Pr G. LAGRUE
Centre de Tabacologie
Hôpital Albert Chenevier – Créteil
Le fumet et la fumée sont incompatibles
L’usage du tabac, dès qu’il devient chronique et tant soit peu important, a des conséquences notables sur le mode d’alimentation, et les qualités gustatives des aliments.
Sous l’action de la nicotine, se produisent des modifications métaboliques importantes, avec augmentation des dépenses caloriques pour un même travail, et réduction de l’appétit. Ainsi, à âge, taille et sexe comparables, le poids des fumeurs est inférieur de 2 à 3 kg à celui des non-fumeurs. On peut donc dire que le fumeur pèse moins que ce qui eût été son poids normal, s’il n’avait pas fumé. À l’arrêt de la consommation de tabac, ce poids sera en moyenne repris, avec parfois de grandes variations individuelles, et la possibilité de prise de poids très importante, pouvant aller jusqu’à 10-15 kg en quelques mois, pouvant conduire à la reprise des cigarettes, pour tenter de reperdre du poids.
La fumée de tabac, et principalement celle des cigarettes, modifie également le goût et le type d’alimentation. Sous l’action de la nicotine, la synthèse protéique augmente, et les besoins en protéines sont accrus. Les fumeurs vont donc manger inconsciemment davantage de viande, c’est-à-dire en même temps absorber beaucoup de graisses saturées. Comme ils ont une diminution du goût et de l’odorat, pour retrouver la saveur des aliments, ils vont avoir une alimentation plus grasse, riche en sauce et très salée. Inversement, ils vont manger moins de légumes et de fruits, c’est-à-dire moins de fibres. Ainsi, la modification du type d’alimentation des fumeurs peut constituer un des facteurs qui va être responsable du risque de cancer et d’athérosclérose : c'est en effet le type d'alimentation pouvant prédisposer à l'apparition de certains cancers (colon, prostate, sein…), et surtout favoriser la survenue des accidents vasculaires et cardiovasculaires.
  Cette modification du goût s’est produite lentement, sur des années, si bien que le sujet ne s’est pas aperçu que son type d’alimentation n’était plus le même. Si l’on est gourmet, il est certain que cette altération sensorielle va avoir pour conséquence la perte du plaisir gastronomique. Le comble étant réalisé lorsque le fumeur allume une ou plusieurs cigarettes au milieu du repas. Cela prouve qu’il n’apprécie plus les repas, et en même temps, il va constituer une gêne importante pour les autres convives.
Très heureusement, ces troubles régressent rapidement après l’arrêt du tabac, et le goût et l’odorat reviennent en quelques semaines. Nous en avons eu, au cours de nos consultations, de très nombreux exemples : tels ce sujet qui, après arrêt du tabac, reprochait à son épouse de trop saler les aliments. Tels surtout cet amateur et fin connaisseur de bon vin, qui nous racontait son histoire : “j’avais perdu toute possibilité de reconnaître un grand cru de Bordeaux, et j’étais incapable de le différencier d’un vin ordinaire. Maintenant c’est merveilleux, je peux de nouveau reconnaître un Saint-Emilion et tout autre grand cru classé, et j’en apprécie toutes les qualités”.
Ce sont là des raisons qui peuvent être très importantes pour se motiver à l’arrêt du tabac,
retrouver les plaisirs gastronomiques, et très largement remplacer le plaisir de la cigarette.
La fumée et le fumet sont incompatibles.

 
aussi le goût
 
 

 

 

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