C.-L. LÉGER,
M-A. CARBONNEAU,
E. CARTRON, G. FOURET,
L. MONNIER

Laboratoire
de Nutrition Humaine et Athérogénèse,
Institut de Biologie, Faculté de Médecine,
Université Montpellier 1
Résultats d’une étude d’intervention nutritionnelle.
Un effet bénéfique à long terme du vin rouge chez
l’Homme pourrait s’expliquer par son rôle modulateur sur
les lipides circulants et non par un rôle oxydo-protecteur
La consommation de graisses saturées et une cholestérolémie élevée sont associées, dans les études épidémiologiques, à une morbidité/mortalité cardiovasculaire accrue [2,3]. Ce sont des indicateurs de risque amplement validés pour les pathologies cardiovasculaires. Inversement, la plus faible incidence de ces pathologies en France par rapport à des pays nord-européens ne s’explique pas par des valeurs plus basses de ces indicateurs. C’est ce que J.L. Richard voulait souligner en 1987 lorsqu’il évoquait pour la première fois la notion de “paradoxe français” [4]. Depuis, et pendant plus de dix ans, la raison de ce paradoxe a été fréquemment attribuée à la consommation de vin sans qu’il ait été vérifié que l’effet de cette consommation pouvait être confondu avec celui d’une consommation alimentaire particulière. Il est en effet utile de rappeler que, si les polyphénols semblent jouer un rôle particulier dans la protection contre les maladies cardiovasculaires dans de nombreuses études épidémiologiques, ces composés peuvent être apportés par les fruits et les légumes aussi bien que par le vin. Cette confusion pouvait faussement attribuer au vin des effets dus à une consommation riche en fruits et en légumes, ou plus généralement à un type de consommation alimentaire bénéfique pour la santé. Des études épidémiologiques récentes montrent bien que cette confusion existe, puisque la consommation de vin peut être associée à une plus grande consommation de fruits, de légumes, d’huile d’olive et même d’un style de vie plus propice à la santé (faible tabagisme, pratique d’un exercice physique) [5,6]. De plus, la notion de paradoxe français s’avère restrictive. Il conviendrait aujourd’hui de parler de “paradoxe sud-européen”, plus largement corrélé à la consommation alimentaire.
Il est donc possible que les polyphénols du vin jouent un rôle protecteur, mais ils ne sont probablement pas seuls à pouvoir jouer ce rôle. Dans ce contexte, des recherches sont donc nécessaires pour envisager l’effet cardio-/vasculo-protecteur éventuellement lié à la consommation des polyphénols du vin dans un dispositif expérimental où les modifications des paramètres biologiques enregistrés chez les consommateurs ne puissent être attribuées qu’à ce type de consommation.
Photo CIVCP Millo


Dispositif expérimental
Nous avons comparé les effets de la consommation de trois types de vin : un vin rouge (Cabernet-Sauvignon), un vin blanc avant et après prise de bulles, en d’autres termes un Champagne et le vin” tranquille” qui a servi à son élaboration. Après avoir donné leur consentement éclairé pour leur participation à cette expérimentation, dix-huit sujets sains, non fumeurs, de sexe masculin, âgés de 20 à 45 ans, ont été enrôlés dans le protocole. Chaque vin a été consommé au moment des repas pendant une durée de trois semaines. La consommation journalière était de 250 ml. Les 18 sujets ont reçu les trois vins dans un ordre attribué au hasard. La consommation d’un vin était séparée de la suivante par une période de trois semaine durant laquelle les sujets reprenaient leurs habitudes alimentaires. Durant les 5 jours qui précédaient chaque période de consommation de vin, il était demandé aux sujets de respecter les consignes suivantes : pas de boissons contenant de l’alcool, pas de sodas (cola,…), pas de jus de fruits, consommer de l’huile d’arachide et non de l’huile d’olive et de l’huile de tournesol (qui contiennent respectivement des polyphénols et de la vitamine E), ne consommer qu’une tasse de café ou de thé par jour. Les prélèvements sanguins destinés à l’analyse étaient effectués à jeun avant (J0) et après (J21) chaque période de consommation de vin.
 

Pour la description technique des analyses biochimiques, on pourra se reporter à l’article en cours de publication [1]. La composition simplifiée des trois vins est donnée dans le tableau 1. Nous n’avons retenu que les composés dont la biodisponibi-lité est notable (nous avons écarté les dimères et oligomères de procynanidines, dont la biodisponibilité est probablement nulle, et les acides phénols mineurs).

Résultats

A partir des échantillons de sang prélevés nous avons évalué les paramètres plasmatiques suivants :
- des paramètres qui rendent compte ou qui déterminent le statut antioxydant : la capacité antioxydante globale du plasma (CAOP), les substances réagissant avec l’acide thiobarbiturique (TBARS) donnant une évaluation de la quantité d’aldéhydes résultant notamment des réactions d’oxydation, et l’acide urique, un agent antioxydant qui est le principal déterminant de la CAOP ;
- deux vitamines liposolubles, les vitamines A et E, cette dernière rendant compte d’un niveau de protection du plasma contre l’oxydation résultant de la prise d’antioxydants alimentaires (vitamine C, polyphénols,…) et non de la prise de vitamine E (rappelons que l’indépendance du niveau plasmatique et de la consommation à dose alimentaire de vitamine E a été clairement établie) ;
- des paramètres lipidiques : la cholestérolémie, la triglycéridémie, l’apoA1 et l’apoB, qui sont des indicateurs du statut lipoprotéique des volontaires, et les phospholipides, qui permettent, ajoutés au cholestérol et aux triglycérides plasmatiques, d’évaluer la lipémie totale.
Les LDL, lipoprotéines de faible densité qui transportent notamment le cholestérol du foie vers les tissus (dont les artères), ce qui a justifié leur appellation de “mauvais transporteur du cholestérol”, ont été préparées au laboratoire et les analyses suivantes ont été effectuées : triglycérides, cholestérol, phospholipides, vitamine E (l’antioxydant majeur des LDL), l’ubiquinol (un antioxydant plus puissant que la vitamine E mais environ 100 fois moins abondant), et la capacité des LDL à résister à une oxydation déclenchée in vitro évaluée par la mesure du temps de latence de l’oxydation.
Nous avons trouvé (Tableau 2) que seuls étaient modifiées significativement dans le plasma : la CAOP et l’apoA1 avec le vin rouge, la vitamine A avec le champagne. La CAOP était diminuée, l’apoA1 et la vitamine A étaient augmentées. Dans les LDL (Tableau 3), seul le vin rouge présentait un effet : il diminuait significativement le cholestérol et les lipides totaux. Du fait que le rapport apoA1/cholestérol des HDL n’était pas affecté par la prise de vin permettait d’en déduire que le cholestérol des HDL était également augmenté.
Concernant la CAOP, les effets obtenus ont été confrontés aux variations des TBARS et de l’uricémie. Pour cela, nous avons considéré séparément le groupe (dénommé I) de 8 sujets présentant une CAOP inférieure à la valeur moyenne des 18 sujets au début de la prise de vin, et le groupe (dénommé II) de 10 sujets présentant une CAOP supérieure à cette valeur. Nous avons montré que seule la CAOP du groupe II était diminuée, rendant compte ainsi de la diminution de la CAOP de l’ensemble des 18 sujets. En d’autres termes, la diminution de la CAOP des sujets consommant du vin rouge était due à la seule diminution de la CAOP du groupe II. De plus, celle-ci ne s’explique ni par une augmentation des TBARS, ni par une diminution de l’acide urique. Inversement, la consommation de vin rouge par le groupe I est associée à une forte diminution des TBARS, alors que la CAOP et l’uricémie ne sont pas modifiées.
Il a été vérifié qu’aucune variation des paramètres ci-dessus mentionnés n’était affectée par l’ordre dans lequel la prise des différents vins avait été effectuée.





 
 

 

 

Retour à l'accueil

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"