La forte
pilosité de la face inférieure des feuilles
limite également l’accès aux parois
des cellules de l’épiderme foliaire de
Vitis labrusca (Figure 1). Si le pathogène
parvient à contourner les barrières
de défense pré-existantes dans la plante,
il devra alors faire face à l’arsenal
de défenses activées par celle-ci lorsqu’elle
perçoit son agresseur.
Les mécanismes de défense actifs impliquent
la transcription de gènes de défense
qui vont conduire à la production de nouveaux
composés tels que les PR- (Pathogenesis Related)
protéines dirigées contre le pathogène
(chitinases, glucanases, protéines inhibitrices
de polygalacturonases…), et l’accumulation
de phytoalexines, composés antimicrobiens.
Ces événements ont pour but de confiner
ou de tuer l’agent infectieux à son site
de pénétration. Dans certains cas, un
signal circulant est émis dans toute la plante
qui acquiert une résistance généralisée
: c’est la résistance systémique
acquise.
L’activation de ces défenses sera efficace
lors d’attaques ultérieures par d’autres
pathogènes.
Le rôle des phytoalexines :
le resvératrol protège aussi la plante
Les phytoalexines sont des composés antimicrobiens
de faible poids moléculaire synthétisés
et accumulés par les plantes en réponse
à un stress biotique (agression par un pathogène)
ou abiotique (irradiation aux UV). Chez la vigne,
les phytoalexines ont été identifiées
pour la première fois en 1976 par l’équipe
britannique de Langcake (Langcake et Pryce, 1976).
Ils appartiennent à la famille chimique des
stilbènes.
Figure
2 : Fluorescence bleu-violet (caractéristique
du resvératrol et de ses dérivés),
observable sous UV longs (365 nm), au niveau d’une
feuille de Vitis vinifera hybride Marselan dont les
défenses ont été activées
par les UV (254 nm, 8 minutes) (à gauche).
La feuille témoin (droite) ne présente
pas de fluorescence.
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Le resvératrol
(3,5,4’-trihydroxystilbène) est en général
le composé majoritaire chez la vigne (Figure
2). Cependant, des dérivés tels que
les formes glycosylées du resvératrol,
le ptérostilbène, et les viniférines
(polymères du resvératrol) sont aussi
présents et jouent un rôle important
dans l’interaction plante/pathogène.
Le resvératrol est un composé à
l’origine de nombreuses études scientifiques,
plus pour son intérêt pour la santé
que pour son rôle en tant que composé
de défense. En effet, présent en quantité
importante dans des préparations utilisées
en médecine traditionnelle chinoise et japonaise,
il a montré des effets intéressants
en modèle in vitro : diminution de l’agrégabilité
plaquettaire, oxydation des LDL (Low Density Lipoproteins),
blocage de la prolifération des cellules cancéreuses
Delmas, 2003) etc.
Le resvératrol a aussi été associé
aux facteurs du “French Paradox”. Ainsi,
une consommation modérée de vin contenant
du resvératrol pourrait contribuer à
limiter les risques d’accident cardio-vasculaire.
Toutefois, il s’avère utile de rappeler
que ce composé n’agirait certainement
pas seul mais avec d’autres constituants du
vin (voire même en synergie avec certains d’entre
eux) et que son efficacité chez l’homme
n’est pas démontrée.
Sur le plan phytosanitaire, le resvératrol
et ses dérivés jouent un rôle
certain. En effet, le resvératrol est présent
en quantité importante pouvant atteindre 700
µg.g-1 de poids frais à certains niveaux
du bois où il permet de limiter les infections
par certains champignons lignicoles (Hart, 1981) (défense
passive). Au niveau des feuilles et des baies, sa
biosynthèse est induite par divers stress (défense
active) et il peut s’accumuler à des
concentrations capables de fortement limiter, voire
inhiber, le développement de certains champignons
phytopathogènes tels que Botrytis cinerea (Adrian
et al., 1997). C’est d’ailleurs au moment
où les baies perdent leur capacité à
le synthétiser rapidement en quantité
importante (à partir de la véraison)
qu’elles deviennent sensibles à la pourriture
grise.
Le rôle du resvératrol sur la pourriture
grise a également été mis en
évidence grâce à l’obtention
de plantes génétiquement modifiées.
Ainsi, l’équipe de Hain (Hain et al.,
1993) a démontré que des plants de tabac
transformés, exprimant le gène de la
stilbène synthase (enzyme responsable de la
synthèse de resvératrol), produisent
du resvératrol et résistent mieux à
Botrytis.

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