Mathilde ALLÈGRE,
Marie-Claire HÉLOIR, Claire LHARMONIER,
Elodie VANDELLE,
Agnès KLINGER,
Marc BENTÉJAC,
Xavier DAIRE,
Marielle ADRIAN
et Alain PUGIN.
...de la Vigne : une Stratégie d’Avenir ? (chap. 1)

La vigne, de par sa sensibilité à un large spectre d’agents potentiellement pathogènes (virus, phytoplasmes, bactéries, champignons, insectes), est l’une des plantes cultivées les plus exigeantes en produits phytosanitaires. Sa culture et l’obtention d’une vendange saine dans l’optique d’une production de qualité imposent une protection quasi constante pendant tout le cycle végétatif, voire même pendant sa phase de repos (maladies du bois).

Ainsi, environ 320 000 tonnes de substances actives sont consommées annuellement par le secteur viticole, soit, en tonnage, 50% des produits phytosanitaires consommés en France et 1/4 du marché mondial.

La France, 1er pays producteur de vin de l’Union Européenne à 15 (2001, Agreste), occupe la 2e position mondiale en tant que pays utilisateur de produits phytosanitaires. L’utilisation répétée de produits phytosanitaires n’étant pas sans conséquences (pollution du sol, des eaux, de l’atmosphère, résidus dans les raisins et les vins, résistance des pathogènes), on assiste depuis quelques années à une évolution des stratégies vers une protection raisonnée voire intégrée, impliquant moins de produits chimiques, dans un souci de respect de l’environnement, de la santé du producteur et du consommateur, ainsi que des potentialités du terroir.

Parmi les recherches engagées aujourd’hui, on peut citer l’introduction de plants plus tolérants, sinon résistants (hybrides, OGM), la lutte biologique et la stimulation des défenses naturelles de la vigne. C’est cette dernière voie que nous avons choisi de développer depuis plusieurs années en nous attachant en premier lieu à comprendre les mécanismes de défense de la vigne.

À l’occasion du 10e anniversaire du guide “Vins et Santé”, nous proposons un bref résumé de nos connaissances sur les mécanismes de défense mis en jeu par la plante lors de l’attaque par un pathogène, et en particulier sur le rôle du resvératrol.

 

Nous discuterons ensuite des possibilités de stimulation des défenses naturelles de la vigne par des éliciteurs. Chez les plantes, on distingue deux types de mécanismes de défense : la défense passive ou constitutive, et la défense active ou inductible, dont la mise en place requiert la perception d’un signal d’alerte.
Les défenses passives sont des barrières de nature physicochimique (pilosité, épaisseur de la pellicule des baies ou de la cuticule des différents organes, cires, polyphénols, tannins, lignine, protéines pariétales) qui constituent un environnement naturellement défavorable au développement des pathogènes.
Par exemple, l’épaisseur de la cuticule varie de 1,5 à 3,8 µm chez les cultivars de V. vinifera réputés sensibles aux maladies alors qu’elle peut atteindre respectivement 4 à 10 µm chez les espèces américaines V. rupestris et V. coriacea, réputées résistantes (Galet, 1977). Les cires cuticulaires recouvrant les parois des cellules de l’épiderme, créent une surface épaisse et très hydrophobe.

Figure 1 : Nombreux poils recouvrant la face inférieure d’une feuille de Vitis labrusca après coloration au rouge de Ruthénium. Grossissement x100

 

 

     
     
 

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Guide des vins "Vins et Santé"