Docteurs
Marielle ADRIAN

Institut Universitaire de la Vigne et du Vin, Université de Bourgogne BP 27 877, 21078 Dijon
UMR Plante-Microbe-Environnement INRA 1 088 - CNRS 2625, Université de Bourgogne, 21065 Dijon
E. LESNIEWSKA
Laboratoire de Physique, LPUB UMR CNRS 5027, Université de Bourgogne, 21078 Dijon
et A. PUGIN
UMR Plante-Microbe-Environnement INRA 1 088 - CNRS 2625, Université de Bourgogne, 21065 Dijon
Pour notre santé... et celle de la Terre Objectif : limitation des fongicides
Stimulation des défenses naturelles de la vigne:
un renforcement du bouclier des cellules
L’obtention d’une production de très bonne qualité sur les plans organoleptique et phytosanitaire est l’objectif clé à atteindre en viticulture.
Cependant, Fla vigne peut être attaquée par un grand nombre de micro-organismes pathogènes et sa protection nécessite un grand nombre d’interventions phytosanitaires. En effet, la viticulture représente 2,8 % de la surface agricole utile en France mais 50 % des traitements réalisés en agriculture lui sont destinés. Les importantes applications de pesticides sont polluantes, peuvent laisser des résidus et pèsent lourd dans le budget du viticulteur. De plus, l’utilisation répétée de certaines matières actives peut favoriser l’apparition de souches de champignons résistantes. Face à ces problèmes, il devient important de développer des solutions alternatives, sinon complémentaires, à la lutte chimique. Parmi les stratégies envisageables, des recherches sont actuellement en cours sur la création d’OGM (Organismes génétiquement modifiés) résistants, la lutte biologique et la stimulation de mécanismes de défense propres à la vigne. C’est cette dernière voie que nous avons choisi de développer depuis plusieurs années.
Les plantes, confrontées en permanence à des micro-organismes potentiellement pathogènes, ont appris, au cours de l’évolution, à développer des stratégies de protection. Parmi elles, on distingue les moyens de défense passifs (épaisseur cuticulaire, épidermique, accumulation de certains composés…) et les moyens de défense actifs incluant essentiellement la production de phytoalexines, de PR- (Pathogenesis Related) protéines et les renforcements des parois cellulaires [1]. Ces mécanismes sont inductibles après reconnaissance par la plante d’un signal - ou éliciteur - lui indiquant la présence du pathogène ; mais aussi sous l’action de sels de métaux lourds ou des ultraviolets. Des essais d’utilisation d’éliciteurs au vignoble, en lutte contre le mildiou, ont été réalisés et les premiers résultats sont encourageants. Les recherches doivent donc être poursuivies sur cette stratégie.
 

La MFA présente aussi l’avantage de permettre des mesures de l’élasticité, par nanoindentation, de la surface des échantillons. En appliquant cette technique à notre modèle, il est apparu que les modifications de topographie des cellules s’accompagnaient d’une perte d’élasticité signifi-cative, traduisant un renforcement physique des parois.





Figure 2 : Observation en Microscopie Force Atomique, de la surface d’une cellule de vigne témoin (A) ou 24 heures après une irradiation par les UV (B).



Ainsi, la Microscopie Force Atomique s’est avérée être un outil puissant pour visualiser des modifications des propriétés physiques - changement de topographie et perte d’élasticité - des parois cellulaires survenant en réponse à un éliciteur des réactions de défense. Des résultats similaires ont été obtenus avec un autre éliciteur des réactions de défense que nous avons purifié à partir des filtrats de culture de Botrytis cinerea [3]. Ces modifications ne sont donc pas spécifiques du traitement par les UV.
La stratégie de stimulation des défenses des plantes permet donc une action directe sur le micro-organisme « agresseur » avec, entre autres, l’accumulation de composés antimicrobiens (resvératrol, viniférines…) mais aussi une meilleure protection contre sa pénétration par un renforcement de la barrière physique externe que constitue la paroi. La diversité des moyens de défense mis en place après application d’un éliciteur laisse envisager une grande polyvalence de tels traitements.

Références

[1] Somssich I.E. and K. Hahlbrock (1999) Trends Plant Sci. 3 : 86.
[2] Jeandet P., A.C. Douillet-Breuil, R. Bessis., S. Debord, M. Sbaghi and M. Adrian M. 2002. Phytoalexins from the Vitaceae : biosynthesis, phytoalexin gene expression in transgenic plants, antifungal activity and metabolism. J. Agric. Food Chem. 50, 10, 2731-2741.
[3] Poinssot B., E. Vandelle, M. Bentéjac, M. Adrian, C. Levis, Y. Brygoo, J. Garin, F. Sicilia, P. Coutos-Thévenot and A. Pugin (2003) Mol. Plant Microbe Interact. 16 : 553.


Figure 1 : Observation en microscopie à fluorescence de cellules de vigne après élicitation
des réactions de défense. La fluorescence bleu-violet traduit la présence de stilbènes
(resvératrol et dérivés)



Les phytoalexines sont des composés antimicrobiens synthétisés et accumulés par les plantes en réponse à un stress. Chez la vigne, ces composés sont des stilbènes dont le resvératrol a été très étudié [2], surtout en relation avec ses propriétés médicales. Les travaux que nous avons effectués ont montré l’importance de leur rôle dans les interactions entre la vigne et Botrytis cinerea, champignon responsable de la pourriture grise. Les renforcements pariétaux ont également été étudiés, surtout sur le plan biochimique et en réponse à une infection par un pathogène, mais les aspects physiques de ce mécanisme restent très peu connus et se devaient d’être étudiés.
La technique de Microscopie Force Atomique (MFA) nous a permis de caractériser ces renforcements sur des cellules de vigne (Vitis vinifera cv Gamay) après stimulation des mécanismes de défense par les ultraviolets. La MFA est un outil qui permet “d’imager”, avec une grande résolution, la surface d’échantillons. Son grand intérêt en biologie réside dans le fait qu’elle peut être utilisée directement sur des échantillons biologiques tels que des cellules en suspension et de visualiser en temps réel les effets de traitements réalisés in situ.
Des observations préalables réalisées en épifluorescence nous ont permis d’observer une fluorescence bleu-violet spécifique des cellules irradiées par les UV (Figure 1), traduisant la présence de resvératrol et attestant de la stimulation effective des réactions de défense. Des observations réalisées en MFA ont permis de mettre en évidence une évolution de la topographie de la paroi des cellules en réponse au traitement par les UV. Ces modifications surviennent dès 3 heures après le traitement par les UV. La figure 2A représente la surface d’une cellule témoin. L’échelle de couleur rend compte de la hauteur des éléments de surface. Plus on évolue vers le blanc, plus les éléments sont hauts. On devine le réseau de fibres de cellulose, recouvert par la matrice constituée d’hémicellulose, de protéines et de pectines. La surface des cellules irradiées est très diffé-rente (Figure 2B). En effet, le réseau de fibres de cellulose apparaît beaucoup plus nettement. Les chaînes de pectines semblent réorganisées, “découvrant” les fibres de cellulose, et présentent des expansions perpendiculaires.
 
 

 

 

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