À
Lugasson, un village au cœur de la "petite
suisse girondine", la famille Saric
est ancrée là depuis 1545. Le grand-père
fut médecin de campagne, son fils a émigré
à Bordeaux pour y enseigner la médecine
et Jean, 54 ans, son petit-fils, est chef d'un service
de 70 lits en chirurgie digestive lourde au CHU
de Bordeaux. Tour à tour, les 12 hectares
de vignes du château Turon-La Croix les ont
ramenés à Lugasson. D'abord parce
qu'il y a une fidélité à la
terre dans cette famille. Ensuite, comme Jean le
résume avec l'humanisme consubstantiel du
médecin : "II y a dans la transmission
du savoir, un métier de compagnon. Et, quand
on taille la vigne, il y a un geste qui ramène
à l'acte chirurgical. Dans un cas, on prend
en compte ce que donneront les bois de l'année
suivante et, dans l'autre, ce que sera la vie du
patient dans les années qu'il vivra".
Jean Saric redevient vigneron quand il évoque
son amour du cépage merlot, le quasi-abandon
du vin blanc pour le rouge et quand il se fait contempteur
des faux-modernes de la vinification pour ne jouer
que la vérité du terroir. Et encore,
quand il veut donner des gages de son amour de la
terre, il abandonne son appartement bordelais et
se livre aux navettes quotidiennes entre l'hôpital
Saint André et Lugasson.
Château Turon-La Croix à Lugasson,
tél : 05 56 24 05 55.
Sa mère voulait qu'il soit ingénieur,
comme papa. Robert Le Net a donc entamé des
études d'ingénieur et décroché
un diplôme en physique nucléaire. Assistant
à la faculté de médecine, il
travaille sur la pharmacocinétique et débute
des études de médecine. Ce sexagénaire
parle aujourd'hui de tout cela au milieu du château
de Salettes, une bâ-tisse du xiiie siècle
située à Cahuzac-sur-Vère dans
le Tarn, achetée en ruine en 1994 et entièrement
remontée pour en faire un hôtel 4 étoiles
avec un restaurant. Ce lieu de méditation
do-mine 23 hectares de vignes et quelques cépages
rouges qui ont eu leur heure de gloire à
la table de François 1er. Entre les deux,
Robert Le Net s'est intéressé à
l'esthétique, a ouvert 3 cliniques de médecine
nucléaire, et est tombé dans la vigne
à la faveur d'une rencontre, sa compagne
d'aujourd'hui. Pour autant, la vigne n'était
pas une découverte pour ce médecin,
qui, en son temps, s'était associé
à quelques confrères pour racheter
le château Suduiraut en Sauternais, mais le
groupe AXA a mis sur la table les millions manquant
à la surenchère. Et c'est ainsi qu'il
s'est retrouvé dans cette Toscane tarnaise.
Château de Salettes à Cahuzac-sur-Vère,
tél : 05 63 33 60 60.
Nancéien d'origine, Alain Repolt
est arrivé à Dijon par le hasard des
mutations d'un père représentant de
commerce. Il a fait ses études de médecine
à Lyon et a rejoint sa première affectation
à Beaune, dans un hôpital tout juste
sorti de terre dans les années 70#. Malgré
ce carrefour meurtrier, Beaune a son charme auquel
il cède. Pour achever de le convaincre, il
y a cet infirmier qui a un terrain à ven-dre,
un bout de vignoble sur la montagne de Beaune, joliment
dénommée les "Pierres Blondes",
sur lequel on peut construire sans faire sourciller
personne. L'architecte imagine une maison plantée
sur une mer de gazon. Alain Repolt corrige les plans
et conserve la vingtaine d'ares de vignes. Et voilà
comment ce qui était conçu pour être
un garage devient un chai. Pour réussir les
vinifications, il se contente d'un bouquin sur l'hygiène
vinicole et des conseils d'amis parmi lesquels figure
André Porcheret qui règne à
l'époque sur les chais des Hospices de Beaune.
Les patients viennent apprendre à tailler
la vigne et il se prend au jeu. Il ajoute à
sa propriété deux ouvrées de
Beaune-Chouacheux, puis un petit bout de Chassagne-Montrachet-Morgeots.
À sa retraite en 1994, ce médecin
a liquidé ses vignes, sauf celles qui cernent
sa maison. Le vigneron qu'il est resté continue
de tailler et de vendanger pour sortir quelques
bouteilles d'un vin qui ne peut plus être
que "de pays" et destiné à
ses seuls copains. |
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Longtemps, Georges Mugneret
s'est posé la question de savoir
s'il était ophtalmologue à Dijon
ou vigneron à Vosne-Romanée. De
la même façon, Marie-Christine,
l'une de ses deux filles, se souvient d'avoir
été pharmacienne avant de reprendre
cette propriété phare de la côte
de Nuits, à la mort de son père
en 1988. C'est ainsi que Mugneret-Gibourg est
devenue une affaire de femmes, avec la mère
dans le rôle de la banquière, une
fille au chai et l'autre dans la vigne. Marie-Christine
Mugneret, devenue Teillaud par son mariage,
maintient la tradition de Mugneret-Gibourg.
Tradition locale et héritage obligeant,
la vigne est en métayage. Ce qui n'empêche
pas les sœurs de veiller au grain tout
en réservant l'essentiel de l'effort
aux chais. Les rôles y sont désormais
distribués et les fonctions séparées.
Marie-Christine Teillaud-Mugneret est vigneronne
à temps plein, mais injoignable le mercredi,
jour qu'elle réserve à ses enfants.
Domaine Mugneret Gribourg à Vosne-Romanée,
tél : 03 80 61 01 57. A
l'origine du domaine David-Beaupère,
il y a un père vigneron à Oran
qui, en 1961 comme d'autres, a été
prié d'aller planter sa vigne ailleurs.
Et le père du
Dr Jean-Paul David a choisi ce coin du Beaujolais.
En bon fils de vigneron, Jean-Paul a appris
les vinifications à l'adolescence. Pour
le reste, la vigne n'a servi qu'à assurer
ses études de médecine à
Lyon, puis l'internat à Bordeaux. Quand
il quitte le CHU de Bordeaux en 1987, c'est
pour ouvrir un cabinet de diabétologue-nutritionniste
et retourner dans son pays d'adoption, du côté
de Mâcon.
"J'ai cessé de faire du vin trop
longtemps pendant ma période bordelaise",
le ton est donné, et le médecin
décide de payer son tribut à la
vigne. Et il le fera sous deux facettes. En
faisant le vin qu'il aime, loin des caricatures
beaujolaises et en fondant "Vin, Santé,
Plaisir de vivre" une association qui dépasse
largement le cadre convenu de la thérapie
par le vin. Le médecin voit en effet
défiler trop d'obèses, de cirrhotiques
et d'alcoolique dans son cabinet. Quand il rentre
dans ce hameau de Juliénas, c'est pour
y retrouver un vin qu'il aimerait voir sortir
du carcan du Beaujolais "à boire
et à pisser". Il a donc imaginé
un Beaujolais qui ne sort de la propriété
qu'après
3 ans de cave.
Domaine David-Beaupère à Juliénas,
tél : 03 85 33 86 67. |
Irène LORGERÉ |
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