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Mais qui est malade dans une société où l’alcool
est aussi répandu ? Plusieurs définitions
sont admises :
- perte de la liberté de s’arrêter
de boire
- alcoolo-dépendance avec complications physiques
et psychiques
- impossibilité de modifier sa consommation
alors que les effets délétères
sont connus
- faisceau d’arguments :
- examen physique par un médecin
- positivité des tests biologiques : GGT
et VGM
- positivité d’un questionnaire simple
:
- êtes-vous capable d’arrêter
plus de trois jours votre consommation ?
- vous sentez-vous coupable de consommer ?
- vos proches sont-ils excédés
par votre consommation ?
- l’alcool vous “allume”-t-il
? (faut-il boire le matin ? faut-il boire pour
une quelconque activité ?)
- En dehors des malades d’alcool pour
lesquels l’abstinence est absolument nécessaire,
il existe une importante pathologie liée
à la modification de l’état
de conscience sous alcool. L’ivresse est
une modification brutale de la conscience qu’il
faut savoir gérer. Dans de nombreuses
situations, cette ivresse entraîne des
conséquences dramatiques : accident,
prises de risque inconsidérées,
suicides, viols, meurtre… d’autant
plus si l’alcool est associé à
d’autres substances.
Les circonstances de survenue
Si 4 millions de personnes sont soumises soient à
la dépendance physique soit psychique de l’alcool
soit aux deux, la plupart des Français consomment
normalement.
Il est cependant possible de consommer normalement
puis de devenir malade à d’autres moments
de la vie.
Parmi ceux qui consomment anormalement, il y a différents
groupes selon le sexe, l’âge de début,
la structure psychique, les co-morbidités (autres
substances, médicaments…). Certains sont
immédiatement dans un comportement aberrant.
Il semble que la dépendance s’installe
dès les premiers contacts avec la substance
et que l’usage est toxicomaniaque. Pour d’autres,
l’usage est un temps excessif, cautionné
par la vie sociale, estudiantine, festive puis devient
solitaire et permanent. Pour d’autres, la consommation
prend le relais d’autres comportements addictifs
: l’héroïne, l’anorexie mais
aussi le sport.
Nombre de sportifs, à l’arrêt de
la pratique soit par une vie active et familiale,
soit après un accident ligamentaire, soit par
échec, consomment de l’alcool pour son
action morphinique par le biais de sécrétion
endorphinique. Il s’agit alors d’un glissement
métabolique non pas psychique mais purement
de substitution au sport. L’alcool complique
ou induit un certain nombre de maladies psychiatriques
: dépression, trouble de l’humeur, psychose,
anxiété généralisée.
L’alcool se présente toujours à
la personne atteinte comme le traitement de ce qu’il
détruit. Il crée une profonde asthénie,
mais se présente au patient comme le produit
qui lui permettra de ne plus se sentir fatigué.
Il crée des angoisses matinales mais se présente
comme celui qui saura lever l’oppression thoracique
propre à la crise d’angoisse. Il déprime
mais se présente comme celui qui permettrait
d’être heureux.
L’alcool est classé depuis 1995 parmi
les drogues dures : héroïne, cocaïne,
alcool. L’alcool est la seule parmi ces trois
substances à pouvoir offrir deux effets contradictoires
: il tend et il détend. Il peut exciter mais
il peut apaiser. Son action diffère dans l’action
et dans le repos. Il peut rendre violent comme amorphe.
Il a une double action en agissant sur deux systèmes
différents dans la chimie cérébrale.
Il agit sur le système de la dépendance
où il est excitateur et il agit sur le système
de la récompense où il active les molécules
du plaisir. Il devient par ce fait non seulement une
drogue dure mais encore la drogue des drogues.
L’alcool tire son nom du khôl, du maquillage,
du masque et du fard. Il maquille, transforme, farde
et cache. Ses dangers égalent ses qualités
et ses défauts égalent ses vertus.
L’alcool
L’alcool n’existe pas en tant que tel.
Les alcools sont une famille de molécules dont
une seule est absorbable : l’éthanol.
L’éthanol ne se produit pas. Il s’extrait.
Il est le fruit de la fermentation. C'est-à-dire
qu’il est présent à la surface
de la terre depuis la nuit des temps et sera présent
jusqu’à la fin des temps. Il suffit de
le chauffer à 70 °C pour que de liquide,
il devienne gazeux. C’est ainsi que les bouilleurs
de cru savaient par l’alambic extraire des fruits
fermentés les différentes eaux-de-vie.
L’éthanol se dilue dans l’huile
et l’eau. Il ne rencontre aucun obstacle dans
le corps humain. Il franchit les méninges,
le placenta et toutes les membranes cellulaires sans
transporteurs. Il est diffusible dans l’ensemble
du corps humain. Le degré d’éthanol
dans une bouteille indique la quantité d’éthanol
pur contenu dans le produit. Ainsi une bouteille d’un
litre de vin à 10° contient 80 g d’éthanol.
Une bouteille de Whisky à 40° en contient
240 g. En fait chaque alcool ayant son verre spécifique,
ce verre contient toujours la même quantité
d’éthanol pur soit 10 g.
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Une bouteille de 75 cl à 12° contient
80 g d’éthanol. Elle permet de servir
8 verres. L’absorption de l’éthanol
varie selon l’état de plénitude
gastrique. Quand l’éthanol est consommé
au cours du repas, il s’intègre dans
le bol alimentaire. L’absorption intestinale
sera lente et fragmentée. L’éthanol
entrera en petite quantité dans le foie et
en sortira peu. Si l’éthanol est consommé
à jeun, il sera absorbé immédiatement.
Le foie ne pourra pas le métaboliser et des
effets centraux par passage massif dans la circulation
sanguine se feront sentir.
Un homme qui consommerait 80 à 100 g tous
les jours (soit 8 à 10 verres) a un risque
de 50% de développer une cirrhose en dix ans.
Une femme qui consommerait de 60 à 80 g d’éthanol
par jour peut développer une cirrhose en 5
ans. L’éthanol à des doses de
10 à 20 g par jour est bon pour la santé
de la plus grande partie de la population.
Mais il n’y a pas d’égalité
devant l’alcool. Un certain nombre de personnes
ne peuvent en consommer car, de façon génétique,
elles le métabolisent difficilement. Restant
dans le sang longuement, elles développent
des symptômes divers : nausées, céphalées,
troubles de l’équilibre, pleurs…
D’autres personnes à ces doses recommandables
vont développer l’ensemble des pathologies
de l’alcool. D’autres enfin qui pourront
consommer plus sans effets périphériques
par métabolisation rapide et peu de passage
sanguin.
L’homme de tout temps a consommé de
l’éthanol. Les premières découvertes
archéologiques de l’Egypte ancienne sont
des amphores de vin “millésimé”.
L’eau jusqu’au 20ème siècle
n’a jamais été consommé
pure.
Elle présentait des dangers certains. L’usage
de l’alcool remonte aux origines de l’humanité
par Noé pour les uns, par Bacchus pour les
autres. Bacchus dont le nom signifie “celui
qui enlève le souci”. L’éthanol
a toujours posé problème. Chaque société
doit faire avec et repenser collectivement son usage.
Rappelons qu’il est dit “qu’il n’y
a pas eu de société civilisée
sans la fermentation”. Les règles de
son usage En Grèce ancienne, le vin était
dilué au cinquième. Agamemnon est traité
d’ “outre à vin” par Achille
au début de l’Iliade.
Toutes les cours des monarques se réunissaient
autour du cratère, vaste récipient où
l’on puisait le vin dilué avant de prendre
la parole. Le Banquet de Platon où l’ivresse
philosophique fondera la pensée occidentale
est un véritable banquet, voire une libation.
En Égypte ancienne, un homme ivre était
tué. En Kabylie, exposer une alcoolisation
est un haut fait de résistance. Chaque société
se positionne. On sait que depuis le septième
siècle de notre ère, les musulmans respectent
une interdiction de boire de l’alcool. Ils devront
le connaître au paradis fait de rivières
de miel et de vin.
Les chrétiens ont surinvesti le vin comme
symbole et mystère de la présence. Les
juifs peuvent lire dans le “cantique des cantiques”
: “tes baisers sont plus doux que le vin”,
vin à l’aune de la divinité et
de l’amour.
Les Américains ont essayé la prohibition.
Mais les hommes comme de nombreux animaux recherchent
inéluctablement l’usage de l’éthanol.
Usage dont les règles doivent être partagées
et peut-être s’inscrire dans une culture
et une tradition. L’éthanol a détruit
et détruit encore nombre de peuples ignorant
jusqu’alors son usage : indiens d’Amérique,
Amazoniens et actuellement les Inuits. Les règles
de l’usage sont sur les amphores, dans les chansons,
dans le sens qu’on lui donne. Les Slaves portent
des toasts, les Français trinquent, les Irlandais….
Chaque alcool crée sa culture : du saké
à l’ouzo, de la bière au mezcal,
du whisky au cognac, de la vodka au vin. Chaque alcool
crée son ivresse et chaque ivresse son code
de conduite. L’alcool est une des clés
de l’expérience intérieure, de
la découverte de soi et de la connaissance
des autres. Il est un rite initiatique et dans une
société française, il a longtemps
été associé au passage à
l’âge adulte. Il participe de tous les
bizutages et de tous les carnavals. Il favorise l’intégration
et scelle les pactes et les contrats. Ne pas boire
d’alcool est parfois un facteur d’exclusion,
exclusion dont souffrent ceux qui sont amenés
à décider de vivre sans.
Le vin et la bière ont un statut différent.
Ce sont des alcools de consommation courante. Ils
sont responsables de la plupart des pathologies. Ils
divisent la France entre Nord et Sud. La bière
est la seule boisson qui donne soif tout en désaltérant.
Le vin est une boisson de table. Il est un des éléments
de l’art de vivre, de l’élégance
du geste et du goût. Il exalte les plats qui
peuvent devenir indigérables voire indigestes
sans son usage. Il a longtemps été le
seul liquide buvable et s’inscrit dans les canons
de l’esprit français. Il est responsable
de 60 % des pathologies de l’alcool. Si les
usages sont détournés, l’éthanol
détourne des valeurs communes et de l’altérité.
Il isole et enferme créant strictement l’inverse
de ce pourquoi il est fait.
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