Michel de LORGERIL,
Patricia SALEN
et Joël de LEIRIS

Département des Sciences de la Vie du CNRS et Unité "Nutrition, Vieillissement et Maladies Cardiovasculaires" de l'Université Joseph Fourier de Grenoble
La protection dont bénéficient les buveurs d'alcool, vis-à-vis des maladies cardiovasculaires (incluant l'infarctus du myocarde et les accidents cérébraux), par rapport aux non-buveurs, est importante mais reste mystérieuse. Pourquoi ?
Les effets cardioprotecteurs
des constituants non alcooliques du vin

Le vin contient, on le sait, un certain nombre de constituants non alcooliques dont l'identification suscite d'intenses recherches. Les effets biologiques de ces substances donnent lieu également à de nombreux travaux et, malgré la relative jeunesse de ce thème de recherche, la moisson est plutôt joyeuse. On ne peut évidemment pas dans ce court article résumer (d'autres y seraient bien plus compétents) l'état des recherches sur, à titre d'exemple, les polyphénols du vin. Ces substances sont nombreuses dans le vin (souvent à fortes concentrations) et apparemment biologiquement très actives, notamment comme antioxydants. Ceci dit, les antioxydants n'ont pas à ce jour fait définitivement la preuve de leur importance (ou de leur utilité clinique) et nous aurons la prudence de ne pas entamer une discussion sur ce sujet.
Si l'on restreint volontairement cet article à l'hypothèse d'un effet directement myocardique (comme discuté ci-dessus à propos de l'alcool) de la consommation de vin, la question suivante serait de savoir si, outre l'alcool, et parmi les nombreux constituants non alcooliques du vin, il y en aurait un ou plusieurs susceptibles
d'avoir aussi un effet myocardique direct et protecteur (préconditionnant).
 

Cette possibilité a été testée par certains laboratoires américains et les résultats publiés à ce jour (qui demandent confirmation) indiquent qu'effectivement au moins deux types de substances du vin pourraient avoir un effet cardioprotecteur via un effet myocardique direct, les anthocyanidines et le resvératrol.
Avec ces types de substances, manipulées jusqu'à présent de façon très artificielle (par comparaison avec ce qu'est la consommation d'alcool par des humains), on a pu montrer que, comme avec l'alcool, on pouvait induire une sorte d'immunité anti-ischémique, un préconditionnement. L'effet est peut-être moins net qu'avec l'alcool mais la possibilité d'effets synergiques n'est pas exclue et on ne dispose pas d'études comparatives.
Le resvératrol, en particulier, se révèle être une substance très prometteuse pour expliquer la cardioprotection par le vin puisque l'on a retrouvé des récepteurs spécifiques de cette substance au niveau du myocarde de plusieurs espèces animales et chez l'homme.

Conclusion
Le mystère est-il résolu ?
Certes non. Toutefois, pour la première fois dans la courte histoire des recherches sur les propriétés cardioprotectrices du vin, nous avons l'impression de tenir une explication réaliste qui, au moins en partie, devrait permettre de mieux comprendre la biologie du vin et de ses constituants dans l'organisme humain, notamment au niveau du cœur.

 

 

 

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