Dr André LACROIX
Urologue - sexologue
(Cannes)
“L’enfer c’est de ne plus aimer”
L’amour se définit comme un sentiment d’affection passionnée, une attirance affective pour un être, une chose, un objet, un pays, un lieu, un bien, un art, un dieu.

Aimer c’est vouloir connaître, découvrir, apprécier, posséder. Il existe une similitude entre la passion de certains amateurs de vin qui vivent une relation passionnelle avec les vins qu’ils recherchent, étudient et dégustent et l’amoureux qui rencontre la personne pour laquelle il ressent une attirance certaine. Si c’est une femme, l’homme étudie du regard les formes, les yeux, les jambes, la taille, la poitrine, l’allure, l’élégance suivant ses critères personnels.
Dans les deux cas il y a plusieurs phases, plusieurs séquences. Au début il s’agit de manifestations cérébrales qui font appel à la vue et à l’odorat et pour la femme qui ne saurait être comparée à une belle bouteille s’ajoute la voix. Ensuite vient le temps du désir, de sensations plus charnelles, physiques.
On souhaite consommer, c’est l’étape physiologique : le contact entre le verre de vin et la bouche est un baiser comme la rencontre entre les lèvres d’amoureux. C’est la dégustation qui est le temps fort de la rencontre entre celui qui désire et l’objet de son désir.
Certains amateurs de vin qui appartiennent à une catégorie exceptionnelle mettent en premier de leurs préoccupations la possession d’un vin qu’ils veulent à tout prix découvrir. Ils sont à l’affût de tout ce qui est dit ou écrit sur les productions soit d’un pays soit d’une région. La consultation des nombreux ouvrages et guides occupe une grande partie de leur temps. Si un vin les intéresse, ils partent à la chasse de celui-ci, ce qui est facile grâce à Internet, ils étudient à fond les caractéristiques du vin, son millésime, son producteur.
Les sites de vente sur le net permettant d’acquérir la bouteille convoitée, ils sont sur le chemin du bonheur comme les bibliophiles, les philatélistes, qui ont mis des mois ou des années à trouver une pièce manquante.
Connaissant un de ces grands amateurs de certains crus exceptionnels, je sais qu’il ressent une grande joie quand il a entre ses mains la bouteille tant désirée.
Il s’apprête à découvrir de nouvelles sensations aromatiques et gustatives de ce vin inconnu et à analyser ses caractéristiques, ses différences par rapport à un autre millésime. Le fait de savoir qu’il possède une bouteille d’exception, un trésor, ajoute à sa satisfaction. Le comble de son bonheur arrive le jour où il réunit quelques proches triés sur le volet pour apprécier ce nectar.
L’amitié se nourrit volontiers de ce cérémonial et c’est une grande preuve de considération que d’honorer ses amis en leur réservant le privilège de boire un vin remarquable acquis avec difficulté et à grand prix, et c’est dans le plaisir partagé et dans la convivialité qu’il sera analysé, commenté au cours d’une dégustation approfondie entre connaisseurs.
Ceux qui ont un tel coefficient de sociabilité font preuve de générosité, d’hospitalité. Ce sont les qualités que l’on rencontre chez les gentilshommes. Ils sont les aristocrates du vin !
Le Vin et l’Amour
“Qui n’aime point le vin, les femmes ni le chant restera sot toute sa vie durant”.
Cette pensée de Martin Luther étonne de la part d’un théologien que l’on imaginait très austère ; elle n’en a que plus de valeur !
L’être humain est à la fois chair et esprit, il a un corps et une âme. Il a une vie végétative grâce aux différents systèmes circulatoire, respiratoire, digestif, métabolique et neurovégétatif. Il possède aussi un cerveau qui est le centre de son esprit.

“L’homme n’est qu’un roseau, mais un roseau pensant”
À cette phrase de Pascal, il faut ajouter qu’il a des penchants : le vin et les femmes !!
On étudie beaucoup les effets du vin sur les grandes fonctions organiques, cœur et vaisseaux, estomac et intestin. Il est temps d’analyser son influence sur les facultés intellectuelles, imaginatives, créatives et plus particulièrement les rapports entre le vin et l’affectif, l’amour, le désir.
“Sans Cérès et Bacchus, Venus est de glace”, disait Térence.
Depuis la découverte du vin, les hommes ont remarqué qu’il pouvait apporter des modifications sur leur comportement. Dans l’Antiquité on attribuait aux divinités les vertus de ce breuvage. Le vin était lié au culte des Dieux, il donnait l’inspiration aux artistes et à tous la vigueur, l’euphorie agréable et libératrice.
Les libations qui accompagnaient les bacchanales n’étaient pas étrangères aux dérives sexuelles qui faisaient partie du rituel de ces folles journées. Pour rendre hommage à Bacchus, dieu romain du vin, le peuple se déchaînait ; après les processions, les débauches de la table débouchaient sur une consommation immodérée de vin. Les bacchantes qui animaient ces fêtes étaient des femmes chez qui l’ivresse et la lubricité faisaient perdre toute réserve.

 
Ce mauvais exemple comportemental fut interdit par le pouvoir romain et réprouvé par le christianisme ; néanmoins, il est la démonstration des capacités de stimulation érotique du vin. Les romains interdisaient le vin aux femmes par crainte de débordements sexuels.
L’histoire nous révèle qu’une grande amoureuse, Cléopâtre, était une grande consommatrice de vins égyptiens et d’autres provenances. Ses banquets étaient composés de mets aphrodisiaques, ce qui décuplait son
pouvoir de séduction pour ses illustres amants, César et Antoine.
L’utilisation d’un catalyseur, le vin, pour faire naître l’amour ou le désir est-il indispensable ?
Bien évidemment non. Les sentiments amoureux naissent spontanément à la suite d’un choc psychoaffectif qui déclenche une série de réactions. Cette alchimie complexe se traduit par une sorte de vertige, des palpitations, une accélération des battements du cœur, une sensation au creux du plexus solaire. Le cerveau étant le chef d’orchestre qui dirige ce tourbillon viscéral.
Cette physiologie de l’amour peut paraître peu romantique, mais elle explique que si un seul regard peut initier ce processus, d’autres agents peuvent intervenir au début et au cours de la relation amoureuse comme le vin, les aliments, la musique, les mots qui émeuvent l’être courtisé.

Certaines circonstances favorisent le développement d’une attirance entre deux êtres. Un bon repas dans un lieu agréable
arrosé d’un vin judicieusement choisi parmi ceux qui plaisent aux femmes, assez léger comme le champagne qui est nettement le préféré chez nos compagnes.
“Tout homme intelligent commande un vin qui plaît aux femmes”, Miguel Torres.
Le bénéfice apporté par une flûte de champagne ou par un à deux verres de vin n’est pas réservé aux nouveaux couples. Ceux qui vivent ensemble depuis longtemps ont intérêt à célébrer des événements comme les anniversaires de naissance ou de mariage, et à cette occasion l’apport d’un léger dopage autorisé issu de la fermentation du raisin redonnera un regain de tendresse amoureuse.
Le vin agit sur le cerveau de façon différente suivant la quantité absorbée.
L’éthanol qui est présent dans une proportion de dix à quatorze pour cent a des effets euphorisants et stimulants. Il mobilise la zone du cerveau qui régit les inhibitions. Quand une personne perd ses inhibitions, elle devient plus volubile, plus déterminée, elle ose dire ou agir. Sa timidité disparaît et fait place à une excitation propice aux déclarations… d’amour entre autres !!
En cas de dépassement de la dose optimale d’alcool, celui-ci devient un dépresseur. Alors il en est terminé avec la phase d’excitation et cette impression de facilité intellectuelle et relationnelle et la libération des tendances instinctives. C’est le stade de
l’ébriété, la parole est hésitante, la démarche instable, la pensée confuse.
Bonjour les dégâts ; la séduction tombe à l’eau !!!
Les partisans de la prohibition
risquent de crier au scandale car ils ne font pas confiance en l’homme et qu’ils confondent les ivrognes avec ceux qui savent trouver dans le bon vin dégusté aux bons moments, en bonne compagnie, sans excès, un plaisir du palais, une joie de l’âme et du cœur.
“Ce n’est pas le vin qui enivre l’homme, c’est lui qui s’enivre”, Proverbe chinois
 

 

 

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