Docteurs Marielle ADRIAN,
Matthieu POUSSIER
et Michèle GUILLOUX-BENATIER

Institut Universitaire de la Vigne
et du Vin, Université de Bourgogne
BP 27 877, 21078 Dijon
Les techniques de macération influent peu…
mais les micro-organismes jouent leur rôle.
Le resvératrol et ses dérivés (picéide, viniférines) sont des stilbènes appartenant à la famille des phytoalexines de la vigne. En effet, ce sont des composés antimicrobiens, accumulés au niveau des organes de la vigne (feuilles, baies) en réponse à une agression par un agent pathogène ou un stress abiotique tel que les sels métalliques ou les UV [1].
Dans les baies, ces composés sont principalement accumulés dans la pellicule d’où ils seront progressivement extraits au cours de la vinification. De nom-breux travaux ont montré que leur concentration dans les vins était liée aux facteurs qui influencent leur accumulation dans les baies (variété, stress, pression parasitaire…) et aux techniques et conditions de vinification. Le travail qui va être décrit a été réalisé afin de compléter ce panel de facteurs par une étude de l’influence de différentes techniques de macération et du rôle joué par les micro-organismes. Ceci est d’autant plus intéressant que ces composés, en particulier le resvératrol, possèdent des propriétés biologiques potentiellement positives pour la santé d’un consommateur modéré de vin.
 

L’e-viniférine est toujours en faible concentration (résultats non présentés) et le ptérostilbène n’a jamais été détecté.
La figure 1 montre également une diminution de la teneur en stilbènes autres que le resvératrol à l’issue de la FML. Des expérimentations ont donc été réalisées afin de vérifier si les micro-organismes responsables de la FA pouvaient influencer la teneur stilbénique des vins. Un volume de vin stérilisé par filtration a été ali-quoté et inoculé par une levure Saccharomyces cerevisiae var. cerevisiae Lalvin L2056 (Lallemand, Toulouse, France) ou par une bactérie lactique Oenococcus oeni Viniflora oenos CH 35 (Chr Hansen, Horsholm, Danemark). Ces deux espèces de micro-organismes affectent le profil stilbénique des vins, surtout les bactéries (Figure 2) en présence desquelles, dans nos conditions, on note une diminution des teneurs en trans- et cis-picéide de 100 et 56 % respectivement. Ces baisses sont corrélées à des augmentations en trans- et cis-resvératrol de respectivement 117 et 112 % et ont été attribuées à l’activité
ß-glucosidasique des bactéries [3,4].





Figure 2 : Influence de Saccharomyces cerevisiae et Œnoccocus œni sur la teneur en stilbènes des vins.
Les stilbènes ont été analysés dans un vin stérilisé, avant (témoin) et après ajout d’une souche de levure ou bactérie.



Dans un premier temps, nous avons recherché si, dans le cas d’une vinification en rouge, le type de macération influençait le profil qualitatif et quantitatif de certains stilbènes.
L’expérimentation a été réalisée sur Merlot.
Après vendange, quatre lots ont été vinifiés séparément afin de comparer les techniques de macération suivantes :
(1) vinification en rouge standard qui s’est déroulée pendant 8 jours à une température com-prise entre 25 et 28 °C ;
(2) vinification entre 25 et 28 °C avec utilisation d’enzymes pectolytiques (Vinozym FCE-G Novo Nordisk, Dittingen, Suisse) (2,5 g/100 kg de baies) ;
(3) macération préfermentaire à froid (7 °C pendant 60 heures) puis fermentation conduite entre 25 et 28 °C ;
(4) vinification standard entre 25 et 28 °C suivie d’un traitement à la chaleur (50 °C pendant 24 heures).
L’analyse de 6 stilbènes : isomères cis- et trans- du resvératrol et du picéide, trans-e-viniférine et ptérostilbène, a été réalisée par Chromatographie Liquide Haute Performance (CLHP).
Les mêmes cinétiques de fermentations alcooliques (FA), qui se sont étalées sur 8 jours, ont été observées, excepté pour la condition 3. En effet, dans ce cas, la phase de macération préfermentaire à froid a retardé le début de la FA qui n’a commencé qu’après remontée de la température mais qui a ensuite été très rapide puisqu’elle s’est terminée en même temps que les autres. Après pressurage, chaque lot a subi une fermentation malolactique (FML) qui s’est étalée sur 46 jours. Les cinétiques de FML ont été les mêmes pour les conditions 1, 2 et 3 mais un peu plus rapides pour la condition 4. Les analyses œnologiques classiques (sucres, pH, acidité) réalisées en fin de FML n’ont pas permis de différencier les lots.
Les cinétiques d’extraction des stilbènes (Figure 1) montrent que ces composés, non détectables dans les moûts avant la FA, sont progressivement extraits des pellicules au fur et à mesure que l’éthanol se forme. Il apparaît surtout que les isomères du picéide, plus hydrophiles, le sont beaucoup plus rapidement que les isomères du resvératrol atteignant un niveau maximum, respectivement 3/4 j et 6/7 j après le début de la FA. La condition 3 montre toujours une cinétique d’extraction différente, retardée de 3 jours et plus linéaire, en raison du traitement par le froid qui a empêché temporairement le début de la FA. Toutefois, c’est dans ce lot que les concentrations en stilbènes sont un peu plus élevées après la FML. Il est à noter que les concentrations en resvératrol et picéide obtenues correspondent aux valeurs indiquées dans la littérature [2].

 

Ce travail est une preuve supplémentaire de la grande diversité des facteurs biotiques et abiotiques qui influencent la teneur stilbénique des vins. En particulier, on mesure ici l’importance de l’activité du “monde vivant” qui n’exerce pas seulement un rôle au niveau des fermentations alcoolique et malolactique.


Remerciements
:
Ce travail a été réalisé au sein de la société Torres (Espagne). Nous tenons à remercier tout particulièrement Miguel. A. et Mireia Torres ainsi qu’Helena Heras.

[1] Jeandet P., A.C. Douillet-Breuil, R. Bessis., S. Debord, M. Sbaghi et M. Adrian. 2002. Phytoalexins from the Vitaceae : biosynthesis, phytoalexin gene expression in transgenic plants, antifungal activity and metabolism. J. Agric. Food Chem. 50, 10, 2731-2741.
[2] Goldberg D.M., E. NG, A. Karumanchiri, E.P. Diamandis et G.J. Soleas. 1995. The assay of resveratrol glycosides and isomers in wine by direct-injection HPLC. J. Chromatogr. A 708 : 89-98.
[3] Guilloux Benatier M., H.S. Son, S. Bouhier et M. Feuillat. 1993. Activités enzymatiques : glycosidasiques et peptidase chez Leuconostoc oenos au cours de la crois-sance bactérienne. Influence des macromolécules de levures. Vitis 32 : 51-57.
[4] Grimaldi A., H. Mc Lean et V. Jaranek. 2000. Identification and partial characterization of glycosidic activities of commercial strains of the lactic acid bacterium, Oenococcus oeni. Am. J. Enol. Vitic. 50 : 362-369.

 

 

 

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