Dr Pascal POSSOZ
Médecin alcoologue, Montpellier
Mr André NICOUL
Animateur au Centre de Post-Cure de
Lodève et membre
des A.A.
 
Au Pr. Cabrol, aux Dr Aïder et Al Mallak, aux A.A. de Lodève

La Maladie d’Alcool

La maladie d’alcool est une pathologie peu diagnostiquée et peu traitée. Elle représente une des premières causes de mortalité en France. Ses complications sont multiples et débordent le champ médical. Complications professionnelles, familiales, sociales, sociétales…

Il aura fallu attendre 1983 pour que s’impose au corps médical ce qui pourrait s’entendre comme une évidence : “l’alcoolisme n’est pas un vice, c’est une maladie”. Le dogme a mis longtemps à être accepté par les médecins. Le concept de maladie pour un comportement déviant pose le problème de la responsabilité et de la liberté. Si c’est une maladie, le malade perd la liberté de s’arrêter de boire et avec, le sens des responsabilités.
Si ce n’est pas une maladie, “l’alcoolique” est responsable de ses actes et ne peut s’en prendre qu’à lui. Définir une maladie d’alcool a donc été difficile. Difficile de trouver les critères du diagnostic mais également difficile à admettre. La faculté de médecine a reconnu ce concept et a validé la création d’une société savante : la Société Française d’Alcoologie, société qui s’est mise au travail : observer, expérimenter, théoriser, traiter.
Dans les premiers temps, il a fallu construire un discours commun, alcoologique, capable de réunir des médecins généralistes, des psychiatres, des gastro-entérologues, des psychologues et des anciens malades. L’alcoologie se définira comme la discipline qui a pour objet l’étude des phénomènes liés à la consommation d’alcool, de ses bienfaits jusqu’à ses méfaits. Les médecins sont soumis à une réalité qui dépasse ce qui peut s’imaginer. 20% des personnes qui entrent dans un hôpital général ont une pathologie liée à l’alcool. 30% des hommes hospitalisés ont une pathologie que la consommation d’alcool induit ou complique. 10% des femmes hospitalisées, que ce soit dans les services de médecine, de gynécologie, d’orthopédie, de gériatrie, de cancérologie… ont une maladie liée à l’alcool.

Les données sont extrêmement préoccupantes en termes de santé publique :

  • accidents domestiques, de la voie publique, du travail,
  • violences conjugales, viols, meurtre, inceste, • suicides, délires, dépression, psychose,
  • échec scolaire, désinsertion, précarisation,
  • transmission.

Devant cette situation et grâce au concept de maladie d’alcool, les médecins se doivent d’intervenir. Les médecins ont donc mission de repérer les malades et les situations à risque, de traiter et d’alerter les pouvoirs publics sur l’ampleur du phénomène, sur l’urgence et sur la nécessité absolue de créer des outils de prévention. Ils ne doivent cependant pas oublier de s’interroger sur les bienfaits du produit dont la prohibition et l’interdiction régleraient évidemment le problème.

Survol historique

La médecine intervient donc dans le très vaste et très ancien problème des consommations abusives et maladives d’alcool. Longtemps les personnes atteintes n’attendaient rien de la médecine. Les psychiatres pratiquaient des cures de dégoût et la plupart des médecins prodiguaient des conseils d’hygiène en conseillant de limiter la consommation à des doses usuelles.

Les associations d’anciens buveurs se sont créées depuis la fin du 19ème siècle considérant que les médecins ne savaient pas ou ne voulaient pas reconnaître la souffrance réelle d’un malade d’alcool. Cette cécité apparente du corps médical traduisait l’opinion publique qui se représente les buveurs d’alcool dans une euphorie permanente et ainsi peu aptes à repérer leur propre souffrance ni celle de leurs proches souvent victimisés par leurs comportements. Si le médecin ne comprenait pas la souffrance, il ne pouvait évidemment pas savoir la traiter.
Ces associations, la Croix Bleue (1887) la Croix d’Or (1922), Alcooliques Anonymes (1932), ont œuvré à la reconnaissance de l’ancien alcoolique comme une personne à laquelle il était possible de faire confiance et qui était capable en respectant une décision d’abstinence de vivre avec les meilleurs critères de qualité de vie. Ces anciens buveurs manifestent souvent leurs regrets d’avoir pu créer autant de douleurs et de vies brisées. Ils témoignent de l’insupportable dérive dans leur alcooli- sation et tous, un temps ont parlé du peu d’intérêt que leurs manifestations pathologiques suscitaient chez les médecins.

 

Ces associations, souvent régies par la croyance religieuse successivement protestante, catholique puis déiste, ont permis de souligner la puissance de l’alcool dont on ne pouvait s’extraire, pour elles, que par une foi sans faille mais d’un autre côté ont conforté pendant de trop longues années l’idée que l’alcoolisme était un vice. Ces associations ont évolué en même temps que la médecine. Elles sont un outil thérapeutique majeur dans le soin. Avant d’être un vice, l’alcoolisme était une tare. Émile Zola développera son œuvre sur ce thème de l’hérédité, de la tare et du déterminisme créant une mythologie de l’alcoolisme qu’il faut dénoncer mais mythologie encore présente chez la plupart des Français car “Germinal” et “l’Assommoir” ont produit l’image de l’alcoolique.

Cette image renvoie à la question plus contemporaine de la transmission génétique de l’alcoolisme tant il est courant d’observer plusieurs membres de la même famille atteints. Mais cette image brouille également l’analyse de la réalité en assimilant exclusivement le malade d’alcool à Lantier incarné de façon magistrale par François Perrier dans le film l’Assommoir. En ne voyant que ce type d’alcoolisation sont exclues toutes les autres formes de la maladie d’alcool : la forme du jeune, la forme de la femme, la forme de la personne âgée, la forme du toxicomane, la forme du psychotique, la forme aiguë du fait d’ivresse pathologique…
Et pour tous ceux-là, il sera facile de ne pas se reconnaître malade tant qu’ils ne sont pas encore arrivés au stade terminal de Lantier. 10 % des malades d’alcool présentent un tableau clinique proche de Germinal, celui de l’ivrogne. La plupart des problèmes liés à l’alcool ne se présentent pas du tout sous cette forme-là. Le diagnostic d’une maladie d’alcool Si l’alcoolisme est une maladie, il n’est plus une tare ni un vice. Les médecins ne sont pas des moralisateurs ni des prêcheurs. Ils constatent et décident qu’il existe une pathologie induite par l’alcool et qu’il existe un ensemble de pathologies où l’humain peut devenir addict. L’humain est addict quand il continue un usage et un comportement aberrant alors qu’il en connaît les effets délétères. C’est vrai pour l’alcool comme pour le tabac, l’héroïne, la cocaïne mais aussi le jeu, le sexe, le travail, l’alimentation, la télévision, internet etc.
Toutes ces addictions sont susceptibles d’entraîner des complications communes : asthénie, troubles du sommeil, altération de la santé physique et mentale, désordres familiaux, professionnels, sociaux, exclusion, décompensation psychiatrique, enfermement, dettes, suicide…

En France, 4 millions de personnes ont un problème soit de consommation abusive, soit de maladie induite par l’alcool. Mais 90% des personnes qui consomment, consomment normalement. Les Français sont les quatrièmes consommateurs en Europe après le Luxembourg, l’Irlande et le Portugal. Il existe donc un usage normal de l’alcool. Il existe aussi un usage à risque et il existe un usage nocif.

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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