Professeur Jacques PILLOT
Directeur d’Unité de Recherche
et Professeur honoraire
à l’Institut Pasteur
Professeur honoraire à la Faculté de Médecine de Paris-Sud
Le monde merveilleux des anciennes
dynasties bibliques et le plus récent passé
Dans les images de la création où il n’y aurait eu qu’un seul homme et une seule femme, Adam et Eve auraient atteint dans leur pureté biologique originelle les quelque 900 ans. Mathusalem, grand-père de Noé, est crédité du record de 969 ans. Après le déluge, où il n’y aurait plus eu que trois patriarches pour renouveler le monde, la réduction de la longévité fut drastique, puisque seul Sem aurait atteint les 500 ans ; par la suite la longévité devait poursuivre sa décroissance pour arriver à une fin de vie se situant inéluctablement à 70-80 ans après Moïse. Puisqu’il s’agit d’images pour faire passer un message religieux avec les moyens de communication de l’époque, il est impossible de savoir si la durée de vie a été réellement considérablement réduite aux premiers temps du monde historiquement accessible.
Il n’est guère possible de déterminer avec précision la moyenne de la vie humaine dans nos contrées avant le dix-neuvième siècle. Nous ne connaissons guère que la durée de vie de personnalités célèbres. On peut situer à la Renaissance, l’apparition de vieillards en nombre substantiel. Un net recul de la mortalité se manifeste au milieu du XVIIIè siècle où le seuil des 8-10 % de plus 60 ans dans la population française est franchi. Au xixe, il y a encore un nombre infime de centenaires (1 pour 4 000 environ) avec une espérance de vie moyenne de seulement encore 26-40 ans.
Au xxe siècle la durée de vie moyenne en France progresse d’environ une année tous les trois ans : de quelque 41 ans à 74 ans pour les hommes, de 44 à 81 ans pour les femmes. Nous le devons surtout aux progrès dans la prévention et le traitement des infections, avec Pasteur au premier rang. En 1950, les plus de 60 ans représentaient 16 % de la population ; ils en représentent 20 % aujourd’hui. Les projections sur l’avenir conduisent à penser qu’ils devraient atteindre les 27 % en 2020, les 35 % en 2050. C’est dire que la charge de 10 retraités incomberait alors à 11-15 adultes en 2050 contre 27 aujourd’hui.

Les perspectives dans un proche avenir
Pour les pays occidentaux, les nouveau-nés de 1990 ont une espérance de vie moyenne évaluée à 74 ans pour les hommes, à 81 ans pour les femmes. Par extrapolation des données actuelles, ceux qui naîtront en 2020 auront toutes chances de vivre une moyenne de 79 ans pour les hommes, de 89 ans pour les femmes. C’est dire que le retard à la fin de vie devrait se poursuivre dans les prochaines années.
Actuellement, en France, nous gagnons trois mois de vie par an. Si l’on envisage maintenant les particularités des différents pays, la France devrait être un pays privilégié puisque, selon les prévisions de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 1999), elle occuperait actuellement le troisième rang dans le monde, après le Japon et l’Australie, pour l’espérance de vie à la naissance, bien loin devant les Etats-Unis qui n’occuperaient que le 24e rang avec une moyenne de plus de 3 années d’espérance de vie en moins (Tableau I). À noter que la plupart des nations méditerranéennes les plus développées viennent immédiatement après la France, ce qui ne saurait être sans signification. Une plus récente projection du Conseil de l’Europe pour les 38 nations européennes, relègue toutefois la France au 14e rang, mais le fait que cette statistique intègre des données de pays dont on peut douter de la fiabilité des évaluations (l’Albanie y figure en premier, avec l’Azerbaïdjan, la Bosnie-H et la Croatie dans le peloton de tête), conduit à en relativiser la signification.
Les considérations précédentes concernent tous les âges de la vie et prennent en compte la morta-lité infantile. Passé le cap des premiers mois de l’existence qui se caractérisent par une mortalité plus élevée que celle de la moyenne de la population, les chances de vie sont toujours significativement plus grandes. Plus on franchit les étapes de l’existence, plus on a de chance d’atteindre un âge supérieur à la moyenne d’âge de la population considérée. C’est ainsi que l’espérance de vie de ceux qui aujour-d’hui, en France, ont atteint l’âge de 60 ans, est supérieure à 79 ans pour les hommes et supérieure à 85 ans pour les femmes.

Le vieillissement et la mort
Le vieillissement semble correspondre à l’accumulation de diverses modifications structurelles et fonctionnelles qui augmentent le risque de mort, impliquant un processus en grande partie intrinsèque à la vie, donc inéluctable, avec toutefois la possibilité d’agir dans une certaine mesure sur la rapidité du processus. Comment a-t-on cherché et cherche-t-on depuis un siècle à retarder cette évolution ?
 

Au début du xxe siècle, Metchnikoff passant ses vacances en Bulgarie fut surpris par le nombre de centenaires chez les paysans mangeant des yaourts préparés à partir d’une culture vivante de bactéries lactiques. Les bactéries lactiques étant censé coloniser l’intestin, Metchnikoff émit sa théorie intestinale du vieillissement qui fait toujours florès dans la publicité pour ce type d’aliment, excellent pour d’autres raisons. Voronov, vers les années 20, observe à la cour d’Ethiopie le vieillissement rapide des eunuques et pense que les hormones mâles sont déterminantes. C’est pourquoi il greffe les testicules d’un agneau sur un vieux bélier et recrute des volontaires humains pour leur greffer des testicules de chimpanzés. Le rejet des greffes entre espèces le contraint à abandonner. Dans l’immédiate après-guerre, Bogomoletz incrimina l’altération du système réticulo-endothélial, un ensemble de cellules de notre organisme intervenant notamment dans la capture et la digestion des agents infectieux ; cet auteur prétendait le stimuler avec des anticorps et, dans cet esprit, un sérum anti-cellules du système réticulo-endothélial fut préparé. De nombreux artistes se firent traiter benoîtement avec l’espoir vain de garder ainsi la fraîcheur de leur jeunesse ou de retarder leur sénilité... Plus récemment, la baisse de certaines secrétions hormonales a
été incriminée. L’administration d’œstrogènes chez les femmes ménopausées s‘avère bénéfique mais ne retarde que le vieillissement des structures osseuses. L’hormone de croissance, qui a pratiquement assumé la disparition du nanisme, ne permet d’obtenir que des modifications morphologiques sans contreparties fonctionnelles. Actuellement, Beaulieu acclimate l’idée que la vieillesse pourrait être liée à l’affaiblissement de la sécrétion de déhydroépiandrostérone (DHEA), une hormone surrénalienne dont les propriétés s’opposent à celle de la cortisone. Le taux sanguin de cette hormone à 70-80 ans n’est plus effectivement que le 1/10e de ce qu’il était à 30 ans, chez la majorité des individus. L’administration de DHEA, de pregnenenolone ou de mélatonine est recommandée pour combler cette déficience. La DHEA est désormais commercialisée en grandes surfaces aux USA mais la preuve d’une réelle efficacité et d’une totale innocuité à long terme de cette hormone ou de ses précurseurs, reste à établir.




Aujourd’hui plusieurs travaux expérimentaux sur différents systèmes biologiques, de la levure à l’homme, conduisent à incriminer de plus en plus une détérioration progressive de certaines macromolécules essentielles et, dans ce processus d’altération, de petites molécules et en particulier les formes activées de l’oxygène qui apparaissent dans le fonctionnement normal des cellules, se révèlent comme le principal facteur de détérioration. Il a été démontré expérimentalement que la vitesse du vieillissement peut être réduite en abaissant la production de ces formes activées de l’oxygène ou en rendant les cellules plus aptes à éliminer l’excès de production de ces molécules. C’est dans cet esprit qu’apparaissent actuellement sur le marché mondial des préparations commerciales d’anti-oxydants (sept à ce jour peuvent être répertoriées, à notre connaissance), préconisées comme complément de l’alimentation.

 
 

 

 

Retour à l'accueil

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"