| La
Maladie d’Alcool
La maladie d’alcool est une pathologie peu
diagnostiquée et peu traitée. Elle représente
une des premières causes de mortalité
en France. Ses complications sont multiples et débordent
le champ médical. Complications professionnelles,
familiales, sociales, sociétales…
Il aura fallu attendre 1983 pour que s’impose
au corps médical ce qui pourrait s’entendre
comme une évidence : “l’alcoolisme
n’est pas un vice, c’est une maladie”.
Le dogme a mis longtemps à être accepté
par les médecins. Le concept de maladie pour
un comportement déviant pose le problème
de la responsabilité et de la liberté.
Si c’est une maladie, le malade perd la liberté
de s’arrêter de boire et avec, le sens
des responsabilités.
Si ce n’est pas une maladie, “l’alcoolique”
est responsable de ses actes et ne peut s’en
prendre qu’à lui. Définir une
maladie d’alcool a donc été difficile.
Difficile de trouver les critères du diagnostic
mais également difficile à admettre.
La faculté de médecine a reconnu ce
concept et a validé la création d’une
société savante : la Société
Française d’Alcoologie, société
qui s’est mise au travail : observer, expérimenter,
théoriser, traiter.
Dans les premiers temps, il a fallu construire un
discours commun, alcoologique, capable de réunir
des médecins généralistes, des
psychiatres, des gastro-entérologues, des psychologues
et des anciens malades. L’alcoologie se définira
comme la discipline qui a pour objet l’étude
des phénomènes liés à
la consommation d’alcool, de ses bienfaits jusqu’à
ses méfaits. Les médecins sont soumis
à une réalité qui dépasse
ce qui peut s’imaginer. 20% des personnes qui
entrent dans un hôpital général
ont une pathologie liée à l’alcool.
30% des hommes hospitalisés ont une pathologie
que la consommation d’alcool induit ou complique.
10% des femmes hospitalisées, que ce soit dans
les services de médecine, de gynécologie,
d’orthopédie, de gériatrie, de
cancérologie… ont une maladie liée
à l’alcool.
Les données sont extrêmement préoccupantes
en termes de santé publique :
- accidents domestiques, de la voie publique, du
travail,
- violences conjugales, viols, meurtre, inceste,
• suicides, délires, dépression,
psychose,
- échec scolaire, désinsertion, précarisation,
- transmission.
Devant cette situation et grâce au concept
de maladie d’alcool, les médecins se
doivent d’intervenir. Les médecins ont
donc mission de repérer les malades et les
situations à risque, de traiter et d’alerter
les pouvoirs publics sur l’ampleur du phénomène,
sur l’urgence et sur la nécessité
absolue de créer des outils de prévention.
Ils ne doivent cependant pas oublier de s’interroger
sur les bienfaits du produit dont la prohibition et
l’interdiction régleraient évidemment
le problème.
Survol historique
La médecine intervient donc dans le très
vaste et très ancien problème des consommations
abusives et maladives d’alcool. Longtemps les
personnes atteintes n’attendaient rien de la
médecine. Les psychiatres pratiquaient des
cures de dégoût et la plupart des médecins
prodiguaient des conseils d’hygiène en
conseillant de limiter la consommation à des
doses usuelles.
Les associations d’anciens buveurs se sont
créées depuis la fin du 19ème
siècle considérant que les médecins
ne savaient pas ou ne voulaient pas reconnaître
la souffrance réelle d’un malade d’alcool.
Cette cécité apparente du corps médical
traduisait l’opinion publique qui se représente
les buveurs d’alcool dans une euphorie permanente
et ainsi peu aptes à repérer leur propre
souffrance ni celle de leurs proches souvent victimisés
par leurs comportements. Si le médecin ne comprenait
pas la souffrance, il ne pouvait évidemment
pas savoir la traiter.
Ces associations, la Croix Bleue (1887) la Croix d’Or
(1922), Alcooliques Anonymes (1932), ont œuvré
à la reconnaissance de l’ancien alcoolique
comme une personne à laquelle il était
possible de faire confiance et qui était capable
en respectant une décision d’abstinence
de vivre avec les meilleurs critères de qualité
de vie. Ces anciens buveurs manifestent souvent leurs
regrets d’avoir pu créer autant de douleurs
et de vies brisées. Ils témoignent de
l’insupportable dérive dans leur alcooli-
sation et tous, un temps ont parlé du peu d’intérêt
que leurs manifestations pathologiques suscitaient
chez les médecins.
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Ces associations, souvent régies par la croyance
religieuse successivement protestante, catholique
puis déiste, ont permis de souligner la puissance
de l’alcool dont on ne pouvait s’extraire,
pour elles, que par une foi sans faille mais d’un
autre côté ont conforté pendant
de trop longues années l’idée
que l’alcoolisme était un vice. Ces associations
ont évolué en même temps que la
médecine. Elles sont un outil thérapeutique
majeur dans le soin. Avant d’être un vice,
l’alcoolisme était une tare. Émile
Zola développera son œuvre sur ce thème
de l’hérédité, de la tare
et du déterminisme créant une mythologie
de l’alcoolisme qu’il faut dénoncer
mais mythologie encore présente chez la plupart
des Français car “Germinal” et
“l’Assommoir” ont produit l’image
de l’alcoolique.
Cette image renvoie à la question plus contemporaine
de la transmission génétique de l’alcoolisme
tant il est courant d’observer plusieurs membres
de la même famille atteints. Mais cette image
brouille également l’analyse de la réalité
en assimilant exclusivement le malade d’alcool
à Lantier incarné de façon magistrale
par François Perrier dans le film l’Assommoir.
En ne voyant que ce type d’alcoolisation sont
exclues toutes les autres formes de la maladie d’alcool
: la forme du jeune, la forme de la femme, la forme
de la personne âgée, la forme du toxicomane,
la forme du psychotique, la forme aiguë du fait
d’ivresse pathologique…
Et pour tous ceux-là, il sera facile de ne
pas se reconnaître malade tant qu’ils
ne sont pas encore arrivés au stade terminal
de Lantier. 10 % des malades d’alcool présentent
un tableau clinique proche de Germinal, celui de l’ivrogne.
La plupart des problèmes liés à
l’alcool ne se présentent pas du tout
sous cette forme-là. Le diagnostic d’une
maladie d’alcool Si l’alcoolisme est une
maladie, il n’est plus une tare ni un vice.
Les médecins ne sont pas des moralisateurs
ni des prêcheurs. Ils constatent et décident
qu’il existe une pathologie induite par l’alcool
et qu’il existe un ensemble de pathologies où
l’humain peut devenir addict. L’humain
est addict quand il continue un usage et un comportement
aberrant alors qu’il en connaît les effets
délétères. C’est vrai pour
l’alcool comme pour le tabac, l’héroïne,
la cocaïne mais aussi le jeu, le sexe, le travail,
l’alimentation, la télévision,
internet etc.
Toutes ces addictions sont susceptibles d’entraîner
des complications communes : asthénie, troubles
du sommeil, altération de la santé physique
et mentale, désordres familiaux, professionnels,
sociaux, exclusion, décompensation psychiatrique,
enfermement, dettes, suicide…
En France, 4 millions de personnes ont un problème
soit de consommation abusive, soit de maladie induite
par l’alcool. Mais 90% des personnes qui consomment,
consomment normalement. Les Français sont les
quatrièmes consommateurs en Europe après
le Luxembourg, l’Irlande et le Portugal. Il
existe donc un usage normal de l’alcool. Il
existe aussi un usage à risque et il existe
un usage nocif.
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