Docteurs
Stephan ROSENKRANZ,
Erland ERDMANN

Médecine Interne : Clinique III
Université de Cologne, Allemagne
Vin et Santé :
La fermentation du moût entraîne une accumulation des flavonoïdes
et induit des propriétés anti-athérogènes dans le vin rouge
Des études scientifiques récentes indiquent que le vin rouge peut être plus efficace pour protéger des ma-ladies cardiovasculaires et des infarctus que le vin blanc. Les composants non alcoolisés du vin, qui s'accumulent durant la fermentation du moût, présentent des effets protecteurs contre l'athérosclérose au niveau moléculaire. En voici les détails :
L'athérosclérose et ses conséquences telles que l'infarctus du myocarde, l'ictus et la maladie artérielle périphérique restent la principale cause de décès dans les pays développés. Alors que plusieurs facteurs de risque tels que la tension arté-rielle élevée, les diabètes, le cholestérol élevé, l'obésité et les facteurs génétiques sont associés à un risque accru d'infarctus et d'ictus, on pense que d'autres facteurs diminuent le risque de ma-ladies cardiovasculaires du fait qu'ils exercent des effets protecteurs contre l'athérosclérose sous-jacente. Depuis plus de 100ans, nous savons que la consommation modérée d'alcool est associée à une diminution de la mortalité en général, et cet effet est principalement dû à une réduction des événements cardiovasculaires tels que l'infarctus du myocarde et l'ictus. Bien que ce phénomène ait été confirmé par de nombreuses études épidémiologiques, il existe des données contradictoires en ce qui concerne le pouvoir protecteur de différentes boissons alcoolisées telles que la bière, le vin et les spiritueux.

Cependant, une méta-analyse récente incluant plus de 200 000 individus a révélé que le vin peut être plus protecteur que d'autres boissons alcoolisées du fait que le risque cardiovasculaire était réduit de 32 % chez les buveurs de vin contre 22 % chez les buveurs de bière, comparés aux non-buveurs. Cette étude, ainsi que d'autres, suggère que le vin contient des composants non alcoolisés qui protègent de l'athérosclérose et il reste à savoir si le vin rouge possède des avantages par rapport au vin blanc.
De nos jours, l'athérosclérose est considérée comme un trouble inflammatoire chronique dans lequel les lipides et différents types de cellules s'accumulent dans la couche interne (intima) de la paroi artérielle et contribuent à la formation de plaques d'athéromes. Des facteurs de croissance tels que le facteur de croissance dérivé des plaquettes (PDGF) influencent l'invasion de cellules de défense immunitaire et de cellules des muscles lisses vasculaires dans l'intima de la paroi artérielle, et, de plus, induisent la prolifération de ces cellules. Les plaques d'athéromes contiennent de hauts niveaux de PDGF et ses récepteurs, et leur inhibition par des composés pharmacologiques spécifiques réduit de façon significative la formation de plaques chez des animaux témoins et chez l'homme.

 

Effets distinctifs des vins blanc et rouge sur les mécanismes moléculaires de l'athérosclérose
L'importance du PDGF et de ses récepteurs pour le développement de plaques d'athéromes et le fait que la consommation modérée de vin protège contre l'athérosclérose et l'infarctus du myocarde nous ont conduits à la question : le vin rouge et/ou blanc interviendrait-il dans le signalement de PDGF dans les cellules des muscles lisses vasculaires ? Quand les vins rouge et blanc étaient comparés pour leur capacité à inhiber l'activation de ce récepteur critique, nous avons obtenu un résultat intéressant : le vin rouge (Châteauneuf-du-Pape) inhibait complètement l'action du récepteur de PDGF, la migration dépendant du PDGF et la prolifération de cellules des muscles lisses vasculaires à une concentration appropriée (correspondant à un niveau d'alcool dans le sang de 0.1 pour mille), tandis que le vin blanc (Riesling) n'avait pas d'effet. L'analyse du vin a révélé que le vin rouge contenait sensiblement plus de polyphénols que le vin blanc, en particulier des flavonoïdes de la famille des catéchines tels que catéchine, épicatéchine et procyanidine B2. Quand ces flavonoïdes ont été testés pour leur capacité à supprimer l'activation du récepteur de PDGF, la migration induite par le PDGF et la prolifération de cellules des muscles lisses vasculaires, il est apparu qu'ils influençaient ces effets inhibiteurs selon leur concentration. D'autres vins rouges comme le Bordeaux (Château Lanessan), Barolo (Oddero), Chianti Classico (Laborel), Merlot (Les Coteaux du Pic), Spätburgunder (Recher Herrenberg) et Rioja (Campo Viejo), contenaient aussi des niveaux élevés de flavonoïdes et inhibaient fortement l'activation du récepteur de PDGF, alors que tous les vins blancs testés, comme le Chardonnay (Hahnmühle), Pinot Grigio (San Simone), Müller-Thurgau (Konstanzer) et Châteauneuf-du-Pape blanc (Domaine du Vieux Lazaret) ou Rioja blanc (Conde de Valdemar), contenaient des niveaux bas de flavonoïdes et n'affectaient pas le signalement de PDGF. Nous n'avons pas ob-servé de différences significatives entre des vins mûris en fûts de chêne comparés à ceux fermentés dans des réservoirs en acier. Étant donné que les flavonoïdes sont essentiellement présents dans les pépins et la peau du raisin, le long contact du vin avec les pépins et les peaux du raisin pendant la fermentation en cuve est probablement responsable de l'accumulation de flavonoïdes et l'induction de propriétés anti-athérogènes dans le vin rouge.

 
 

 

 

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L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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