisé,
cet effet disparaissait. Ceci est dû au
fait qu'une personne âgée présentant
des troubles cognitifs légers ou une
démence vit en général
dans une maison de repos où l'alcool
est interdit. Les études qui ne prennent
pas en compte les facteurs non liés à
la santé courent donc le risque de mal
classifier les participants.
Dans une récente étude prospective
de témoins au sein d'une cohorte, Mukamal
et coll. ont essayé d'éviter les
erreurs systématiques des études
précédentes. Ils ont pris des
mesures répétées de consommation
d'alcool, ont séparé les buveurs
des non-buveurs de longue date, et ont essayé
d'établir un comportement de buveur sur
les 5 ans précédant le début
de l'étude. Mukamal et coll. ont également
tenté d'obtenir une estimation par variables
représentatives des participants décédés
ou indisponibles.
Les résultats de l'analyse confirment
les conclusions précédentes d'un
léger effet protecteur de la consommation
d'alcool faible à modérée
sur le risque de dé-mence. Cependant,
sur 5 888 participants de l'étude initiale,
842 n'ont pas été examinés,
1 386 n'ont pas eu d'examen IRM, 52 n'ont pas
eu un examen cognitif complet et 107 des 480
éventuels cas de démence ont été
éliminés. |
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Les personnes présentant des troubles
cognitifs et un début de démence
ont tendance à refuser les examens cognitifs,
à avoir des difficultés à
se déplacer aux cen-tres d'examens, ou
à abandonner les groupes d'études
en raison d'un changement de résidence.
Les auteurs ont noté, par exemple, que
les individus qui ont subi un examen IRM complet
étaient sensiblement en meilleure santé
et consommaient sensiblement plus d'alcool que
ceux qui ne le faisaient pas. Par conséquent,
il se peut que cette étude ait été
sujette à des erreurs systématiques.
L'étude de Mukamal et coll. est en progrès
par rapport aux études précédentes
pour deux raisons : premièrement, la
fonction cognitive a été appréciée
rétrospectivement par un questionnaire
à variables représentatives chez
des individus décédés,
bien qu'une telle appréciation globale
couvre toutes les causes de déclin cognitif
terminal ; et deuxièmement, le comportement
de buveurs sur les 5 ans précédant
le début de l'étude a été
apprécié pour l'identification
des individus susceptibles d'avoir arrêté
de boire récemment en raison de problèmes
cognitifs ou autres problèmes de santé. |
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Mais une période de 5 ans est-elle
suffisante ? Étant donné que la
démence en fin de vie a été
associée à une tension artérielle
élevée au début de l'âge
adulte, les jeunes adultes qui présentent
un risque élevé de développer
une démence réduisent-ils leur
consommation d'alcool à un jeune âge
pour cause d'hypertension ?
Bien que la plupart des études basées
sur une population aient démontré
que la consommation d'un à trois verres
d'alcool par jour diminue le risque de dé-mence
en fin de vie, ces conclusions doivent être
interprétées avec une grande précaution.
Des études basées sur une population
ont été faussées par divers
problèmes: le diagnostic de démence
éventuelle, la fiabilité des dires
des patients sur leur consommation d'alcool,
les fluctuations du mode de comportement de
buveur tout au long de la vie, la mortalité
et les erreurs dues aux défections. De
manière plus importante, si l'alcool
protège, à quel âge protège-t-il
? Des chercheurs ont supposé que l'alcool
protégeait immédiatement avant
le début potentiel de la démence.
Cependant, si l'on considère les effets
négatifs de la consommation d'alcool
– tels que ictus, atrophie corticale,
accidents de la route et chutes – les
praticiens devraient réfléchir
avant de prescrire plusieurs verres d'alcool
par jour en l'absence de bénéfice
notable. Références
1 Scherr PA, LaCroix AZ, Wallace RB. Light to
moderate alcohol consumption and mortality in
the elderly, I Am Geriatr Soc 1992; 40: 651-57.
2 Ruitenberg A., van Swieten JC, Witteman JC,
et al. Alcohol consumption and risk of dementia
: the Rotterdam study. Lancet 2002; 359: 281-86.
3 Leibovici D, Ritchie K, Ledésert B.,
Touchon I.
The effects of wine and tobacco consumption
on cognitive performance in the elderly: a longitudinal
study of relative risk. Int I Epidemiol 1999;
28: 77-81.
4 Mukamal KI, Kuller LH, Fitzpatrick AL, Lungstreth
WT, Mittleman MA, Siscovick DS. Prospective
study of alcohol consumption and risk of dementia
in older adults. IAMA 2003; 289: 1405-13.
5 Skoog I, Lerntelt B, Landahl S, et al. 15
year longitudinal study of blood pressure and
dementia. Lancet 1996; 347: 1141-45. |
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