L’usage
du tabac, dès qu’il devient chronique
et tant soit peu important, a des conséquences
notables sur le mode d’alimentation, et les
qualités gustatives des aliments.
Sous l’action de la nicotine, se produisent
des modifications métaboliques importantes,
avec augmentation des dépenses caloriques pour
un même travail, et réduction de l’appétit.
Ainsi, à âge, taille et sexe comparables,
le poids des fumeurs est inférieur de 2 à
3 kg à celui des non-fumeurs. On peut donc
dire que le fumeur pèse moins que ce qui eût
été son poids normal, s’il n’avait
pas fumé. À l’arrêt de la
consommation de tabac, ce poids sera en moyenne repris,
avec parfois de grandes variations individuelles,
et la possibilité de prise de poids très
importante, pouvant aller jusqu’à 10-15
kg en quelques mois, pouvant conduire à la
reprise des cigarettes, pour tenter de reperdre du
poids.
La fumée de tabac, et principalement celle
des cigarettes, modifie également le goût
et le type d’alimentation. Sous l’action
de la nicotine, la synthèse protéique
augmente, et les besoins en protéines sont
accrus. Les fumeurs vont donc manger inconsciemment
davantage de viande, c’est-à-dire en
même temps absorber beaucoup de graisses saturées.
Comme ils ont une diminution du goût et de l’odorat,
pour retrouver la saveur des aliments, ils vont avoir
une alimentation plus grasse, riche en sauce et très
salée. Inversement, ils vont manger moins de
légumes et de fruits, c’est-à-dire
moins de fibres. Ainsi, la modification du type d’alimentation
des fumeurs peut constituer un des facteurs qui va
être responsable du risque de cancer et d’athérosclérose
: c'est en effet le type d'alimentation pouvant prédisposer
à l'apparition de certains cancers (colon,
prostate, sein…), et surtout favoriser la survenue
des accidents vasculaires et cardiovasculaires.
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Cette modification
du goût s’est produite lentement, sur
des années, si bien que le sujet ne s’est
pas aperçu que son type d’alimentation
n’était plus le même. Si l’on
est gourmet, il est certain que cette altération
sensorielle va avoir pour conséquence la perte
du plaisir gastronomique. Le comble étant réalisé
lorsque le fumeur allume une ou plusieurs cigarettes
au milieu du repas. Cela prouve qu’il n’apprécie
plus les repas, et en même temps, il va constituer
une gêne importante pour les autres convives.
Très heureusement, ces troubles régressent
rapidement après l’arrêt du tabac,
et le goût et l’odorat reviennent en quelques
semaines. Nous en avons eu, au cours de nos consultations,
de très nombreux exemples : tels ce sujet qui,
après arrêt du tabac, reprochait à
son épouse de trop saler les aliments. Tels
surtout cet amateur et fin connaisseur de bon vin,
qui nous racontait son histoire : “j’avais
perdu toute possibilité de reconnaître
un grand cru de Bordeaux, et j’étais
incapable de le différencier d’un vin
ordinaire. Maintenant c’est merveilleux, je
peux de nouveau reconnaître un Saint-Emilion
et tout autre grand cru classé, et j’en
apprécie toutes les qualités”.
Ce sont là des raisons qui peuvent être
très importantes pour se motiver à l’arrêt
du tabac,
retrouver les plaisirs gastronomiques, et très
largement remplacer le plaisir de la cigarette.
La fumée et le fumet sont incompatibles. |