Une autre théorie du vieillissement
incrimine l’altération des gènes,
dans laquelle d’ailleurs les processus oxydatifs
précèdemment décrits pourraient
être aussi déterminants. Les toutes
récentes expériences de clonages
apportent une information intéressante
en ce sens sur le vieillissement. La brebis Dolly
et d’autres animaux obtenus par clonage
en introduisant un noyau cellulaire d’un
sujet donné dans un ovocyte de même
espèce, naissent avec l’âge
du donneur de noyau, ce qui conduit à un
vieillissement précoce du sujet cloné.
Ainsi le vieillissement semble s’inscrire
avec le temps dans le patrimoine génétique,
dès la naissance.
Nous sommes tributaires de notre génome
pour les risques de voir apparaître certaines
ma-ladies qui peuvent conduire à la mort
mais la date de celle-ci n’est en rien programmée.
Par exemple, des gènes de sensibilité
à la tuberculose ont été
identifiés mais il est impératif
que les individus sensibles rencontrent l’agent
infectieux pour éventuellement en mourir
; le moment de la contamination n’est, lui,
en rien programmé. Les jumeaux homozygotes
qui sont une réplique rigoureuse de l’un
par rapport à l’autre, décèdent
souvent de ma-ladies différentes et en
tout cas à des dates différentes.
Les Japonais, privilègiés par leur
durée de vie, meurent au même âge
que les Américains quand ils émigrent
vers la côte ouest des USA. L’influence
des conditions de vie, notamment de la nutrition,
de l’environnement (qui implique notamment
la présence ou non d’agents infectieux
spécifiques), est déterminante dans
le processus qui met un terme à l’existence.
À celà il faut ajouter les facteurs
délétères que l’homme
s’administre lui-même, avec le tabac,
la drogue, l’excès d’alimentation
ou d’alcool et la sédentarité.
Quoi qu’il en soit, la mort peut évidemment
n’avoir aucune relation avec le vieillissement
; mais le vieillissement s’il ne conduit
pas directement à la mort, sensibilise
progressivement et inéluctablement à
toutes les causes de mortalité qui affectent
notre existence. Quant à l’existence
de gènes conditionnant à eux seuls
la durée de la vie, les "gérontogènes",
elle paraît relever du fantasme.
Force est donc de reconnaître que notre
ignorance reste grande sur le mécanisme
intime du vieillissement, qui représente
sans doute un processus d’autant plus diffi-cile
à déchiffrer qu’il apparaît
plurifactoriel. À ce jour aucune théorie
ne peut être reconnue valable.
Dans un tel contexte, la logique consiste d’abord
à agir pour une prévention des principales
causes de mortalité.
Vieillissement et maladies cardiovasculaires
Les affections cardiovasculaires sont responsables
de la majorité des morts dans le monde
; elles y occasionnent à elles seules le
1/5e de tous les décès en moyenne
générale ; mais elles tuent ou affectent
sérieusement à un moment ou à
l’autre de la vie, la moitié de la
population des pays anglo-saxons. La première
place est occupée par l’infarctus
du myocarde et ses séquelles, la seconde
par le ramollissement et les hémorragies
cérébrales (Tableau II). Viennent
ensuite les infections pulmonaires basses, les
diarrhées infectieuses et la mortalité
périnatale, ces deux dernières causes
étant l’apanache des pays en voie
de développement. Suivent la dilatation
et les maladies obstructives des bronches, la
tuberculose, la rougeole et les accidents de la
route (avec une plus haute incidence dans les
pays en voie de développement pour l’avant-dernière,
dans les pays développés pour la
dernière). Les projections pour 2020 de
l’O.M.S. montrent
que les deux premières causes, la mortalité
cardiovasculaire, devraient irréductiblement
garder la première place tandis que les
accidents de la route bondiraient de la 9e à
la 3e place, avec la dilatation et les maladies
obstructives des bronches. Toutes les infections
seraient appelées à régresser
en dessous du dixième rang mais les cancers
des voies respiratoires passeraient de la 10e
à la 5e place.
Il est donc incontestable que la majorité
des individus voit leur vie cesser avec l’éclosion
de manifestations cardiovasculaires. Les projections
sur l’avenir établissent qu’il
en serait toujours ainsi, ce qui tend à
montrer que l’altération de l’appareil
vascu-laire est un élément prédominant
du vieillissement. Il est à noter que les
altérations des vaisseaux sanguins qui
caractérisent l’athérome et
qui conduisent à l’infarctus du myocarde
et aux accidents circulatoires cérébraux,
incriminent précisément le même
processus d’oxydation, les mêmes formes
activées de l’oxygène que
celles qui apparaissent capables de faire vieillir
les cellules ou d’altérer les gènes.
Les récentes études histologiques
conduites sur les artères de nouveau-nés
montrent déjà que les toutes premières
lésions de l’athérome artériel
sont perceptibles dans les mois qui suivent la
naissance. Le vieil adage "on a l’âge
de ses artères" y trouverait-il sa
justification ?
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La
prévention du vieillissement et des accidents
cardiovasculaires : le rôle du vin
En l’absence de connaissances précises
et sûres sur l’intimité des mécanismes
du vieillissement, il est difficile de dégager
des mesures qui permettraient d’en ralentir
efficacement le processus. Néanmoins, les
données statistiques des différents
pays, le mode de vie dont l’activité
physique et le contenu de l’alimentation sont
les éléments essentiels, paraissent
conditionner la rapi-dité d’évolution
des processus dégénératifs
du vieillissement. Le régime méditerranéen
comportant une alimentation à base de fruits,
légumes, poissons et vin, associé
à une réduction de la consommation
de graisses saturées et à un exercice
physique suffisant, devrait désormais ouvrir
une voie royale vers la longévité
maximale.
Une telle alimentation qui, de toute évidence,
induit une réduction de la mortalité
cardiovasculaire et où le vin paraît
avoir un rôle primordial, présente
l’avantage de se situer en parfaite concordance
avec les plus récentes données relatives
à la mise en place de facteurs présumés
capables de ralentir les processus du vieillissement.
Ce n’est sans doute pas une simple coïncidence
que les formes activées de l’oxygène
représentent un stade essentiel du développement
des lésions de l’athérome artériel
(comme décrit dans la précédente
édition de cette revue) et qu’elles
soient aujour-d’hui fortement incriminées
dans les processus du vieillissement. Si cette analogie
se confirme, vieillissement et maladies cardiovasculaires
y trouveraient leur point de conjonction, ce qui
expliquerait pourquoi vieillissement et fréquence
des maladies cardiovasculaires évoluent strictement
parallélement dans le temps. L’athérome
est indiscutablement considéré comme
un vieillissement des artères et toute thérapeutique
préventive des maladies cardiovasculaires
avec des anti-oxydants pourrait avoir alors un impact
à la fois sur le vieillissement et la maladie
artérielle. En ce sens, l’introduction
dans l’alimentation de compléments
présumés capables de réduire
les processus oxydatifs délétères,
n’aurait rien d’irrationnel.
Les lésions d’athérome artériel
(infarctus du myocarde au premier rang, hémorragie
cérébrale au deuxième rang)
sont globalement à l’origine de plus
de 20 % des décès (Tableau II). Puiqu’elles
ont la particularité d’être décelables
dès les premiers jours de la vie et que les
projections vers l’avenir tendent à
montrer que cette cause première de mortalité
restera première ; c’est donc ce processus
qui doit être pris prioritairement en compte
dans un souci de longévité.
Le rôle bénéfique d’une
consommation modérée de vin pour la
prévention des maladies cardiovasculaires
est désormais une évidence, scientifiquement
démontrée. La réduction, de
l’ordre de 35 %, de l’incidence des
maladies cardiovasculaires dans ces conditions va
toujours de pair avec une réduction du taux
de mortalité du même ordre et parfois
légérement supérieure, ce qui
donne à penser que l’action bénéfique
du vin puisse déborder le cadre de ces maladies.
Le principe actif, indiscutablement repéré
pour cette activité, repose sur la molécule
d’alcool consommée à petites
doses, ce qui explique que d’autres sources
d’alcool que le vin puissent aussi s’avérer
bénéfiques pour la prévention
de ces affections ; mais ceci avec un risque de
cancers de la langue et de l’œsophage,
si les concentrations d’alcool sont supérieures
à celles du vin et surtout si elles sont
absorbées en excès. Trois propriétés
sont attribuées au vin : une activité
anti-oxydante sans doute prépondérante,
une capa-cité à induire une relaxation
des cellules constituant le tapis cellulaire des
vaisseaux, enfin un antagonisme à la formation
des caillots sanguins en inhibant
l’agrégation des plaquettes. Le vin
offre-t-il une supériorité par rapport
aux autres breuvages alcoolisés ? Cela paraît
très vraisemblable mais non encore scientifiquement
établi. La supériorité du vin
pourrait tenir, d’une part, à la présence
dans ce breuvage de polyphénols particulièrement
absorbables par la mu-queuse intestinale dans ces
conditions, d’autre part, à la façon
dont le vin est généralement consommé,
c’est-à-dire plus régulièrement,
lors des repas, et à doses plus fractionnées
que les autres breuvages alcoolisés. Les
propriétés anti-oxydatives du vin
vis-à-vis des formes activées de l’oxygène
inductrices des lésions athéromateuses,
n’expliquent pas les vertus de celui-ci :
l’alcool n’est en effet que faiblement
capable de neutraliser de telles formes et il n’a
toujours pas été établi que
les polyphénols qui sont, eux, de puissants
anti-oxygènes, soient actifs pour contrarier
l’évolution de l’athérome
; de plus, les taux sanguins de polyphénols
que l’on obtient après absorption de
vin sont inférieurs à ceux qui s’avérent
actifs dans les modèles in vitro. Bien des
mystères
subsistent donc sur l’éminente propriété
du vin. |