Serge HERCBERG
Directeur de l’U 557 Inserm
(UMR Inserm/Inra/Cnam)
Directeur de l’Unité de Surveillance
et d’Epidémiologie Nutritionnelle (USEN, InVS-Cnam)
Le Programme National Nutrition-Santé :
Une politique nutritionnelle
de santé publique pour la France

6. Engager des mesures et actions de santé publique complémentaires destinées à des groupes spécifiques de population.
Diverses mesures visent à mettre en œuvre les moyens d’atteindre les objectifs spécifiques retenus dans le PNNS.
•Pour réduire la carence en fer durant la grossesse, deux stratégies d’intervention seront prévues, en accord avec les recommandations pour la pratique clinique (ANAES): la supplémentation en fer des femmes enceintes et les conseils nutritionnels spécifiques, intégrés dans une information globale sur l’alimentation durant la grossesse (Guide spécifique pour les femmes enceintes).
• Pour améliorer le statut en folates des femmes en âge de procréer, notamment en cas de désir de grossesse, diverses actions seront mises en place : la poursuite et le développement de la sensibilisation des personnels de santé, des enseignants, et des femmes en âge de procréer. L’information sera transmise au travers des centres de planning familial, des PMI, des pharmacies et de la presse féminine, jeune et familiale. Des conseils nutritionnels adaptés (brochure et guide alimentaire spécifique) seront promulgués et une supplémentation systématique en folates sera proposée aux femmes en cas de projet de grossesse.
• Pour promouvoir l’allaitement maternel, il sera nécessaire de fournir aux femmes un contexte favorable pour orienter leur choix en faveur de l’allaitement maternel et pour la prolongation de sa durée. Un document scientifique validé sur l’intérêt santé de l’allaitement maternel sera diffusé auprès des professionnels relais (collection des Synthèses du PNNS). L’application des directives européennes sur la promotion des substituts du lait maternel sera renforcée. La formation des personnels des maternités et l’information des femmes sur l’allaitement et l’introduction des aliments de complément, à l’occasion des consultations prénatales, complèteront le dispositif.
• Pour prévenir les déficiences en fer, calcium et vitamine D des enfants et des adolescents, outre les actions générales prévues en milieu scolaire, un guide alimen-taire spécifique sera développé pour ces populations. Une information ciblée dans les régions de faible ensoleillement permettra de développer une supplémentation hivernale en vitamine D(100 000 UI) sous contrôle médical.

 

• Pour améliorer le statut en calcium et en vitamine D des personnes âgées, des recommandations viseront à mettre en place une supplémentation en calcium et vitamine D des sujets âgés vivant en institution, et en vita-mine D (éventuellement associée au calcium) chez les personnes âgées vivant à domicile.
• Pour prévenir la dénutrition des personnes âgées, sera favorisé le dépistage en pratique médicale de ville et en institution (à l’aide d’un disque d’évaluation nutritionnelle). Un guide spécifique favorisera l’implication des familles dans la prise en charge nutritionnelle des personnes âgées.
• Pour lutter contre les déficiences vitaminiques et minérales chez les personnes suivant des régimes restrictifs ou présentant des troubles du comportement alimentaire, des recommandations pour la pratique clinique (ANAES) seront établies et une information sur ce point sera développée à l’intention du milieu médical.
• Pour lutter contre les déficiences vitaminiques et minérales et les dénutritions chez les personnes en situation de précarité, une sensibilisation et une formation seront mises en place pour les acteurs de terrain en contact avec ces populations. Les actions des professions relais pour améliorer la qualité nutritionnelle de l’alimentation, les initiatives novatrices où l’alimentation est également le support à la réinsertion sociale, et la diffusion d’outils nutritionnels spécifiques seront soutenus.
• Pour limiter le risque de développement de phénomènes d’allergies alimentaires, des recommandations sur la prévention seront diffusées auprès des personnels de santé ; des informations auprès des femmes enceintes ayant des antécédents familiaux et la promotion de l’allaitement maternel seront assurées. La mise en place d’un étiquetage exhaustif et précis, un guide spécifique, les actions de formation pour les différents professionnels concernés et le développement d’un réseau d’allergo-vigilance (InVS-AFSSA) complèteront l’arsenal des mesures mises en place.
Au total, le PNNS constitue un véritable plan de santé publique visant à atteindre des objectifs précis, chiffrés et programmés dans le temps, reposant sur des mesures et actions précises et ciblées et le développement d’outils spécifiques et adaptés, intégrant dans sa programmation sa propre évaluation et associant acteurs publics et privés et dont le succès passe par la responsabilisation de tous les acteurs concernés. La mise en place de ce PNNS amène la France, qui souffrait d’une absence totale de politique nutritionnelle à une situation de pointe tout à fait inno-vante dans le domaine de la prévention nutritionnelle des ma-ladies chroniques et l’optimisation de l’état de santé.

Bibliographie
HCSP. Haut Comité de Santé Publique. Pour une politique nutritionnelle de santé publique : enjeux et propositions. Editions ENSP, septembre 2000
INPES. La Santé vient en mangeant, Guide Alimentaire pour tous, PNNS, INPES, septembre 2002
Site Web du Ministère de la Santé: sante.gouv.fr (Dossier Nutrition)

Les recommandations nutritionnelles du PNNS

• une augmentation de la consommation de fruits et légumes, quelles qu’en soient leurs formes (crus, cuits, natures, préparés, frais, surgelés ou en conserves) pour atteindre au moins 5 fruits et légumes par jour ;
• une consommation d’aliments sources de calcium (produits laitiers, légumes et éventuellement eaux minérales riches en calcium pour les consommateurs d’eaux minérales) en quantités suffisantes pour atteindre les apports conseillés : 3 produits laitiers par jour ;
• une limitation de la consommation des graisses totales (lipides totaux) et particulièrement des graisses appelées "saturées" fournies par certains aliments dont il faut éviter une consommation excessive (viennoiseries, pâtisseries, charcuteries, beurre, crème fraîche, fromages,...) ;
• une augmentation de la consommation des féculents sources d’amidon, notamment des aliments céréaliers (et particulièrement des aliments céréaliers complets qui ont l’intérêt d’apporter des quantités appréciables de fibres), des pommes de terre, des légumineuses, qui doivent être présents à chaque repas ;
• une consommation de viandes/poissons et produits marins/œufs, 1 à 2 fois par jour en alternance (en quantité inférieure à l’accompagnement), en privilégiant pour les viandes les morceaux les moins gras et en favorisant la consommation de poissons, au moins 2 fois par semaine ;
• une limitation de la consommation de sucre en nature et des aliments riches en sucre (sodas, confiserie, chocolat, pâtisseries, desserts sucrés,.. );
• une limitation de la consommation de boissons alcoolisées qui ne devrait pas dépasser quotidiennement l’équivalent de 2 verres de vin pour les femmes et 3 pour les hommes (pas plus de 2 demis de bière ou 60 ml d’alcool fort), chez ceux qui en consomment ;
• une augmentation de l'activité physique dans la vie quotidienne pour atteindre au moins l’équivalent d’1/2h de marche rapide par jour (monter les escaliers à pied, faire les courses à pied) et une réduction de la sédentarité (TV, temps passé pour les jeux vidéo) surtout chez l’enfant.

Pour atteindre les objectifs nutritionnels du PNNS, il faut également limiter la consommation de sel et toujours préférer le sel iodé (et fluoré selon les régions), profiter sans excès des bienfaits des rayons solaires (pour recharger ses réserves en vitamine D), et surveiller régulièrement son poids pour être sûr que les apports caloriques sont en adéquation avec les dépenses énergétiques.

 
 

 

 

Retour à l'accueil

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"