En essayant de répondre à
cette question, nous ne reviendrons pas évidemment
sur les discussions concernant la réalité
de cette protection, les doses efficaces,
l'importance des modes de consommation sur
cette protection et bien d'autres aspects
du problème. Nous discuterons exclusivement
la partie explicative du phénomène.
Car il s'agit bien d'un mystère !
La vision traditionnelle de la cardioprotection
induite par une consommation d'alcool modérée
est qu'en buvant nous provoquons des modifications
biologiques importantes dans notre organisme,
essentiellement au niveau des lipides (la
classique augmentation du "bon"
cholestérol, aussi appelé HDL)
et au niveau du risque de thrombose artérielle
avec une diminution de la réactivité
plaquettaire (un peu comme avec de l'aspirine).
Nous provoquons aussi une augmentation de
la capacité fibrinolytique (un peu
comme avec la streptokinase dans le traitement
de l'infarctus du myocarde en phase aiguë).
Tout ceci dit de façon outrageusement
simplifiée, nous nous en excusons auprès
des spécialistes.
Pourquoi cette vision traditionnelle n'est-elle
pas explicative ? |
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Photo CIVCP Millo
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Simplement parce qu’aux doses d'alcool
entraînant une protection significative
(c'est-à-dire statistiquement concevable
quand on analyse des populations), il y a
peu ou pas d'effet sur ces paramètres
biologiques. Par exemple, la consommation
d'une seule dose d'alcool par semaine (environ
12 g d'alcool pur) a des effets protecteurs
très significatifs sur le risque d'infarctus
du myocarde ou d'accident vasculaire cérébral,
mais aucun effet visible sur les paramètres
biologiques sus-cités.
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Aux très fortes consommations d'alcool,
doses pour lesquelles les modifications biologiques
sont les plus évidentes, avec une relation
dose-effet quasi linéaire, les effets
protecteurs ne s'accentuent pas et même
s'atténuent ou disparaissent dans certaines
études cliniques.
Les choses sont donc plus compliquées
que ne le laissent entendre bien des spécialistes
patentés et ne répondent pas aux
théories simplistes basées sur
le cholestérol (le "bon", le
méchant, ou le truand !) ou sur une vision
hémostatique des effets de l'alcool.
Comme d'habitude dans les Sciences de la Vie,
et en médecine, seules les théories
multi- factorielles ont quelques chances d'être
explicatives.
De quelle autre explication complémentaire
(car il ne s'agit pas de nier un effet mineur
sur les HDL ou les plaquettes à certaines
doses d'alcool) disposons-nous pour comprendre
les effets bénéfiques de la consommation
modérée d'alcool et de vin en
particulier ?
Comme le vin a des qualités particulières
et uniques, mais que d'autres boissons alcoolisées
ont aussi un effet protecteur (quoique moins
marqué), il est sans doute préférable
d'analyser séparément les effets
de l'alcool proprement dit et les effets des
constituants non alcooliques du vin. On laissera
de côté les effets des constituants
non alcooliques des autres boissons alcoolisées.
Les effets biologiques
(et physiologiques) de l'alcool en
relation avec la cardioprotection
Si l'on se réfère aux publications
d'alcoologie sur le sujet, force est de constater
que chaque parution nous réserve de nouvelles
surprises, certes pas toutes crédibles
et pas toutes confirmées quand on passe
de l'animal à l'homme, mais qui suggèrent
que l'alcool a de multiples effets biologiques
dont beaucoup pourraient, au moins en théorie,
interférer avec le système cardiovasculaire
; et donc participer à l'effet protecteur.
Le problème est que si l'on entrevoit
effectivement une multitude d'effets potentiellement
protecteurs, on en voit aussi une multitude
potentiellement délétères.
Par exemple, en restant strictement dans le
domaine métabolique et cardiovasculaire,
les bonnes équipes mettent systématiquement
en évidence des relations positives (pratiquement
linéaires) entre la consommation d'alcool,
d'une part et, d'autre part, la pression artérielle,
le poids, l'index de masse corpo-relle, le cholestérol
(le bon et le mauvais), les triglycérides,
le glucose sanguin à jeun, l'acide urique,
la ferritine etc., tous facteurs de risque (sauf
les HDL) majeurs de maladies cardiovasculaires.
Il y a donc là un vrai mystère
: tant d'effets négatifs et finalement
une indiscutable cardioprotection ! |
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