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le numéro 5 d'août 2002, entièrement
consacré au Vin "40 pages à votre
santé" l'hebdomadaire Impact Médecine
s'est intéressé aux médecins
devenus vignerons par atavisme, par goût, par
rencontre ou par hasard et qui soignent leur vigne
avec passion. Nous reproduisons ici de larges extraits
de ce dossier, signé Alain Bradfer, et vous
donnons quelques précisions sur les projets
avancés par certains d'entre eux. Fils
d'un Béninois breton et d'une Gabonaise,
le Dr Jean-Christian Mayordome a ouvert
un cabinet de généraliste à
Piolenc, près d'Orange. Il a découvert
le vin, à 30 ans, lorsque ses parents lui
ont offert une bouteille d'un cru bourgeois du Haut-Médoc.
Plus qu'une découverte, c'est un véritable
coup de foudre. La tentation de devenir vigneron
est un rêve qui devient vite réalité
lorsqu'il apprend par la presse qu'un domaine est
à vendre près de chez lui : 11,5 hectares
en Gigondas, 14,5 hectares en Séguret et
des chais à Sablet. Avec l'aide de sa famille,
il paie cher ces vignes en état plutôt
médiocre. Tout de suite, le médecin
met sa passion au service de son ambition. Il s'entoure
de 4 ouvriers dans les vignes, achète du
matériel et s'écrit une religion selon
laquelle les vins attendent 3 ans en cave avant
d'être vendus, "par respect pour l'acheteur".
L'an dernier, il a commencé à libérer
les millésimes 1999 de son Gigondas Domaine
du Pourra, des vins comme il les a imaginés.
Domaine du Pourra à Sablet,
tél : 04 90 46 93 59.
Paul Bassaget, la soixantaine, est aujourd'hui
un médecin à la retraite.
Pendant 5 ans, il a concilié son métier
avec les fonctions de président de la cave
coopérative de Vauvert dans le Gard. Aujourd'hui,
il se satisfait du seul titre de président
de la coopérative après avoir bien
préparé son repli vers la vigne. Petit-fils
de vignerons, tant du côté maternel
que paternel, à 45 ans il a acheté
sans se ruiner la ving-taine d'hectares de la Miravine
à Vauvert, en costière de Nîmes.
Dès l'origine, en 1986, il adhère
à la cave coopérative, en devient
administrateur en 1988 et président en 1993.
Pendant 13 ans, il a mené une triple vie
entre son cabinet, sa vigne et la coopéra-tive,
avant que l'atavisme ne prenne le dessus. En 1998
il a sauté sur l'occasion qui se présente
d'anticiper sa retraite. Depuis, c'est un autre
Paul Bassaget qui taille ses vignes, "parce
qu'on ne peut imaginer le bonheur qu'il y a à
se retrouver seul, face au paysage des montagnes"
observe-t-il. Et là, quand le viticulteur
se fait vigneron, les rendements chutent à
mesure que la qualité s'améliore.
On rompt avec la tradition de tout-venant attaché
au mouvement coopératif. Mieux, Paul Bassaget
"a fait don de son vignoble à la coopérative",
avec une cuvée Miravine composée à
80 % de ses raisins, le solde étant complété
par les meilleurs de ceux qui limitent les rendements.
Cave des Vignerons de Vauvert,
tél : 04 66 88 20 31
Un jour, Dominique Florentin, médecin
de Valence, a fini par avouer à
ses patients pourquoi il a les mains d'un rouge
violacé quasi indélébile à
certains moments de l'année et a donné
les raisons de ses absences répétées
entre septembre et novem-bre. L'autre vie du Dr
Florentin est cachée par les murs d'un clos
de 5 hectares de vignes à Mauves, capitale
du Saint-Joseph. C'est en 1956 que le père
de Dominique, alors chef de service à Cochin,
a acheté ce gros bout de vigne au pied des
coteaux les plus pentus de France. Il y avait le
vin, mais aussi un endroit de vacances pour ses
enfants. Dominique Florentin a fait ses études
de médecine à Paris, y a exercé
quelque temps avant de venir s'établir entre
Drôme et Ardèche. Héritier du
domaine avec sa sœur en 1988, cet homéopathe
soigne ses vignes comme il soigne ses patients :
pas de traitement à la vigne autre que la
bouillie bordelaise, pas de traitements systémiques
non plus. "Parce que ces produits se retrouvent
dans le raisin et que l'homéopathe que je
suis est sensibilisé à l'effet des
doses infinitésimales", dit-il pour
expliquer ces principes du biologique sans en prononcer
le mot. Mieux encore, après avoir mûri
sous bois anciens, ses vins ne sont ni soufrés,
ni filtrés avant la mise en bouteille. Dominique
Florentin a participé au défrichage
d'une partie de bois accrochés au coteau
pour la rendre à la vigne. Il lui manquait
un "vignoble de Cabri" pour participer
pleinement au club des grands de la région.
Domaine Florentin à Mauves,
tél : 04 75 08 60 97.
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Jean Lignières
est tour à tour médecin et vigneron.
Ou l'inverse. Et ce dédoublement de personnalité
est héréditaire puisque son père,
jusqu'à 50 ans, était médecin
et vigneron en alternance. Avec les 90 hectares
du château La Baronne, à Moux près
Lézignan-Corbières, Jean Lignières
a dû faire un choix. Le cardiologue qu'il
était à Toulouse est devenu généraliste
à Moux, en face des chais familiaux.
Lui qui a connu toutes les évolutions du
vignoble a trouvé le moyen de concilier les
urgences, entre celle d'une cuve qui monte exagérément
en température et celle du patient qui vous
appelle à 40 kilomètres de route de
campagne, en plein dîner avec un aréopage
de sommeliers lyonnais. Comme son père, Jean
Lignières continue à se soucier de
ce qui participe de la vie du village. À
telle enseigne même, qu'à 43 ans, il
envisage un mi-temps médical pour consacrer
plus de temps à la vigne.
Château La Baronne à Fontcouverte,
tél : 04 68 43 90 20.
André-Joseph Marc a 80 ans aujourd'hui.
Il était un généra-liste gynécologue-obstétricien
à Béziers en 1950. Mais ce fils de
facteur, Aveyronnais par son père et Tarnais
par sa mère, avait l'obsession de la terre.
Alors, en 1953 lorsque les 19 hectares du do-maine
Beauséjour Saint-Esprit sont mis en vente,
il vainc l'avis de sa femme qui aurait préféré
une villa en bord de mer et les achète. Puis,
c'est Beauséjour-Sainte Thérèse,
à deux pas de là. Et puis d'autres
vignobles encore dans les environs de Béziers,
pour atteindre 52 hectares au total, plantés
de chardonnay, de syrah, de carignan, de mourvèdre
et de merlot. Avec un peu d'alicante comme cépage
teinturier des autres. Quand il a raccroché
sa blouse il y a 15 ans, c'était pour se
consacrer à sa vigne, faire appel à
un œnologue, mettre enfin en bouteilles un
vin qui se vendait en vrac et le présenter
dans les salons. Puis, il se lance dans la culture
raisonnée et investit dans les hommes, les
cépages et le matériel. Au domaine
Beauséjour-Saint-Esprit, il a aménagé
une cave. Il lui manque encore un caveau, nous a
t-il dit en ajoutant : "Je me rajeunis en me
projetant dans le futur". Ses 4 fils prendront
la relève. Celui qui est dentiste à
Saint-Malo reviendra près des vignes. C'est
lui qui préside la société
d'exploitation dont ses frères, le généraliste,
le chirurgien et le notaire, sont partenaires.
Domaine Beauséjour-Saint-Esprit
à Béziers, tél : 04 67 28 33
07
ou 04 67 76 17 71.
Vu de l'extérieur, c'est un laboratoire
d'analyses médicales, installé
à l'ombre de l'église de Castillon-la-Bataille.
Dans le bureau du propriétaire des lieux,
Christian Dauriac, médecin et biologiste,
les interrogations naissent avec des bouteilles
juchées sur une étagère et
un fax qui crache des commandes de vin. Son père
était négociant en vins à Libourne.
À sa disparition, sa mère prolonge
l'œuvre patriar-cale en achetant le château
Destieux, 13 hectares dont 8 de vignes Saint Emilion
Grand Cru, à Saint-Hippolyte. À la
deuxième génération, celle
des héritiers, Christian et sa femme Anne-Marie,
anatomo-pathologiste, se trouvent être plus
amoureux du vin que d'une brillante carrière
hospitalière. Le compromis est donc trouvé
avec les laboratoires de Castillon et de Libourne.
Christian Dauriac préfère garder ses
bouteilles pour ne les vendre qu'au bout de 4 ans.
Il a ainsi fallu attendre le millésime mythique
2000 pour que la place de Bordeaux accède
enfin à Destieux. Anne-Marie Dauriac partage
cet amour pour le vin et a acheté le château
La Clémence, à Pomerol en 1996, une
propriété de 3 hectares que Robert
Parker classe dans les rangs des "vins de garage",
au grand dam des Dauriac. La gloire et les prix
s'ensuivent tout naturellement. Les Dauriac ont
un fils, en cinquième année de médecine.
Christian Dauriac avoue que, lorsque son fils sera
diplômé, il lui passera les clés
du laboratoire.
Château Destieux à Saint-Hippolyte,
tél : 05 57 24 77 44.
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