Patrice THIS
Unité Mixte de Recherche "Diversité et Génome des Plantes Cultivées"
INRA-ENSA.M
René SIRET
Laboratoire d'Œnologie. Faculté de Pharmacie de Montpellier
Unité Mixte de Recherche
"Science Pour l'Œnologie"

Traçabilité des cépages dans le vin ?
Ou que peuvent nous révéler les traces d'ADN dans le vin ?

Qui n'a pas dégusté un vin, en essayant d'identifier les cépages qu'il contient, d'après leurs caractéristiques organoleptiques. Nous savons en effet que les cépages, outre le fait qu'ils soient choisis en fonction de leur adaptation au terroir, ont tous une spécificité dans leurs caractéristiques à la dégustation. Peu nombreux sont cependant les spécialistes capables de telles prouesses.
Par ailleurs, la viticulture française et européenne en général est extrêmement réglementée et la nature des cépages, comme d'autres aspects, est contrôlée. Chaque zone d'appellation d'origine contrôlée en France par exemple a défini les cépages autorisés à la culture et donc pouvant entrer dans la confection des vins de l'appellation. Tout vin qui serait produit avec d'autres cépages n'aura pas le droit à l'appellation.
Pouvoir identifier les cépages ayant contribué à la fabrication d'un vin relève donc de deux priorités : d'une part, cela permettrait aux producteurs (viticulteurs, coopératives…) d'afficher un gage de qualité supplémentaire tel un "passeport génétique" des vins pour compléter les démarches "Qualité" entreprises par de nombreux producteurs. D'autre part, cela apporterait aux organismes officiels de contrôle (tels la DGCCRF en France), de nouveaux outils pour combattre des fraudes, qui, même si elles sont limitées, peuvent néanmoins avoir des répercussions sur l'ensemble des produits d'une région.

Photo CIVCP Millo

De nombreuses voies de recherche ont été explorées par divers laboratoires dans le monde : utilisation des méthodes de résonance magnétique nucléaire (méthode déjà utilisée en routine pour mettre en évidence l'enrichissement en sucre) ou de spectrométrie de masse pour la caractérisation des éléments isotopiques (Gonzales-Larraina et al., 1987 ; Herrero et Médina, 1990 ; Latorre et al., 1994 ; Day et al., 1995 ; Kwan et al., 1979 ; Martin et al., 1988 Yunianta et al., 1995), des méthodes de chromatographie et plus récemment de la spectrométrie de masse pour la caractérisation des composés aromatiques (Ferreira et al., 1995 ; Moio et Etiévant, 1995 ; Bouchilloux et al., 1998), utilisation des méthodes d'électrophorèse pour la caractérisation des protéines du vin (Moreno-Arribas et al., 1999).
Dans le cadre d'une collaboration entre l'INRA, l'ENSA.M(1), la DGCCRF(2) et le laboratoire d'œnologie de la faculté de pharmacie de Montpellier, un programme de recherche sur la caractérisation de l'ADN résiduel de la vigne a été initié sous la forme d'un travail de thèse (Siret, 2001). Ce programme s'est ensuite poursuivi grâce à un financement de la DGCCRF puis des financements de la région Languedoc-Roussillon (programme DADP) et de l'ONIVINS et en collaboration avec la société Phylogène (entreprise privée spécialisée dans la traçabilité alimentaire). L'objectif de ce programme était de démontrer la possibilité de la caractérisation de
l'ADN résiduel dans le vin et ainsi d'identifier le ou les cépages qui ont permis sa fabrication.
 
L'ADN, un marqueur de l'identité des cépages
L'ADN représente un très bon marqueur de l'identité des cépages. Il est en effet spécifique du cépage auquel il appartient et par ailleurs il est identique dans toutes les parties de la plante : feuilles, bois, racines, rafles, pellicule et pulpe par exemple, présentent absolument le même ADN. C'est pour cette raison qu'il est particulièrement adapté pour l'analyse d'organes isolés (grappes, boutures) et de produits transformés (jus, moûts, vins…). Seuls les pépins de la baie peuvent avoir une origine génétique différente puisqu'ils sont issus de la pollinisation et partagent donc une partie de l’ADN avec le
cépage qui les porte (la mère) et avec un autre cépage qui est à l'origine du pollen qui a fécondé la fleur (le père).

L'ADN et le vin

L'ADN susceptible de se trouver dans le vin peut avoir plusieurs origines. D'une part, l'ADN de la vigne : il est apporté par les baies de raisin où il est présent aussi bien dans la pulpe que dans la pellicule. L'ADN des pépins a peu de chance de se retrouver dans le vin, ce qui est bénéfique dans notre cas, du fait de sa nature génétique différente. Par contre, l’ADN des micro-organismes responsables de la fermentation (levures, éventuellement bactéries) et éventuellement de champignons pouvant se trouver sur les baies (Botrytis, oïdium…) peut lui aussi être présent dans le vin.
Au cours de la fabrication du vin, l’ADN de la vigne est libéré des baies pendant le foulage. Au cours de la fermentation, il est susceptible d'être modifié (dégradation principalement) mais la présence en quantité suffisante de tissu des baies en suspension maintient sa présence. À l’issue de la fermentation, l'ensemble des traitements que subissent les vins va d'une part, éliminer les débris végétaux, mais également réduire la quantité d'ADN qui s'est dissout dans l'eau. De même, ces traitements, puis l'élevage du vin peuvent conduire à une dégradation de l'ADN.
Le travail a donc constitué, d'une part, à démontrer la présence d'ADN du raisin dans le vin (à l'issue de la fermentation, dans des vins commerciaux jeunes ou plus âgés) et d'autre part, de vérifier si l'analyse de cet ADN permettait de caractériser des mélanges de cépages dans les vins.

Photo CIVCP Millo
 
 
 

 

 

Retour à l'accueil

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"