Mathilde ALLÈGRE,
Marie-Claire HÉLOIR, Claire LHARMONIER,
Elodie VANDELLE,
Agnès KLINGER,
Marc BENTÉJAC,
Xavier DAIRE,
Marielle ADRIAN
et Alain PUGIN.
...de la Vigne : une Stratégie d’Avenir ? (chap. 2)

La forte pilosité de la face inférieure des feuilles limite également l’accès aux parois des cellules de l’épiderme foliaire de Vitis labrusca (Figure 1). Si le pathogène parvient à contourner les barrières de défense pré-existantes dans la plante, il devra alors faire face à l’arsenal de défenses activées par celle-ci lorsqu’elle perçoit son agresseur.

Les mécanismes de défense actifs impliquent la transcription de gènes de défense qui vont conduire à la production de nouveaux composés tels que les PR- (Pathogenesis Related) protéines dirigées contre le pathogène (chitinases, glucanases, protéines inhibitrices de polygalacturonases…), et l’accumulation de phytoalexines, composés antimicrobiens. Ces événements ont pour but de confiner ou de tuer l’agent infectieux à son site de pénétration. Dans certains cas, un signal circulant est émis dans toute la plante qui acquiert une résistance généralisée : c’est la résistance systémique acquise.
L’activation de ces défenses sera efficace lors d’attaques ultérieures par d’autres pathogènes.

Le rôle des phytoalexines :
le resvératrol protège aussi la plante

Les phytoalexines sont des composés antimicrobiens de faible poids moléculaire synthétisés et accumulés par les plantes en réponse à un stress biotique (agression par un pathogène) ou abiotique (irradiation aux UV). Chez la vigne, les phytoalexines ont été identifiées pour la première fois en 1976 par l’équipe britannique de Langcake (Langcake et Pryce, 1976). Ils appartiennent à la famille chimique des stilbènes.

Figure 2 : Fluorescence bleu-violet (caractéristique du resvératrol et de ses dérivés), observable sous UV longs (365 nm), au niveau d’une feuille de Vitis vinifera hybride Marselan dont les défenses ont été activées par les UV (254 nm, 8 minutes) (à gauche). La feuille témoin (droite) ne présente pas de fluorescence.

 

Le resvératrol (3,5,4’-trihydroxystilbène) est en général le composé majoritaire chez la vigne (Figure 2). Cependant, des dérivés tels que les formes glycosylées du resvératrol, le ptérostilbène, et les viniférines (polymères du resvératrol) sont aussi présents et jouent un rôle important dans l’interaction plante/pathogène.

Le resvératrol est un composé à l’origine de nombreuses études scientifiques, plus pour son intérêt pour la santé que pour son rôle en tant que composé de défense. En effet, présent en quantité importante dans des préparations utilisées en médecine traditionnelle chinoise et japonaise, il a montré des effets intéressants en modèle in vitro : diminution de l’agrégabilité plaquettaire, oxydation des LDL (Low Density Lipoproteins), blocage de la prolifération des cellules cancéreuses Delmas, 2003) etc.

Le resvératrol a aussi été associé aux facteurs du “French Paradox”. Ainsi, une consommation modérée de vin contenant du resvératrol pourrait contribuer à limiter les risques d’accident cardio-vasculaire. Toutefois, il s’avère utile de rappeler que ce composé n’agirait certainement pas seul mais avec d’autres constituants du vin (voire même en synergie avec certains d’entre eux) et que son efficacité chez l’homme n’est pas démontrée.

Sur le plan phytosanitaire, le resvératrol et ses dérivés jouent un rôle certain. En effet, le resvératrol est présent en quantité importante pouvant atteindre 700 µg.g-1 de poids frais à certains niveaux du bois où il permet de limiter les infections par certains champignons lignicoles (Hart, 1981) (défense passive). Au niveau des feuilles et des baies, sa biosynthèse est induite par divers stress (défense active) et il peut s’accumuler à des concentrations capables de fortement limiter, voire inhiber, le développement de certains champignons phytopathogènes tels que Botrytis cinerea (Adrian et al., 1997). C’est d’ailleurs au moment où les baies perdent leur capacité à le synthétiser rapidement en quantité importante (à partir de la véraison) qu’elles deviennent sensibles à la pourriture grise.

Le rôle du resvératrol sur la pourriture grise a également été mis en évidence grâce à l’obtention de plantes génétiquement modifiées. Ainsi, l’équipe de Hain (Hain et al., 1993) a démontré que des plants de tabac transformés, exprimant le gène de la stilbène synthase (enzyme responsable de la synthèse de resvératrol), produisent du resvératrol et résistent mieux à Botrytis.

 

 

 

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