Bien
que présent en petites quantités dans
diverses plantes telles que l'eucalyptus et le yucca
et dans quelques autres comestibles comme les arachides,
les mûres et la rhubarbe, la source principale
de resvératrol (trans-3,5,4'-trihydroxystilbène)
chez l'humain est représentée par
le vin. Le resvératrol est en effet présent
dans toutes les parties de la vigne, racines, tiges,
feuilles et bien entendu fruits où les concentrations
les plus élevées sont re-trouvées
dans la peau des grains de raisin. Du point de vue
de la plante, le resvératrol joue le rôle
de phytoalexine et fait ainsi partie intégrante
des défenses naturelles de la vigne contre
le stress environnemental et les maladies et parasites,
notamment Botrytis cinerea, qui deviennent alors
des éliciteurs. Le resvératrol a une
solubilité préférentielle pour
l'alcool et on comprend alors aisément pourquoi
d'une part, il est retrouvé dans le vin et,
d'autre part, pourquoi les vins rouges en renferment
des concentrations bien plus importantes puisqu'ils
subissent une macération pelliculaire. Plusieurs
paramètres conditionnent donc les concentrations
en resvératrol retrouvées in fine
dans le vin. Deux facteurs semblent avoir un rôle
prépondérant : le type de cépage
et le niveau d'élicitation déclenchant
l'induction de la stilbène synthase, enzyme
responsable de sa biosynthèse. Ces éléments
fournissent des bases pour expliquer les grandes
quantités de resvératrol retrouvées
dans les vins de Bourgogne, entre autres, par un
chercheur canadien, le Dr D. Goldberg. En effet,
cette région viticole, ô combien fameuse,
cumule ces deux paramètres : le cépage
pinot noir est un très bon producteur et
la position septentrionale du vignoble fournit les
conditions adaptées pour une bonne élicitation.
L'engouement pour le resvératrol résulte
de sa mise en évidence dans le vin, au début
des années quatre-vingt-dix, en rapport avec
le contexte des effets bénéfiques
de sa consommation modérée sur la
mortalité. En effet, de nombreuses études
suggèrent une plus faible mortalité
en particulier, par ma-ladies cardiovasculaires
et cancer, chez les buveurs modérés
de vin. Et cela en dépit de l'existence d'une
consommation significative de corps gras. Cette
situation est plus particulièrement rencontrée
en France - pays reconnu pour sa consommation importante
de vin - et a servi de base à l'élaboration
du concept de "French paradox". Si on
ajoute le fait que le resvératrol est retrouvé
en grande quantité dans des médecines
asiatiques et d'extraits d'origine végétale
(Polygonum cuspidatum) admi-nistrés pour
les maladies du foie, du cœur et des vaisseaux,
les ingrédients étaient là
pour stimuler la curiosité des chercheurs
sur cette molécule disponible depuis une
dizaine d'années par synthèse.
Cet article se propose de faire brièvement
le point sur les propriétés biologiques
récentes du resvératrol et de ses
dérivés dans le domaine de la santé.
Après avoir abordé en particulier
les activités antioxydantes, les effets dans
les domaines cardiovasculaire et du cancer, nous
discuterons les derniers éléments
concernant la biodisponibilité et le métabolisme
de cette molécule.
Activités antioxydantes
L'importance du rôle des antioxydants est
soulignée par l'implication du stress oxydant
dans diverses pathologies. Le stress oxydant résulte
du déséquilibre entre les défenses
antioxydantes et les réactions biochimiques
d’oxygénation produisant de façon
continuelle des espèces réactives
de l’oxygène, potentiellement cytotoxiques,
notamment des radicaux libres. Dans les conditions
physiologiques normales, ces espèces moléculaires
réactives sont pleinement inactivées
par un processus complexe de systèmes enzymatiques
efficaces et de molécules antioxydantes dont
nombreuses sont d’origine nutritionnelle.
Des dégâts cellulaires et tissulaires
peuvent alors apparaître par dégradation
oxydatives des lipides, des protéines et
de l’ADN. Les travaux récents ont confirmé
les études anciennes démontrant que
les propriétés antioxydantes du resvératrol
sont significatives et supérieures à
celles de la vitamine E. Cette activité a
pu être mise en évidence in vitro aussi
bien par piégeage des radicaux libres que
par chélation des métaux largement
connus pour être impliqués dans les
réactions radicalaires. De la même
manière, l’oxydation de vésicules
lipidiques ou des lipoprotéines de basse
densité (LDL) est inhibée par des
concentrations micromolaires de resvératrol.
L'activité piégeuse de l'anion superoxyde,
espèce radicalaire souvent à l'origine
des dégâts oxydatifs, est relativement
importante avec le resvératrol et semble
en-core plus forte avec certains dérivés
stilbéniques (astringine, 3,3', 4', 5-tetrahydroxystilbène).
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Plus
récemment, ces propriétés ont
été étendues aux modifications
oxydatives exercées par les cellules et démontrées
pour des dérivés stilbéniques
également retrouvés dans le vin comme
le picéide (dérivé glucosylé)
le ptérostilbène (dérivé
diméthylé) ou les viniférines
(dimères de resvératrol). Ces fonctions
plus complexes s’exercent vraisemblablement
en inhibant l’activité des enzymes
oxydantes impliquées ou également
par diminution de l’expression de ces enzymes.
Domaine cardiovasculaire
Quand on connaît le rôle joué
par le cholestérol en excès transporté
par les LDL plus spécialement oxydées
dans l’étiologie de l’athéro-sclérose,
on comprend aisément que les effets antioxydants
du resvératrol soient à considérer
dans ce contexte. En fait, certains polyphénols
dont le resvératrol sont capables de freiner
in vitro l'activation de cellules comme les macrophages.
La stimulation de ces cellules est nécessaire,
en cas d'infection aiguë par exemple, mais
le passage à la chronicité se retourne
contre l'individu et engendre un état inflammatoire
chronique délétère. La résultante
est un dysfonctionnement cellulaire en relation
avec des perturbations de l'homéostasie du
cholestérol qui tend à s'accumuler
au niveau vasculaire. De nombreux travaux actuels
confirment les effets inhibiteurs du resvératrol
en concentration micromolaire dans ces processus.
Les mécanismes précis sont ex-plorés
de manière relativement approfondie puisqu'on
sait que le resvératrol diminue l'expression
de gènes par des actions sur leurs facteurs
de transcription. Ainsi il a été montré
que le resvératrol inhibe l'expression du
gène du
facteur tissulaire; ce dernier facteur est une protéine
qui initie la cascade de la coagulation.
Au niveau cardiaque, il a été montré
un puissant effet cardioprotecteur de faibles quantités
de resvératrol en utilisant des cœurs
de rat soumis à un stress induit par une
ischémie-reperfusion. On peut cependant faire
remarquer que la plupart des études ont lieu
in vitro et ne tiennent pas compte des concentrations
généralement plus faibles compatibles
avec les apports nutritionnels. De plus, si des
effets sont mis en évidence sur les marqueurs
des processus, on ne connaît pas les influences
sur le déclenchement de la pathologie. Ainsi
pour les plaquettes sanguines, largement impliquées
dans les événements thrombotiques
en relation avec la présence des facteurs
de risque comme l'hypertension, le diabète,
le tabagisme, on sait que le resvératrol
inhibe la production de médiateurs conduisant
à l'adhésion et à l'agrégation
des plaquettes lors de la formation du caillot.
Mais on manque encore cruellement de données
pour mieux comprendre avec précision les
influences chez l'animal ou chez l'humain.
Cancer
C'est peut-être dans ce domaine que les publications
ont été les plus nombreuses dans la
période récente. De manière
unanime et en utilisant des modèles variés,
les publications tendent à confirmer les
travaux pionniers (publiés en 1997) de John
Pezzuto. Ces études démontraient déjà
des effets antiprolifératifs sur les cellules
tumorales en culture et une réduction du
nombre et de la taille des tumeurs par le traitement
préalable avec du resvératrol dans
un modèle de cancer chimio-induit chez la
souris. Des travaux complémentaires conduits
chez le rat par d'autres équipes tendent
à en préciser les mécanismes.
Encore une fois, l'action du resvératrol
semble s'expliquer par des actions puissantes au
niveau de l'expression des protéines médiatrices
(facteur de transcription, oxygénases, enzymes
dégradant les matrices).
Des voies régulatrices du processus de mort
cellulaire seraient également des cibles
de régulation pour le resvératrol.
Plusieurs études sur des cellules cancéreuses
d'origine mammaire ou prostatique permettent de
proposer que les cibles du resvératrol apparaissent
multiples. Ces travaux ont montré une spécificité
d’action du resvératrol sur des sites
biochimiques définis, c’est-à-dire
allant bien au-delà d’un effet antioxydant
direct. À noter également que dans
des conditions expérimentales in vitro, des
tentatives de combinaisons avec d'autres agents
cytotoxiques ou utilisés en chimiothérapie
paraissent se révéler encore plus
efficaces.
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