Avec
le vieillissement de la population, certaines pathologies
telles le syndrome démentiel, deviennent des
préoccupations importantes. Le syndrome démentiel
(ou démence) est caractérisé
par une détérioration des fonctions
cognitives supérieures dont la mémoire,
accompagnée par un retentissement dans les
activités de la vie quotidienne. La démence
la plus fréquente est la maladie d’Alzheimer.
Sa cause est inconnue et la recherche de facteurs
de risque de démence et de maladie d’Alzheimer
reste d’actualité.
En 1987, le programme de recherche épidémiologique
PAQUID (Personnes Âgées QUID) a été
lancé afin d’étudier le vieillissement
cérébral normal et pathologique. Une
étude de cohorte a été constituée
et 3777 sujets de plus de 65 ans vivant dans les départements
de Gironde et Dordogne ont accepté de participer.
Les sujets ont été vus par une enquêtrice
psychologue afin de recueillir un certain nombre de
caractéristiques dont la consommation de vin.
Quatre catégories de consommation ont été
définies et intitulées arbitrairement
: non buveurs, buveurs légers (consommation
de vin entre 1 et 2 verres par jour), buveurs modérés
(3 à 4 verres par jour) et gros buveurs (plus
de 4 verres par jour).
Dans cet échantillon, l’essentiel de
l’alcool ingéré est sous la forme
de vin. Une première analyse a montré
que la consommation modérée de vin était
associée à un risque plus faible de
développer une démence ou une maladie
d’Alzheimer 3 ans après la visite initiale.
Ainsi, le risque de développer une démence
était réduit d’un facteur 5 chez
les buveurs modérés.
Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, les buveurs
légers avaient une réduction du risque
d’un facteur environ 2, et les buveurs modérés
d’un facteur 3,5.
Depuis peu, plusieurs équipes travaillant
sur des cohortes de personnes âgées ont
rapporté des résultats associant la
consommation d’alcool à un risque plus
faible de développer une démence. La
"Rotterdam Study" aux Pays-Bas a montré
que le risque de développer une démence
était significativement plus faible chez les
consommateurs de 1 à 3 verres d’alcool
par jour. Le risque était réduit, mais
non significativement, chez les faibles consommateurs,
mais ce risque devenait similaire aux nonbuveurs chez
les consommateurs de plus de 4 verres par jour.
La question de la qualité de l’alcool
a également pu être étudiée,
mais aucune différence significative n’a
été trouvée entre le vin, la
bière et les spiritueux. Toutefois, une autre
étude a montré des différences
de risque selon la qualité de l’alcool.
Les chercheurs de la "Canadian Study of Health
and Aging", après un suivi de 4088 sujets
pendant 5 ans, ont observé une réduction
d’un tiers du risque de développer une
démence chez les consommateurs d’alcool
par rapport aux non consommateurs. En outre, ce risque
était significativement plus faible chez les
buveurs de vin (diminution du risque de moitié
par rapport aux non-buveurs) que chez les consommateurs
de bière ou d’alcools forts (réduction
du risque de 15% et 20% respectivement). |
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Une dernière
cohorte (Copenhagen City Heart Study) a permis de
relier la consommation d’alcool relevée
en 1976 dans le cadre d’une étude sur
les maladies cardio-vasculaires, au risque de démence
en 1991-94. Par rapport aux non-buveurs, les auteurs
ont observé une réduction significative
du risque de démence chez les consommateurs
occasionnels de vin (diminution de 57%), chez les
consommateurs hebdomadaires (diminution de 66%), mais
non significative chez les consommateurs quotidiens
(diminution de 43%). Par contre, aucune réduction,
voire même une augmentation du risque était
observée chez les consommateurs de bière
ou d’alcool fort.
Toutes ces études prospectives convergent
donc vers un même constat, à savoir que
la consommation modérée d’alcool,
voire plus spécifiquement de vin, est associée
à une réduction du risque de développer
une démence ou une maladie d’Alzheimer.
Mais observer une association ne signifie aucunement
qu’il existe une relation de cause à
effet. D’autres facteurs pourraient expliquer
les différences entre consommateurs et non
consommateurs d’alcool. En effet, il est possible
que les buveurs modérés soient des individus
modérés pour toute une série
d’autres comportements, ce qui aboutit à
une diminution du risque de démence, indépendamment
de la consommation de vin.
Ces sujets ont-ils une exposition à certains
facteurs de risque différente, un régime
alimentaire particulier, une sociabilité plus
développée ? Enfin, qui du vin ou de
l’alcool apparaît le plus protecteur ?
Là également, les données actuelles
ne permettent pas de conclure définitivement.
L’argument principal en faveur du vin réside
dans son contenu en flavonoïdes et son activité
antioxydante. En conclusion, doit-on conseiller de
boire modérément pour prévenir
l’apparition de certaines pathologies ? Jusqu’à
présent, les études épidémiologiques
ont montré que les bénéfices
éventuels de l’alcool sur la santé
ne se faisaient sentir qu’à partir de
40 ans chez les hommes, et à partir de 50 ans
chez les femmes. Avant cet âge, les conséquences
de la consommation d’alcool sont nettement plus
négatives en termes d’accidents, de pathologies
directement liées à la consommation
d’alcool (cirrhose, cancers hépatiques
ou des voies aérodigestives...) et de risque
de dépendance à l’alcool.
Dans l’état actuel des connaissances,
il paraît prématuré de conseiller
à des personnes qui ne consomment pas d’alcool
de commencer à boire quelques verres d’alcool
par semaine pour d’éventuels bénéfices
médicaux. D’autres moyens de prévention
existent, et la consommation de vin doit rester un
plaisir qui doit s’apprécier avec modération,
et en dehors de situations à risque (conduite
de véhicule, activités demandant de
la concentration...).
Luc LETENNEUR |