| Il est
aujourd’hui couramment admis qu’une consommation
excessive d’alcool ou de boissons alcoolisées
peut avoir des conséquences tout à fait
néfastes sur le tissu cardiaque (voir par exemple
les revues de Friedman, 1998, ou de Richardson et
coll., 1998), conduisant en particulier à diverses
altérations fonctionnelles et métaboliques
plus ou moins graves, au nombre desquelles une dysfonction
diastolique, une réduction de la
fraction d’éjection, une hypertrophie
ventriculaire gauche et une cardiomégalie,
ainsi que divers troubles du rythme cardiaque
(en particulier la fibrillation auriculaire).
Diverses études expérimentales conduites
sur des modèles animaux, ont permis de mieux
comprendre les mécanismes physiopathologiques
impliqués dans le développement de ces
altérations. On considère généralement
que les espèces réactives dérivées
de l’oxygène, et en particulier certains
radicaux libres oxygénés, produits au
cours du catabolisme de l’éthanol, conduisent,
au niveau des cardiomyocytes, à un stress oxydant
plus ou moins sévère, entraînant
une peroxydation des lipides membranaires, et partant,
des anomalies de la fonction de divers complexes protéiques
intégrés dans les systèmes membranaires
(Coudray et coll., 1991).
De telles anomalies ont été également
rapportées dans la plupart des tissus, comme
le foie, le cerveau, le muscle squelettique, etc.
(Nordmann et coll., 1992 ; Mansouri et coll., 2001).
Dans leur étude, Mansouri et coll. (2001) ont
également montré que des doses élevées
d’alcool (5 g/kg chez la souris) conduisaient
en moins de deux heures à des altérations
réversibles du génome mitochondrial
cardiaque, induites elles aussi par un effet oxydant
lié à l’alcool.

Un tel effet était également observé
sur le cerveau et sur le muscle. Dans tous les cas,
l’administration simultanée de composés
antioxydants comme la vitamine E ou la mélatonine,
connus pour limiter très significativement
la peroxydation des lipides membranaires, était
capable de prévenir ces effets délétères
de l’alcool, confortant donc l’hypothèse
d’un effet prooxydant de l’alcool.
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Il est
à souligner que d’autres auteurs avaient
préalablement démontré qu’une
consommation chronique de doses élevées
d’alcool diminuait le taux cellulaire du glutathion
réduit, ainsi que les groupements thiols des
protéines, affaiblissant donc le potentiel
de défense antioxydant des cellules cardiaques
et les rendant ainsi plus vulnérables vis-à-vis
du stress oxydant (Guerri & Grishia, 1981 ; Edes
et coll., 1987 ; Ribière et coll., 1992). Ainsi,
des doses élevées d’alcool peuvent
à la fois diminuer les mécanismes de
défense anti-radicalaire du tissu cardiaque,
tout en contribuant à augmenter la production
d’espèces réactives oxygénées
cytotoxiques.
Sur la base de ces données, il semble très
probable que des changements dans la balance cellulaire
entre antioxydants et prooxydants peuvent contribuer
de façon majeure aux effets cardiotoxiques
de l’alcool à forte dose, le contrôle
des espèces réactives de l’oxygène
étant déterminant dans le degré
des effets observés.
La contribution de ces espèces réactives
au cours de diverses pathologies cardiaques est aujourd’hui
bien documentée et le rôle du stress
oxydant a été démontré
dans un grand nombre de modèles expérimentaux
et d’études cliniques (Thompson &
Hess, 1986 ; Mc Cord, 1989 ; Preedy et coll., 1999).
Il faut toutefois souligner qu’une élévation
de l’activité de certaines enzymes anti-oxydantes
(superoxyde dismutase, catalase), impliquées
dans les mécanismes de la défense des
cellules vis-à-vis du stress oxydant, a été
décrite au niveau du tissu cardiaque et du
tissu hépatique chez des animaux soumis à
une imprégnation chronique d’éthanol
(Edes et coll., 1986 ; Oh et coll., 1998).
Cette observation pourrait suggérer l’existence
d’une réponse adaptative vis-à-vis
des effets prooxydants de l’alcool.
Par ailleurs, in vitro, l’éthanol peut
se comporter comme un antioxydant, comme l’ont
montré les travaux de Bonnefont-Rousselot et
coll. 2001), de faibles concentrations d’éthanol
s’avérant capables de piéger les
radicaux hydroxyles (°OH), une des formes les
plus réactives et donc les plus toxiques des
radicaux oxygénés.
L’alcool peut également améliorer
de façon significative les défenses
anti-oxydantes cellulaires et contribuer ainsi à
la cardioprotection, en particulier dans des conditions
de stress ischémique, en stimulant l’induction
de protéines de stress, comme la HSP 70 de
la famille des heat shock proteins (Su et coll., 1998).
Enfin, au niveau vasculaire, l’éthanol
agit sur plusieurs mécanismes de signalisation
cellulaire impliqués dans l’inhibition
de la prolifération et de la migration des
cellules musculaires lisses, ainsi que dans l’activation
de la libération de facteurs vaso-actifs comme
le NO (Martin et coll., 2001). Cette dernière
observation pourrait en partie expliquer la cardioprotection
induite par des doses modérées d’alcool
dans la mesure où le NO, en dehors de ses effets
sur le tonus vasculaire, présente également
des propriétés anti-oxydantes et anti-aggrégantes,
et peut inhiber à la fois la prolifération
des cellules musculaires lisses et l’adhésion
des leucocytes.
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