Dans
les images de la création où il n’y
aurait eu qu’un seul homme et une seule femme,
Adam et Eve auraient atteint dans leur pureté
biologique originelle les quelque 900 ans. Mathusalem,
grand-père de Noé, est crédité
du record de 969 ans. Après le déluge,
où il n’y aurait plus eu que trois
patriarches pour renouveler le monde, la réduction
de la longévité fut drastique, puisque
seul Sem aurait atteint les 500 ans ; par la suite
la longévité devait poursuivre sa
décroissance pour arriver à une fin
de vie se situant inéluctablement à
70-80 ans après Moïse. Puisqu’il
s’agit d’images pour faire passer un
message religieux avec les moyens de communication
de l’époque, il est impossible de savoir
si la durée de vie a été réellement
considérablement réduite aux premiers
temps du monde historiquement accessible.
Il n’est guère possible de déterminer
avec précision la moyenne de la vie humaine
dans nos contrées avant le dix-neuvième
siècle. Nous ne connaissons guère
que la durée de vie de personnalités
célèbres. On peut situer à
la Renaissance, l’apparition de vieillards
en nombre substantiel. Un net recul de la mortalité
se manifeste au milieu du XVIIIè siècle
où le seuil des 8-10 % de plus 60 ans dans
la population française est franchi. Au xixe,
il y a encore un nombre infime de centenaires (1
pour 4 000 environ) avec une espérance de
vie moyenne de seulement encore 26-40 ans.
Au xxe siècle la durée de vie moyenne
en France progresse d’environ une année
tous les trois ans : de quelque 41 ans à
74 ans pour les hommes, de 44 à 81 ans pour
les femmes. Nous le devons surtout aux progrès
dans la prévention et le traitement des infections,
avec Pasteur au premier rang. En 1950, les plus
de 60 ans représentaient 16 % de la population
; ils en représentent 20 % aujourd’hui.
Les projections sur l’avenir conduisent à
penser qu’ils devraient atteindre les 27 %
en 2020, les 35 % en 2050. C’est dire que
la charge de 10 retraités incomberait alors
à 11-15 adultes en 2050 contre 27 aujourd’hui.
Les perspectives dans un proche avenir
Pour les pays occidentaux, les nouveau-nés
de 1990 ont une espérance de vie moyenne
évaluée à 74 ans pour les hommes,
à 81 ans pour les femmes. Par extrapolation
des données actuelles, ceux qui naîtront
en 2020 auront toutes chances de vivre une moyenne
de 79 ans pour les hommes, de 89 ans pour les femmes.
C’est dire que le retard à la fin de
vie devrait se poursuivre dans les prochaines années.
Actuellement, en France, nous gagnons trois mois
de vie par an. Si l’on envisage maintenant
les particularités des différents
pays, la France devrait être un pays privilégié
puisque, selon les prévisions de l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS, 1999), elle occuperait
actuellement le troisième rang dans le monde,
après le Japon et l’Australie, pour
l’espérance de vie à la naissance,
bien loin devant les Etats-Unis qui n’occuperaient
que le 24e rang avec une moyenne de plus de 3 années
d’espérance de vie en moins (Tableau
I). À noter que la plupart des nations méditerranéennes
les plus développées viennent immédiatement
après la France, ce qui ne saurait être
sans signification. Une plus récente projection
du Conseil de l’Europe pour les 38 nations
européennes, relègue toutefois la
France au 14e rang, mais le fait que cette statistique
intègre des données de pays dont on
peut douter de la fiabilité des évaluations
(l’Albanie y figure en premier, avec l’Azerbaïdjan,
la Bosnie-H et la Croatie dans le peloton de tête),
conduit à en relativiser la signification.
Les considérations précédentes
concernent tous les âges de la vie et prennent
en compte la morta-lité infantile. Passé
le cap des premiers mois de l’existence qui
se caractérisent par une mortalité
plus élevée que celle de la moyenne
de la population, les chances de vie sont toujours
significativement plus grandes. Plus on franchit
les étapes de l’existence, plus on
a de chance d’atteindre un âge supérieur
à la moyenne d’âge de la population
considérée. C’est ainsi que
l’espérance de vie de ceux qui aujour-d’hui,
en France, ont atteint l’âge de 60 ans,
est supérieure à 79 ans pour les hommes
et supérieure à 85 ans pour les femmes.
Le vieillissement et la mort
Le vieillissement semble correspondre à l’accumulation
de diverses modifications structurelles et fonctionnelles
qui augmentent le risque de mort, impliquant un
processus en grande partie intrinsèque à
la vie, donc inéluctable, avec toutefois
la possibilité d’agir dans une certaine
mesure sur la rapidité du processus. Comment
a-t-on cherché et cherche-t-on depuis un
siècle à retarder cette évolution
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Au
début du xxe siècle, Metchnikoff passant
ses vacances en Bulgarie fut surpris par le nombre
de centenaires chez les paysans mangeant des yaourts
préparés à partir d’une
culture vivante de bactéries lactiques. Les
bactéries lactiques étant censé
coloniser l’intestin, Metchnikoff émit
sa théorie intestinale du vieillissement
qui fait toujours florès dans la publicité
pour ce type d’aliment, excellent pour d’autres
raisons. Voronov, vers les années 20, observe
à la cour d’Ethiopie le vieillissement
rapide des eunuques et pense que les hormones mâles
sont déterminantes. C’est pourquoi
il greffe les testicules d’un agneau sur un
vieux bélier et recrute des volontaires humains
pour leur greffer des testicules de chimpanzés.
Le rejet des greffes entre espèces le contraint
à abandonner. Dans l’immédiate
après-guerre, Bogomoletz incrimina l’altération
du système réticulo-endothélial,
un ensemble de cellules de notre organisme intervenant
notamment dans la capture et la digestion des agents
infectieux ; cet auteur prétendait le stimuler
avec des anticorps et, dans cet esprit, un sérum
anti-cellules du système réticulo-endothélial
fut préparé. De nombreux artistes
se firent traiter benoîtement avec l’espoir
vain de garder ainsi la fraîcheur de leur
jeunesse ou de retarder leur sénilité...
Plus récemment, la baisse de certaines secrétions
hormonales a
été incriminée. L’administration
d’œstrogènes chez les femmes ménopausées
s‘avère bénéfique mais
ne retarde que le vieillissement des structures
osseuses. L’hormone de croissance, qui a pratiquement
assumé la disparition du nanisme, ne permet
d’obtenir que des modifications morphologiques
sans contreparties fonctionnelles. Actuellement,
Beaulieu acclimate l’idée que la vieillesse
pourrait être liée à l’affaiblissement
de la sécrétion de déhydroépiandrostérone
(DHEA), une hormone surrénalienne dont les
propriétés s’opposent à
celle de la cortisone. Le taux sanguin de cette
hormone à 70-80 ans n’est plus effectivement
que le 1/10e de ce qu’il était à
30 ans, chez la majorité des individus. L’administration
de DHEA, de pregnenenolone ou de mélatonine
est recommandée pour combler cette déficience.
La DHEA est désormais commercialisée
en grandes surfaces aux USA mais la preuve d’une
réelle efficacité et d’une totale
innocuité à long terme de cette hormone
ou de ses précurseurs, reste à établir.

Aujourd’hui plusieurs travaux expérimentaux
sur différents systèmes biologiques,
de la levure à l’homme, conduisent
à incriminer de plus en plus une détérioration
progressive de certaines macromolécules essentielles
et, dans ce processus d’altération,
de petites molécules et en particulier les
formes activées de l’oxygène
qui apparaissent dans le fonctionnement normal des
cellules, se révèlent comme le principal
facteur de détérioration. Il a été
démontré expérimentalement
que la vitesse du vieillissement peut être
réduite en abaissant la production de ces
formes activées de l’oxygène
ou en rendant les cellules plus aptes à éliminer
l’excès de production de ces molécules.
C’est dans cet esprit qu’apparaissent
actuellement sur le marché mondial des préparations
commerciales d’anti-oxydants (sept à
ce jour peuvent être répertoriées,
à notre connaissance), préconisées
comme complément de l’alimentation.
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