Rudolf
Steiner
Né en 1861 à Kraljevec (dans l'actuelle
Slovénie). Etudes techniques et scientifiques
à Vienne. En 1891 il obtient le doctorat
en philosophie à Rostock. Il est le plus
jeune collaborateur aux archives de Goethe à
Weimar où, de 1890 à 1897, il est
chargé de l'édition des écrits
scientifiques de Goethe. Rédacteur, écrivain,
conférencier, il enseigne à l'université
populaire de Berlin.
II ouvre une voie moderne d'approche des réalités
spirituelles : l'anthroposophie qu'il présente
dans ses livres et dans près de 6000 conférences
faites dans toute l'Europe devant les publics les
plus variés.
II conçoit et construit le Goetheanum à
Dornach près de Bâle, à la fois
université, centre de recherche et théâtre.
Il innove et rénove dans de multiples domaines
de la vie sociale : la sociologie, la pédagogie
(écoles Waldorf) la pédagogie curative,
la médecine et la pharmacie (Weleda), l'agriculture
biodynamique (label Demeter), l'architecture, le
théâtre, etc.
Il meurt à Dornach en 1925.
L'édition complète de son œuvre
en allemand (écrits et conférences)
comprend 350 volumes dont une bonne partie est déjà
tra-duite dans de nombreuses langues.
“Vous savez bien qu'il existe des animaux
qui se comportent tout à fait en bons végétariens.
Certains animaux ne mangent pas de viande. Prenons
l'exemple de nos vaches, elles ne mangent pas de
viande. Les chevaux eux non plus ne sont pas avides
de viande, ils ne mangent que des végétaux.
Or il faut bien se rendre compte que l'animal ne
se contente pas d'ingurgiter de la nourriture, mais
qu'il se débarrasse en permanence de ce qui
se trouve dans son corps. Vous savez, par exemple,
que les oiseaux muent. Ils perdent leurs plumes
et doivent les remplacer par de nouvelles. Vous
savez que les cerfs perdent leurs bois. Vous-mêmes,
lorsque vous vous coupez les ongles, vous constatez
ensuite qu'ils repoussent. Mais ce qui apparaît
dans ce cas si visiblement se déroule constamment
! Nous éliminons constamment notre peau.
Je vous l'ai déjà exposé antérieurement.
Et en l'espace de sept à huit ans, nous avons
éliminé tout notre corps que nous
avons remplacé par un corps neuf. C'est également
le cas chez les animaux.
Arrêtons-nous un peu sur une vache ou un
bœuf : eh bien, si vous le prenez quelques
années plus tard, la chair qui est en lui
est complètement changée. Cela est
quelque peu différent chez le bœuf et
chez l'homme ; la régénération
se fait plus rapidement chez le bœuf. Sa chair
est donc régénérée.
Mais qu'y a-t-il à l'origine de cette chair
? C'est ce que vous devez vous demander. De pures
matières végétales en sont
à l'origine. Le bœuf a lui-même
produit sa chair à partir de matières
végétales. C'est la chose la plus
importante qu'il faille relever. Le corps animal
est donc capable de transformer des végétaux
en chair. Eh bien, Messieurs, vous pouvez faire
cuire un chou aussi longtemps que vous le voulez,
vous n'en tirerez pas de la viande. Vous n'arriverez
pas à en tirer de la viande en le mettant
dans votre poêle ou dans votre casserole,
pas plus qu'il n'est possible de transformer en
viande un gâteau que l'on prépare. |
|
Il n'y a donc pas
de technique qui permette cela. Mais en somme, ce
que l'on ne peut pas faire techniquement se fait
dans le corps de l'animal. C'est tout simplement
de la viande qui est produite dans le corps de l'animal.
Mais les forces nécessaires à cette
opération doivent d'abord se trouver dans
le corps. Parmi toutes les forces techniques dont
nous disposons, il n'en est pas qui permette de
transformer les végétaux en viande.
Nous n'en avons pas. Notre corps ainsi que le corps
de l'animal contiennent donc des forces capables
de transformer des substances végétales,
des matières végétales en matières
carnées.
Considérez maintenant une plante. En voici
une. Elle se trouve encore dans un pré ou
dans un champ. Jusqu'à présent, les
forces ont agi, elles ont fait pousser des feuilles
vertes, des baies, etc. Supposez maintenant qu'une
vache mange cette plante. Une vache ou un bœuf
qui mange cette plante la transformera en chair.
Cela signifie que le bœuf possède des
forces en lui qui lui permettent de transformer
cette plante en chair.
Imaginez qu'il prenne au bœuf l'envie de se
dire : j'en ai assez de me promener et ne faire
qu'arracher ces herbes. Un autre animal pourrait
le faire pour moi. Je vais de ce pas manger cet
animal ! Voyons, le bœuf se mettrait donc à
manger de la viande ! Il est pourtant capable de
fabriquer lui-même de la chair ! Il dispose
de forces le lui permettant. Que se produirait-il
donc si au lieu de végétaux, le bœuf
se mettait à manger de la viande ? Toutes
les forces qui pourraient produire de la chair en
lui se trouveraient donc désœuvrées.
Prenez n'importe quelle usine devant produire une
chose quelconque, et supposez que vous ne produisiez
rien, mais que vous mettiez toute l'usine en marche
- imaginez un peu le gaspillage de forces qu'il
pourrait y avoir. Une force considérable
serait donc gaspillée. Or, Messieurs, la
force qui est gaspillée dans le corps de
l'animal ne peut pas se dissiper comme ça.
Le bœuf déborde de cette force : elle
fait en lui autre chose que transformer en matières
carnées les matières végétales.
Cette force demeure, elle est bien là. Elle
agit autrement en lui. Et ce qu'elle fait produit
en lui toutes sortes de déchets. Au lieu
de chair, ce sont des substances nuisibles qui sont
fabriquées. Le bœuf se remplirait donc
de toutes les matières nuisibles possibles
s'il se mettait soudain à être carnivore.
Il se remplirait notamment d'acide urique et d'urate.
Or l'urate a quant à lui des habitudes particulières.
Les habitudes particulières de l'urate sont
d'avoir un faible pour le système nerveux
et le cerveau. Si le bœuf mangeait directement
de la viande, il en résulterait une sécrétion
d'urate en énorme quantité, l'urate
irait au cerveau et le bœuf deviendrait fou.
Si nous pouvions faire l'expérience de nourrir
tout un troupeau de bœufs en leur donnant soudain
des colombes, nous obtiendrions un troupeau de bœufs
complètement fous. C'est ainsi que cela se
présente. Malgré la douceur des colombes,
les bœufs deviendraient fous." |