Ghislain K.-LAFLAMME
Société des Alcools du Québec
Directeur des relations publiques
et adjoint au vice-président
de la communication

Jean-Gilles JUTRAS
Président du collège des
ambassadeurs du vin au Québec

Voilà qu’on se demande…
Que recherchent les Canadiens ? quels arômes, quelles couleurs, quels terroirs ? – Les Canadiens aiment-ils vraiment les vins français… ou sont-ils tentés par des vins nouveaux

Autant d’interrogations que même les amateurs canadiens les plus avertis ne se posent sans doute pas. Devrions-nous le faire ? Autre question existentielle… Le vin au Canada, et plus particulièrement au Québec, est quelque chose de relativement nouveau dans les mœurs alimentaires, si on compare aux mentalités européennes. Nous disons particulièrement au Québec, parce que les modes de vie sont nettement différentes au Québec par rapport aux autres régions ou provinces du Canada.
Ce vaste pays, qui fait 18 fois la France et s’étale de l’Atlantique au Pacifique, et de l’Océan Arctique au nord jusqu’aux frontières des États-Unis, au sud, a vu le jour en Nouvelle-France (quelques dates: 1534, découverte par Jacques Cartier – 1608, fondation de la ville de Québec, par Champlain), ce qui est aujourd’hui sensiblement la province de Québec.
Le Canada est considéré, à juste titre, comme un état moderne, il faut reconnaître, cependant, que cette modernité n’a commencé qu’au tournant de la deuxième moitié du vingtième siècle et
encore plus précisément autour de 1967, soit l’année où s’est tenue, à Montréal, l’Exposition
universelle sous le thème “Terre des Hommes”.
D’autre part, il faut souligner que les habitudes et les mœurs alimentaires, partout au Canada, mais peut-être plus au Québec, ont subi des transformations importantes et des influences majeures, au cours des années et des siècles. Les premiers colons de la Nouvelle-France fondée par les Français, sur les bords du fleuve Saint-Laurent, aujourd’hui le Québec, au tout début du xviie siècle, avaient apporté avec eux plusieurs variétés de denrées et bien des habitudes de table.
Mais ils se sont vite rendus compte qu’ils ne pouvaient produire ce qu’on trouvait en France, à cause, entre autres conditions, des rigueurs du climat et de certains autres facteurs géologiques, etc.
À la conquête de la jeune colonie par les Anglais, en 1759, les liens avec la Mère-Patrie furent coupés et ce sont les mœurs et les modes de vie des conquérants qui furent imposés à toutes fins utiles.

Encore là, comme les denrées et les victuailles venant d’Europe ne pouvaient être produites sur place, on dut utiliser ce qu’on trouvait dans les cours d’eau, la forêt omniprésente et ce que la terre donnait. Les Amérindiens ont apporté leur contribution aux nouveaux habitants en leur faisant découvrir toutes les ressources de la nature et, souvent, l’art de les apprêter.
 
La vigne et le vin
L’Histoire rapporte que les colons venus en Nouvelle-France avaient apporté avec eux des tonneaux et des cruches de vin de leur région d’origine. Sans doute avaient-ils aussi quelques ceps. Mais ils n’ont pas tardé à constater que les vignes de France ne résistaient pas aux rigueurs de leurs climats, même si la vigne poussait en abondance en maints lieux dont l’actuelle île d’Orléans que Jacques Cartier avait baptisée île de Bacchus. La vigne qui pousse à l’état sauvage en Amérique est de la famille des Labrusca ou des Riparia dont les raisins sont plus ou moins vinifiables ou donnent des jus imbuvables.
Pourtant, la culture de la vigne a réussi à faire son petit bonhomme de chemin et quelques vignerons tenaces et valeureux font face à la nature et réussissent malgré tous les inconvénients, à produire du vin, de nos jours.
 
Qu’on se rassure, aucun pays producteur d’Europe ou d’ailleurs n’a à craindre la concurrence du Québec. Une trentaine de vignerons produisent bon an mal an tout au plus 350 000 bouteilles de vin, alors ?
Pour l’histoire, rappelons qu’il y a quelques années, le vignoble du Québec, le plus jeune au monde, disait-on, a été jumelé au vignoble des Graves, en Bordelais, qu’on dit le plus vieux de France.
Jadis, à la Conquête, on devait donc importer le vin, mais avec les restrictions imposées par les nouveaux maîtres de la colonie, les habitants devaient se contenter d’autres boissons alcooliques ou non, plus ou moins recommandables.
Les années ont passé, mais les restrictions quant aux alcools sont demeurées en prenant une autre forme. Ce n’est qu’à la fin du xixe siècle et au début du xxe qu’a couru un fort vent restrictif. La prohibition avait cours partout en Amérique, notamment aux États-Unis et au Canada anglais. Le Québec, quant à lui, s’est donné une législation spéciale qui n’empêchait pas la vente ou la commercialisation des boissons alcooliques mais qui faisait de l’État la seule source de distribution de tout produit à base d’alcool, sauf la bière.
C’est ainsi qu’à compter des années 1920 a été créée ce qu’on nomme aujourd’hui la Société des Alcools du Québec (SAQ). Tout en contrôlant la consommation, le gouvernement du Québec se dotait d’une source de revenus très importante. C’est pour cela d’ailleurs que le monopole existe toujours.
S’il fut un temps où le choix des boissons, notamment du vin, était limité, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La SAQ offre, dans ses magasins, plus de 6 000 produits provenant d’une cinquantaine de pays… 38 % de France, 18 % d’Italie et le reste d’Australie, du Chili, des États-Unis, d’Espagne et autres.
De sorte que le choix étant ce qu’il est, les Québécoises et les Québécois, amateurs de vin, sont attirés par les nouveaux produits principalement, de façon étonnante, si les prix sont bien souvent inférieurs à ceux pratiqués en Europe.
Quant aux goûts, il n’y a pas si longtemps, les amateurs de vin du Québec privilégiaient les vins blancs passablement doux. Mais là encore, les choses ont changé, aujourd’hui ce sont les vins rouges qui ont la faveur populaire, les rouges, secs et suffisamment corsés. Pour ce qui est des vins français, les choix vont aux Côtes-du-Rhône, aux Bordeaux et autres Languedoc-Roussillon.
Alors, que recherchent les Canadiens et les Québécois, plus particulièrement, en matière de vin ? Le plaisir que leur apporteront les vins, notamment les Français et autres Européens.
 
 

 

 

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