Andry RAKOTOVAO
Joël de LEIRIS
Laboratoire Nutrition,
Vieillissement et Maladies
Cardio-vasculaires
IFRT Ingénierie pour le Vivant, Université Joseph Fourier, Grenoble
effets du vin et de l'alcool (chap. 1)

Il est aujourd’hui couramment admis qu’une consommation excessive d’alcool ou de boissons alcoolisées peut avoir des conséquences tout à fait néfastes sur le tissu cardiaque (voir par exemple les revues de Friedman, 1998, ou de Richardson et coll., 1998), conduisant en particulier à diverses altérations fonctionnelles et métaboliques plus ou moins graves, au nombre desquelles une dysfonction diastolique, une réduction de la
fraction d’éjection, une hypertrophie ventriculaire gauche et une cardiomégalie, ainsi que divers troubles du rythme cardiaque
(en particulier la fibrillation auriculaire).

Diverses études expérimentales conduites sur des modèles animaux, ont permis de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques impliqués dans le développement de ces altérations. On considère généralement que les espèces réactives dérivées de l’oxygène, et en particulier certains radicaux libres oxygénés, produits au cours du catabolisme de l’éthanol, conduisent, au niveau des cardiomyocytes, à un stress oxydant plus ou moins sévère, entraînant une peroxydation des lipides membranaires, et partant, des anomalies de la fonction de divers complexes protéiques intégrés dans les systèmes membranaires (Coudray et coll., 1991).

De telles anomalies ont été également rapportées dans la plupart des tissus, comme le foie, le cerveau, le muscle squelettique, etc. (Nordmann et coll., 1992 ; Mansouri et coll., 2001). Dans leur étude, Mansouri et coll. (2001) ont également montré que des doses élevées d’alcool (5 g/kg chez la souris) conduisaient en moins de deux heures à des altérations réversibles du génome mitochondrial cardiaque, induites elles aussi par un effet oxydant lié à l’alcool.

Un tel effet était également observé sur le cerveau et sur le muscle. Dans tous les cas, l’administration simultanée de composés antioxydants comme la vitamine E ou la mélatonine, connus pour limiter très significativement la peroxydation des lipides membranaires, était capable de prévenir ces effets délétères de l’alcool, confortant donc l’hypothèse d’un effet prooxydant de l’alcool.

 

Il est à souligner que d’autres auteurs avaient préalablement démontré qu’une consommation chronique de doses élevées d’alcool diminuait le taux cellulaire du glutathion réduit, ainsi que les groupements thiols des protéines, affaiblissant donc le potentiel de défense antioxydant des cellules cardiaques et les rendant ainsi plus vulnérables vis-à-vis du stress oxydant (Guerri & Grishia, 1981 ; Edes et coll., 1987 ; Ribière et coll., 1992). Ainsi, des doses élevées d’alcool peuvent à la fois diminuer les mécanismes de défense anti-radicalaire du tissu cardiaque, tout en contribuant à augmenter la production d’espèces réactives oxygénées cytotoxiques.

Sur la base de ces données, il semble très probable que des changements dans la balance cellulaire entre antioxydants et prooxydants peuvent contribuer de façon majeure aux effets cardiotoxiques de l’alcool à forte dose, le contrôle des espèces réactives de l’oxygène étant déterminant dans le degré des effets observés.

La contribution de ces espèces réactives au cours de diverses pathologies cardiaques est aujourd’hui bien documentée et le rôle du stress oxydant a été démontré dans un grand nombre de modèles expérimentaux et d’études cliniques (Thompson & Hess, 1986 ; Mc Cord, 1989 ; Preedy et coll., 1999). Il faut toutefois souligner qu’une élévation de l’activité de certaines enzymes anti-oxydantes (superoxyde dismutase, catalase), impliquées dans les mécanismes de la défense des cellules vis-à-vis du stress oxydant, a été décrite au niveau du tissu cardiaque et du tissu hépatique chez des animaux soumis à une imprégnation chronique d’éthanol (Edes et coll., 1986 ; Oh et coll., 1998).
Cette observation pourrait suggérer l’existence d’une réponse adaptative vis-à-vis des effets prooxydants de l’alcool.
Par ailleurs, in vitro, l’éthanol peut se comporter comme un antioxydant, comme l’ont montré les travaux de Bonnefont-Rousselot et coll. 2001), de faibles concentrations d’éthanol s’avérant capables de piéger les radicaux hydroxyles (°OH), une des formes les plus réactives et donc les plus toxiques des radicaux oxygénés.

L’alcool peut également améliorer de façon significative les défenses anti-oxydantes cellulaires et contribuer ainsi à la cardioprotection, en particulier dans des conditions de stress ischémique, en stimulant l’induction de protéines de stress, comme la HSP 70 de la famille des heat shock proteins (Su et coll., 1998). Enfin, au niveau vasculaire, l’éthanol agit sur plusieurs mécanismes de signalisation cellulaire impliqués dans l’inhibition de la prolifération et de la migration des cellules musculaires lisses, ainsi que dans l’activation de la libération de facteurs vaso-actifs comme le NO (Martin et coll., 2001). Cette dernière observation pourrait en partie expliquer la cardioprotection induite par des doses modérées d’alcool dans la mesure où le NO, en dehors de ses effets sur le tonus vasculaire, présente également des propriétés anti-oxydantes et anti-aggrégantes, et peut inhiber à la fois la prolifération des cellules musculaires lisses et l’adhésion des leucocytes.

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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