Serge HERCBERG
Directeur de l’U 557 Inserm
(UMR Inserm/Inra/Cnam)
Directeur de l’Unité de Surveillance
et d’Epidémiologie Nutritionnelle (USEN, InVS-Cnam)
Le Programme National Nutrition-Santé :
Une politique nutritionnelle
de santé publique pour la France
• Un guide alimentaire du PNNS destiné à la population générale ("la Santé vient en Mangeant : le Guide Alimentaire pour Tous", INPES, 2002) a été conçu pour traduire les objectifs de santé publique en recommandations compréhensibles pour le con-sommateur (Encadré 2). L’esprit est de ne pas contraindre les lecteurs à des comportements normalisés et restrictifs, ni à interdire certains aliments. Au contraire, il offre l’opportunité d’améliorer facilement le comportement alimentaire de tous, en maintenant les notions essentielles du plaisir et de la convivialité de l’alimentation. Résolument pragmatique, jouant sur l’identification des lecteurs à différents portraits de consommateurs ou chacun peut se reconnaître, il présente, sous une forme vivante et bien illustrée, des moyens pratiques, des conseils et des “trucs”, qui permettent à chacun, quels que soient l’âge, le sexe, le mode de vie ou les habitudes alimentaires actuelles, de promouvoir les facteurs de protection liés à la nutrition et ainsi espérer avoir un impact sur la qualité de la santé ! Pour chaque portrait, les recommandations sont identiques, mais leur mise en pratique est adaptée à chaque situation. Le Guide Alimentaire pour Tous est accompagné d’une édition spéciale pour les professionnels de santé. Des versions déclinées pour des populations spécifiques (enfants, adolescents, femmes enceintes, sujets âgés,...) fourniront des informations et les moyens pratiques pour atteindre les objectifs nutritionnels du PNNS.
• La création d’un site Internet et le soutien de réseaux de proxi-mité permettent de démultiplier et d’adapter ces actions d’information au niveau national et local.
• Des campagnes de communication, marquées du logo PNNS sont prévues tout au long de la durée du PNNS (promotion des fruits et légumes, activité physique,...).
• Diverses mesures visent à éduquer le jeune consommateur et à créer un environnement favorable à une consommation alimentaire allant dans le sens des objectifs du PNNS. Parmi ces mesures, on retrouve la publication de la circulaire relative à la composition et à la sécurité des repas servis en restauration scolaire (signée en juin 2001 par les ministres de l’Education Nationale, de l’Agriculture, de la Consommation et de la Santé), l’intégration de la dimension nutrition dans les programmes scolaires, le développement d’outils pédagogiques adaptés (CD–Rom), la mise en place de l’analyse et l’authentification de la conformité au PNNS du matériel pédagogique produit par les firmes alimentaires et destiné au milieu scolaire, la mise en place de fontaines d’eau fraîche dans les établissements, l’incitation aux débats au sein des conseils d’établissement sur la pertinence de l’implantation de distributeurs de boissons ou de produits de grignotage,...
2. Prévenir, dépister et prendre en charge les troubles nutritionnels dans le système de soins,
• Au sein des établissements de soins, une véritable place sera donnée à l’alimentation. L’accès à la consultation de nutrition, tant à l’hôpital qu’en ville sera facilitée. Afin d’atteindre ces objectifs, il a été prévu la création de postes de diététiciens et de praticiens hospitaliers, au sein des établissements de soins afin que ces professionnels bien formés exercent leur activité tant dans le cadre des consultations externes que dans la prise en charge des patients hospitalisés.
• Des moyens ont été développés afin de stimuler l’évaluation systématique de l’état nutritionnel des consultants par le personnel de santé, que ce soit dans le domaine de la prévention (dépistage précoce) ou dans celui de la prise en charge des problèmes nutritionnels : disques d’évaluation nutritionnelle adaptés aux adultes et aux enfants, basés sur la mesure de l’indice de masse corporelle (IMC), destinés aux médecins et diététiciens (accompagnés d’une information adaptée).
• Il a été prévu de diffuser des recommandations pour la pratique clinique élaborées par l’ANAES dans les domaines de la nutrition des femmes enceintes, des sujets âgés à domicile, de l’évaluation de l’état nutritionnel des patients, du diagnostic et de la prise en charge de la dénutrition à l’hôpital et sur les allergies alimentaires.
• Une information des professionnels relais sur les rôles des facteurs nutritionnels impliqués dans le déterminisme et la prévention des maladies chroniques est assurée au travers de synthèses actualisées. Ces synthèses sont réalisées selon les normes de qualité de l’expertise.
• Les fonctions et les métiers de la nutrition font l’objet d’une réflexion en profondeur (avec le soutien du Collège des Enseignants en Nutrition et des sociétés savantes de nutrition et de diététique) afin d’aboutir à
l’adaptation des formations de l’ensemble des professionnels de santé aux enjeux actuels.
3. Impliquer les industriels de
l’agro-alimentaire et la restauration collective ainsi que les consommateurs,
• Un objectif majeur de ce programme est de faciliter l’analyse par le consommateur des informations promotionnelles mentionnant la valeur santé de produits et services alimentaires, et notamment de la conformité de ces informations aux objectifs du PNNS. A cette fin, les conditions de la valorisation de cette conformité par un identifiant (sur demande des acteurs économiques intéressés) ont été définies avec les représentants des acteurs concernés (filières alimentaires, consommateurs et administration).
 
• Un renforcement de la formation des professionnels de l’agro-alimentaire et des filières alimentaires dans le champ de la nutrition, notamment dans les domaines de la nutrition de santé publique, est prévu. Ceci passe par une réflexion sur les besoins des acteurs économiques et par l’adaptation des cursus et programmes de formation (initiale et continue) aux nouveaux besoins identifiés.
• Une réflexion sur l’offre alimentaire est prévue avec les professionnels (telle la réduction de la teneur en sel dans certains aliments : pain, fromages, charcuteries, plats cuisinés,…).
4. Mettre en place des systèmes de surveillance alimentaire et nutritionnelle de la population,
•L’Unité de Surveillance et d’Epidémiologie Nutritionnelle (USEN) créée à l’InVS en collaboration avec l’ISTNA (Conserva-toire National des Arts et Métiers) a été mise en place pour évaluer l’impact dans le temps des me-sures et actions mises en place dans le cadre du PNNS en surveillant l’état nutritionnel de la population française, la consommation alimentaire et les atti-tudes et comportements. L’étude INCA2/ENNS sera développée régulièrement, sur un échantillon représentatif de la population française de 6 000 sujets (étude coordonnée par l’USEN-InVS et l’AFSSA).
• La mise à jour de tables de composition des aliments, coordonnée par l’AFSSA, doit permettre de disposer d’outils fiables pour la surveillance des apports nutritionnels.
5. Développer la recherche en nutrition humaine (épidémiologique, comportementale et clinique),
• Sous l’égide du ministère de la Recherche, le Réseau Alimen-tation Référence Europe (RARE), et notamment l’action NUTRIALIS, favorise, dans le cadre de partenariat avec les industriels de l’agro-alimentaire, l’étude des comportements alimentaires et de la prévention nutritionnelle des grandes pathologies de santé publique (cancer, maladies cardiovasculaires, obésité).
• De la même façon, est stimulé le développement de la recherche sur la nutrition en santé publique au titre des actions de recherche clinique menées par les centres hospitaliers et par la participation active de l’INSERM et de l’INRA.


Les objectifs nutritionnels prioritaires du PNNS

1 - Objectifs portant sur des modifications de la consommation alimentaire
- augmentation de la consommation de fruits et légumes : réduction du nombre de petits consommateurs de fruits et légumes d'au moins 25 %,
- augmentation de la consommation de calcium afin de réduire de 25 % la population des sujets ayant des apports calciques en dessous des Apports Nutritionnels Conseillés, associée à une réduction de 25 % de la prévalence des déficiences en vitamine D,
- réduction de la moyenne des apports lipidiques totaux à moins de 35 % des apports énergétiques journaliers, avec une réduction d'un quart de la consommation des acides gras saturés au niveau de la moyenne de la population (moins de 35 % des apports totaux de graisses),
- augmentation de la consommation de glucides afin qu’ils contribuent à plus de 50 % des apports énergétiques journaliers, en favorisant la consommation des aliments sources d’amidon, en réduisant de 25 % la consommation actuelle de sucres simples, et en augmentant de 50 % la consommation de fibres,
- réduction de la consommation d'alcool qui ne devrait pas dépasser 20 g d’alcool chez ceux qui consomment des boissons alcoolisées. Cet objectif vise la population générale et se situe dans le contexte nutritionnel (contribution excessive à l'apport énergétique) ; il n'est pas orienté sur la population des sujets présentant un problème d'alcoolisme chronique, redevable d'une prise en charge spécifique.

2 - Objectifs portant sur des modifications des marqueurs de l’état nutritionnel
- réduction de 5 % de la cholestérolémie moyenne dans la population des adultes,
- une réduction de 10 mm de Hg de la pression artérielle systolique chez les adultes,
- une réduction de 20 % de la prévalence du surpoids et de l'obésité (IMC > 25 kg/m3) chez les adultes et une interruption de l’augmentation particulièrement élevée au cours des dernières années de la prévalence de l’obésité chez les enfants

3 - Objectifs portant sur la modification de l'hygiène de vie en relation avec l'alimentation
- augmentation de l'activité physique dans les activités de la vie quotidienne par une amélioration de 25 % du pourcentage des sujets faisant, par jour, l’équivalent d'au moins 1/2h de marche rapide (monter escalier à pied, faire les courses à pied).
La sédentarité étant un facteur de risque de maladies chroniques, doit être combattue chez l’enfant.

 
 

 

 

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