C.-L. LÉGER,
M-A. CARBONNEAU,
E. CARTRON, G. FOURET,
L. MONNIER

Laboratoire
de Nutrition Humaine et Athérogénèse,
Institut de Biologie, Faculté de Médecine,
Université Montpellier 1
Résultats d’une étude d’intervention nutritionnelle.
Un effet bénéfique à long terme du vin rouge chez
l’Homme pourrait s’expliquer par son rôle modulateur sur
les lipides circulants et non par un rôle oxydo-protecteur
Discussion et conclusion
Dans un article antérieur [7], nous avions montré que l’administration pendant 14 j d’une dose d’environ 2 g/j d’extraits de polyphénols totaux de vin rouge à des sujets sains de sexe masculin entraînait une augmentation significative de la CAOP, une augmentation de la teneur en vitamine E des LDL, mais ne modifiait pas la défense antioxydante des LDL. Cet apport journalier de polyphénols était équivalent à une prise (sans alcool) d’environ 1,5l de vin rouge (calcul fondé sur la teneur en polyphénols du vin rouge qui avait servi à préparer l’extrait). Dans les conditions de la présente expérimentation, il est clair que l’apport en polyphénols était considérablement plus faible (de l’ordre de 6 fois pour le vin rouge). Or nous constatons que cet apport non seulement n’augmente pas la CAOP, mais qu’au contraire il la diminue, et que cette diminution est due à un effet spécifique sur les sujets présentant la CAOP la plus élevée au commencement de la prise de vin rouge. Par ailleurs, on peut noter que cette diminution n’est pas corrélée avec d’autres indicateurs du statut antioxydant du plasma (uricémie, TBARS). L’ensemble de ces résultats mène à trois conclusions : la première, déjà largement admise, que la CAOP d’une façon générale ne reflète pas fidèlement le statut antioxydant du plasma [8], la deuxième, que dans le cas présent, ce statut antioxydant n’est pas amélioré par une consommation raisonnable de vin rouge, et la troisième, que cette variation dépend pour partie du niveau de la CAOP de chaque sujet (voir la comparaison du groupe I et du groupe II), introduisant ainsi une dispersion des résultats due à la variabilité inter-individuelle de la CAOP. Nous confirmons par ailleurs l’absence d’effet oxydo-protecteur sur les LDL. A l’appui de cette observation, il est utile de relever que la teneur en ubiquinol (c’est-à-dire la forme réduite du coenzyme Q10) des LDL, l’un des indicateurs le plus sensible de l’oxydation (ou inversement de la protection contre l’oxydation) des LDL, n’est pas modifiée. En conclusion, aucun effet antioxydant significatif du vin rouge (ni d’ailleurs du vin blanc et du champagne) n’est observé dans les présentes conditions de consommation.
Dans un article publié en 2000 [9] d’après une intervention orale que nous avions effectuée dans le cadre des Entretiens d’Agropolis consacrés à l’Alimentation Méditerranéenne, nous avions observé que les études consacrées aux effets du vin rouge sur la CAOP concluaient à un effet positif puisque la CAOP basale (c’est-à-dire celle mesurée sur des plasmas à jeun après 2 semaines d’une consommation régulière de vin) était augmentée. Or ces études étaient réalisées avec un apport journalier plus important de vin rouge (ou en équivalent vin rouge). Il est possible en effet qu’une prise journalière supérieure ou égale à 400 ml soit capable d’augmenter la CAOP basale, ce que ne pourrait faire une consommation plus raisonnable de vin (soit dans le cas présent 250 ml). Il a cependant été rapporté que la prise de 4 verres de vin rouge par jour pendant 3 semaines n’avait aucune incidence sur la CAOP [10]. Nous suggérons que l’hétérogénéité des résultats portant sur les effets du vin rouge sur la CAOP pourrait s’expliquer par la variabilité inter-individuelle de la CAOP introduisant elle-même, comme nous l’avons précédemment souligné, une variabilité de la réponse à la consommation de vin.
 

En revanche, il est tout à fait intéressant de remarquer que trois indicateurs de la lipoprotéinémie sont favorablement modifiés par la consommation de 250 ml de vin rouge : l’apoA1 du plasma, le cholestérol et les lipides totaux des LDL. L’augmentation de l’apoA1 observée indique que le cholestérol transporté par les HDL (ce que l’on appelle communément le bon cholestérol) est également augmenté. Le cholestérol des LDL (appelé communément le mauvais cholestérol) et les lipides totaux des LDL sont diminués. Or les variations observées de ces trois paramètres peuvent être considérées comme étant compatibles avec une diminution du risque cardiovasculaire [11,12].
Ces variations ne sont pas attribuables à la prise d’alcool, mais bien attribuables aux polyphénols du vin. Il est en effet connu que l’alcool augmente la teneur plasmatique en HDL et en apoA1 [13], la partie protéique majeure des HDL. Dans le cas de cette expérimentation, l’augmentation de l’apoA1 n’a été observée qu’avec le vin rouge, montrant ainsi l’effet spécifique du vin rouge (et non de l’alcool) sur ce paramètre. Il semble donc possible d’affirmer que l’apoA1 plasmatique est aussi augmentée par les polyphénols contenus spécifiquement dans le vin rouge. Comme les polyphénols bioactifs au niveau systémique sont ceux qui sont les plus abondants et qui franchissent le mieux la barrière intestinale, il faut admettre que la combinaison de ces trois considérations restreint considérablement le choix des molécules responsables des effets. On peut tout particulièrement penser à la catéchine. Des travaux effectués sur modèles animaux ou cellulaires montrent que ce composé présente des effets cellulo-modulateurs dans des mécanismes impliqués dans l’athérome [14,15]. Cependant, nous ne connaissons aujourd’hui aucun mécanisme qui permettrait de lier la catéchine à un effet modulateur sur la lipémie et/ou la lipoprotéinémie. Ces résultats ouvrent de nouvelles voies de recherches sur les mécanismes d’action “non antioxydants” des polyphénols biodisponibles du vin rouge.
Les résultats succinctement présentés ici suggèrent donc qu’un effet spécifique du vin rouge pourrait exister, donnant ainsi par la même occasion plus de substance à l’hypothèse d’un rôle vasculo-protecteur anti-athéromateux du vin rouge.

Photo CIVCP Millo
 
 

 

 

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