| Femmes à la tête d’un
vignoble, femmes au chai, femmes acheteuses
de vin... elles sont de plus en plus nombreuses
à investir l’univers du vin, un
milieu traditionnellement masculin. Nous sommes
allés à leur rencontre et elles
nous ont volontiers raconté leur histoire
: les circonstances dans lesquelles elles sont
devenues vigneronnes, les rapports qu’elles
entretiennent avec leur vin, comment elles ont
participé à l’évolution
des vins. C’est avec plaisir et passion
qu’elles ont toutes témoigné
et nous les en remercions. Bernadette
Bernabé du Château La Rivalerie
à Saint Paul a assisté à
cette féminisation du milieu. Elle
raconte que dans le Bordelais, les femmes
ont dû apporter la preuve de leur savoir-faire
aussi bien technique que commercial pour se
faire accepter dans ce milieu rural, encore
réservé aux hommes au milieu
des années 80, quand elle a pris les
commandes de son vignoble. Selon elle, l’évolution
des mentalités a été
facilitée à partir du moment
où les grandes propriétés
du Bordelais ont été rachetées
par des personnes venant d’autres horizons
et déjà habituées à
côtoyer des femmes. En Bourgogne, c’était
un peu la même chose. Françoise
Maldant, sur le domaine qui porte son nom,
classé en Côte de Nuit, à
Chorey les Beaune, avoue atten-dre aujourd’hui
la retraite. Elle se souvient qu’en
1985, quand elle a repris, avec un chef de
cave, le domaine que lui avait laissé
son mari : “les débuts ont été
difficiles parce que j’étais
une femme qui exerçait un métier
d’homme et qui tentait d’imposer
ses principes, dit-elle.
Auparavant, je travaillais dans le milieu
hospitalier. Habituée à une
hygiène parfaite je veillais sans relâche
sur la parfaite propreté de nos cuves
et je tenais à un changement régulier
du matériel. Cela n’était
pas toujours bien compris, je faisais figure
de maniaque de la propreté. Aujourd’hui,
je me réjouis de voir que les femmes
sont couramment à la tête d’exploitations
et sont mieux acceptées. Les hommes
reconnaissent, par exemple, qu’elles
ont un nez délicat et un palais plus
fin en matière de dégustation.
Elles sont capables de déceler des
arômes inconnus des hommes”. Une
fille, reprendre le vignoble après
un père : chose inimaginable dans les
années 70, se rappellent certaines
vigneronnes. C’est l’exemple de
Nicole Roskam-Brunot qui est actuellement
à la tête du Château Cantenac
à Saint Emilion. Elle raconte qu’elle
a un frère que son père voyait
comme son seul successeur possible. Enfant,
elle a donc été tenue à
l’écart des vignes. Plus tard,
elle a fait des études de juriste avant
de suivre son mari et d’élever
trois enfants. Passionnée par ce fruit
qui lui était défendu, elle
est pourtant revenue avec grand plaisir sur
la propriété familiale fin 1994,
après le décès de son
mari. Pas franchement préparée
à devenir vigneronne, elle a dû
tout apprendre. “J’ai dû
commencer par découvrir le vin avant
de le travailler, dit-elle. Il m’a fallu
travailler d’arrache-pied pendant des
années et apprendre notamment à
tailler la vigne pour sans cesse améliorer
la qualité de mon vin”. Les médailles
obtenues lors de concours ont fini par venir
récompenser ses efforts, mais sa plus
belle récompense est peut-être
son entrée avec quatre
autres femmes dans la jurande de Saint Emilion
en 2000, une corporation jusque-là
réservée aux hommes.
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Madame Rechenmann
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Plus nombreuses sont les
femmes propulsées à la tête
d’un vignoble du jour au lendemain,
souvent après le décès
d’un père ou d’un mari
qu’elles épaulaient dans l’ombre.
C’est ce qui est
arrivé à Françoise Rigal
au château du Grand Caumont à
Lézignan-Corbières. “Mon
mari était malade, en un quart d’heure
il m’a passé la main, raconte-t-elle.
Moi, qui jusqu’alors n’avait vu
des raisins que dans un compotier, je me suis
vite installée au domaine pour commencer
à prendre la relève.”
C’est à peu près dans
les mêmes circonstances qu’Emilie
Faussié du Château De Violet
à Caunes-Minervois a pris le vignoble
en mains. Née dans les vignes, elle
a épousé un vigneron. Des années
plus tard, quand son mari est tombé
malade, il lui a confié la direction
de l’exploitation. Elle n’a pas
baissé les bras, au contraire, elle
est allée de l’avant et a commencé
par créer une cave particulière,
ce qui lui avait donné droit à
des réactions du genre “Emilie,
ce n’est pas un travail de femme”.
Elle dit avoir eu un peu de mal à s’imposer
dans ce milieu mais cela ne l’a pas
découragée. Quand elle est restée
seule sur l’exploitation, elle a tenu
bon et a décidé de continuer
à appliquer ses idées.
Besoin d’un changement de vie ou hasard
de la vie
Venir à la terre et “chouchouter
la vigne” est le choix délibéré
fait par certaines femmes, celles qui ressentaient
le besoin d’un changement de vie. Chantal
Lecouty, installée au Prieuré
Saint-Jean-de-Brébian à Pézenas,
était auparavant journaliste et directrice
de la Revue du Vin de France. “J’ai
longtemps fréquenté les vignerons
de France et de Navarre et j’ai eu envie
d’essayer de faire comme eux”,
dit-elle. Quand elle s’est décidée
à franchir le cap, en 1994, son choix
s’est d’emblée orienté
vers un domaine en Languedoc, tout simplement
parce qu’elle avait envie de suivre
le renouveau (en marche) de la viticulture
dans cette région. “Tout était
à faire dans le domaine et cette perspective
m’intéressait”, dit-elle.
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Chantal Lecouty
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Pour Marlène Soria
du Domaine Peyre Rose à Saint Pargoire,
la reconversion fut encore plus to-tale. Cette
femme d’origine rurale travaillait dans
l’immobilier jusqu’à ce
qu’un concours de circonstances ne l’amène
“en pleine garrigue, dans un endroit
enchanteur qui répondait complètement
à un désir de changer de vie”,
explique-t-elle. Il n’y avait pas de
vigne et c’est là qu’elle
a entrepris la création de son domaine
en convertissant la garrigue en vignoble.
Pour elle, ces plantations ont été
un moyen d’expression. “Mon intérêt
pour la terre au départ s’est
progressivement et naturellement porté
sur le vin”, raconte-t-elle. Ces sols
vierges qu’elle a transformés
en vignoble, elle continue de les respecter
pour que ses raisins soient la parfaite expression
d’un terroir. Elle n’utilise donc
aucun produit chimique. Elle est d’ailleurs
considérée comme producteur
de vin bio mais elle ne cherche pas à
mettre en avant ce mode de culture pour vendre
ses bouteilles.
Et puis, il y a les hasards de la vie qui
conduisent à la vigne alors qu’on
exerce une autre activité professionnelle.
Mme Rechenmann du château Cluzel a découvert
Bouliac aux portes de Bordeaux après
50 ans passés en Afrique, au cœur
d’exploitations forestières.
En effet, elle et son mari ont acheté
leur propriété “pour avoir
un pied à terre près de Bordeaux”,
dit-elle avant d’expliquer : “Que
voulez-vous ? Mes enfants ont toujours été
habitués aux très grands espaces.
Quand ils sont arrivés en France faire
leurs études, la vie en ville dans
un appartement était quelque chose
d’impensable pour eux. Il leur fallait
de l’espace, on nous a proposé
ce site merveilleux sur 4 hectares à
l’origine. Nous avons eu le coup de
foudre et avons acheté cette propriété.”
Bien vite, le couple a eu envie de continuer
l’exploitation du domaine avec “la
volonté de faire bien”, précise-t-elle.
Il a fallu s’y mettre, s’entourer
de personnel et apprendre le vin. “D’origine
bretonne, j’aimais le cidre, pas le
vin rouge, raconte-t-elle en riant. Je n’étais
pas attachée au vin quand j’ai
dû apprendre ce que sont les arômes,
la robe, ...etc”.
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Marie Niel Durst
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| Cette histoire a des points communs avec
celle de Mme Magnien qui a découvert
le Domaine Foudouce situé à Pézenas,
en 1988 lorsqu’elle et son mari cherchaient
une maison. “En parlant avec des amis,
nous avons appris que ce domaine était
à vendre et que le proprié-taire
était disposé à céder
la bâtisse seule ou l’ensemble,
bâtisse et vignoble. On était en
avril, c’était magnifique. Le site
nous a plu, nous nous sommes décidés
à acheter l’ensemble de la propriété.
Ensuite, nous n’avons pas abandonné
l’activité que nous avions dans
l’export et nous sommes devenus vignerons
par plaisir.” |
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