Luc LETENNEUR
INSERM U593,
Université Victor Segalen Bordeaux 2
...et risque de maladie d'Alzheimer

Avec le vieillissement de la population, certaines pathologies telles le syndrome démentiel, deviennent des préoccupations importantes. Le syndrome démentiel (ou démence) est caractérisé par une détérioration des fonctions cognitives supérieures dont la mémoire, accompagnée par un retentissement dans les activités de la vie quotidienne. La démence la plus fréquente est la maladie d’Alzheimer. Sa cause est inconnue et la recherche de facteurs de risque de démence et de maladie d’Alzheimer reste d’actualité.

En 1987, le programme de recherche épidémiologique PAQUID (Personnes Âgées QUID) a été lancé afin d’étudier le vieillissement cérébral normal et pathologique. Une étude de cohorte a été constituée et 3777 sujets de plus de 65 ans vivant dans les départements de Gironde et Dordogne ont accepté de participer. Les sujets ont été vus par une enquêtrice psychologue afin de recueillir un certain nombre de caractéristiques dont la consommation de vin. Quatre catégories de consommation ont été définies et intitulées arbitrairement : non buveurs, buveurs légers (consommation de vin entre 1 et 2 verres par jour), buveurs modérés (3 à 4 verres par jour) et gros buveurs (plus de 4 verres par jour).

Dans cet échantillon, l’essentiel de l’alcool ingéré est sous la forme de vin. Une première analyse a montré que la consommation modérée de vin était associée à un risque plus faible de développer une démence ou une maladie d’Alzheimer 3 ans après la visite initiale. Ainsi, le risque de développer une démence était réduit d’un facteur 5 chez les buveurs modérés.
Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, les buveurs légers avaient une réduction du risque d’un facteur environ 2, et les buveurs modérés d’un facteur 3,5.

Depuis peu, plusieurs équipes travaillant sur des cohortes de personnes âgées ont rapporté des résultats associant la consommation d’alcool à un risque plus faible de développer une démence. La "Rotterdam Study" aux Pays-Bas a montré que le risque de développer une démence était significativement plus faible chez les consommateurs de 1 à 3 verres d’alcool par jour. Le risque était réduit, mais non significativement, chez les faibles consommateurs, mais ce risque devenait similaire aux nonbuveurs chez les consommateurs de plus de 4 verres par jour.

La question de la qualité de l’alcool a également pu être étudiée, mais aucune différence significative n’a été trouvée entre le vin, la bière et les spiritueux. Toutefois, une autre étude a montré des différences de risque selon la qualité de l’alcool. Les chercheurs de la "Canadian Study of Health and Aging", après un suivi de 4088 sujets pendant 5 ans, ont observé une réduction d’un tiers du risque de développer une démence chez les consommateurs d’alcool par rapport aux non consommateurs. En outre, ce risque était significativement plus faible chez les buveurs de vin (diminution du risque de moitié par rapport aux non-buveurs) que chez les consommateurs de bière ou d’alcools forts (réduction du risque de 15% et 20% respectivement).

 

Une dernière cohorte (Copenhagen City Heart Study) a permis de relier la consommation d’alcool relevée en 1976 dans le cadre d’une étude sur les maladies cardio-vasculaires, au risque de démence en 1991-94. Par rapport aux non-buveurs, les auteurs ont observé une réduction significative du risque de démence chez les consommateurs occasionnels de vin (diminution de 57%), chez les consommateurs hebdomadaires (diminution de 66%), mais non significative chez les consommateurs quotidiens (diminution de 43%). Par contre, aucune réduction, voire même une augmentation du risque était observée chez les consommateurs de bière ou d’alcool fort.

Toutes ces études prospectives convergent donc vers un même constat, à savoir que la consommation modérée d’alcool, voire plus spécifiquement de vin, est associée à une réduction du risque de développer une démence ou une maladie d’Alzheimer. Mais observer une association ne signifie aucunement qu’il existe une relation de cause à effet. D’autres facteurs pourraient expliquer les différences entre consommateurs et non consommateurs d’alcool. En effet, il est possible que les buveurs modérés soient des individus modérés pour toute une série d’autres comportements, ce qui aboutit à une diminution du risque de démence, indépendamment de la consommation de vin.

Ces sujets ont-ils une exposition à certains facteurs de risque différente, un régime alimentaire particulier, une sociabilité plus développée ? Enfin, qui du vin ou de l’alcool apparaît le plus protecteur ? Là également, les données actuelles ne permettent pas de conclure définitivement. L’argument principal en faveur du vin réside dans son contenu en flavonoïdes et son activité antioxydante. En conclusion, doit-on conseiller de boire modérément pour prévenir l’apparition de certaines pathologies ? Jusqu’à présent, les études épidémiologiques ont montré que les bénéfices éventuels de l’alcool sur la santé ne se faisaient sentir qu’à partir de 40 ans chez les hommes, et à partir de 50 ans chez les femmes. Avant cet âge, les conséquences de la consommation d’alcool sont nettement plus négatives en termes d’accidents, de pathologies directement liées à la consommation d’alcool (cirrhose, cancers hépatiques ou des voies aérodigestives...) et de risque de dépendance à l’alcool.

Dans l’état actuel des connaissances, il paraît prématuré de conseiller à des personnes qui ne consomment pas d’alcool de commencer à boire quelques verres d’alcool par semaine pour d’éventuels bénéfices médicaux. D’autres moyens de prévention existent, et la consommation de vin doit rester un plaisir qui doit s’apprécier avec modération, et en dehors de situations à risque (conduite de véhicule, activités demandant de la concentration...).

     Luc LETENNEUR

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"