Mathilde ALLÈGRE,
Marie-Claire HÉLOIR, Claire LHARMONIER,
Elodie VANDELLE,
Agnès KLINGER,
Marc BENTÉJAC,
Xavier DAIRE,
Marielle ADRIAN
et Alain PUGIN.
...de la Vigne : une Stratégie d’Avenir ? (chap. 3)

D’autre part, Coutos-Thévénot et collaborateurs (2001) ont montré que des plants de vigne (hybride 41B) exprimant ce même gène sous la dépendance d’un promoteur inductible par l’attaque du pathogène acquièrent une résistance à Botrytis.

Insertion des éliciteurs dans un programme de lutte intégrée

Les plantes, et la vigne en particulier, sont capables d’activer des mécanismes de défense susceptibles de les protéger contre un large spectre d’agresseurs.

Ces mécanismes de défense peuvent aussi être induits par des stress abiotiques (UV, métaux lourds, etc.), d’où l’intérêt de prévenir les attaques en recherchant des composés appelés éliciteurs qui peuvent stimuler les défenses naturelles de la vigne au champ. Les éliciteurs peuvent être d’origine et de nature variées (petits lipides, oligosaccharides, composés pectiques, protéines).

 

Nous avons mis au point différents tests biologiques pour :

• Détecter les activités élicitrices de composés isolés au laboratoire et de produits dérivés d’algues fournis par la Société Goëmar. Ces essais consistent en la mesure d’événements extrêmement rapides et caractéristiques d’une activation des réactions de défense, comme la mesure de la production du peroxyde d’hydrogène, des flux de calcium, de la production de NO, de l’activation de kinases, de la synthèse de phytoalexines, de l’activation de gènes de défense dans des suspensions de cellules de vigne traitées par des éliciteurs
(Poinssot et al., 2003), (Figure 3).

• Mesurer la capacité des éliciteurs (sélectionnés par nos premiers tests) à protéger des plants de vigne contre divers pathogènes dont Plasmopara viticola (agent responsable du mildiou) et B. cinerea. Actuellement, plusieurs composés éliciteurs ont été identifiés et testés sur plante entière au laboratoire. Ils sont aussi capables de protéger les plants de vigne contre le mildiou et la pourriture grise mais les conditions de leur efficacité au vignoble ne sont pas encore bien maîtrisées. Il faut en particulier définir la bonne formulation pour une pénétration de l’éliciteur et le moment opportun du traitement pour une protection optimale. Il semble également que l’efficacité des éliciteurs dépende des conditions de l’environnement et de l’état physiologique de la plante.

 

Néanmoins, la stratégie d’activation des défenses a déjà fait ses preuves sur plusieurs plantes cultivées. Ainsi, le b 1-3 (1-6) glucane, oligosaccharide extrait d’une algue brune (société Goëmar), est efficace contre certaines maladies du blé. De plus, des premiers travaux conduits au vignoble sur un éliciteur extrait de carapaces de crustacés, le chitosan, montrent une activation des défenses de la vigne (Amborabe et al., 2004).

La stimulation des défenses naturelles de la vigne par des éliciteurs est une stratégie issue d’études menées au laboratoire qui est actuellement en phase d’expérimentation au champ. Cette méthode permettra de proposer une alternative respectueuse de l'environnement et de la santé, dans une optique de lutte intégrée, tout en préservant la typicité de ce produit de tradition qu’est le Vin.

Mathilde ALLÈGRE,
Marie-Claire HÉLOIR,
Claire LHARMONIER,
Elodie VANDELLE,
Agnès KLINGER,
Marc BENTÉJAC,
Xavier DAIRE,
Marielle ADRIAN
Alain PUGIN.

UMR Plante-Microbe-Environnement INRA 1088/CNRS 5184 Université de Bourgogne 17, rue Sully BP 86510 21065 Dijon Cedex France

 

 

Références bibliographiques :

  • Adrian M, Jeandet P, Veneau J, Weston L A, Bessis R 1997. Journal of Chemical Ecology. Vol. 23, n°7 : 1689-1702.
  • Amborabe E, Aziz A, Trotel-Aziz P, Quantinet D, Dhuicq L et Vernet G. 2004. Phytoma : La défense des Végétaux. Vol. 571 : 26-29.
  • Couthos-Thevenot P, Poinssot B, Bonomelli A, Yean H, Breda C, Buffard D, Esnault R, Hain R et Boulay M. 2001. Journal of Exp. Botany. Vol. 52, n° 358 : 901-10.
  • Delmas D, Rebe C, Lacour S, Filomenko R, Athias A, Gambert P, Cherkaoui-Malki M, Jannin B, Dubrez-Daloz L, Latruffe N, Solary E. 2003. J Biol Chem. Vol. 278, n°42 : 41482-90
  • Galet, P.1977. Dans “Les maladies et parasites de la vigne”. Imprimerie des paysans du Midi. Montpellier : 313-60
  • Hain R, Reif HJ, Krause E, Langebartels R, Kindl H, Vornam B, Wiese W, Schmelzer E, Schreier PH, Stocker RH, Nature. 1993. Vol ; 361, n° 6408 :153-6.
  • Hart J H.1981. Annu.Rev. Phytopathol. Vol. 19 : 437-45.
  • Langcake P et Pryce R J. 1976. Physiol. Plant Pathol. Vol. 9 : 77-86.
  • Poinssot B, Vandelle E, Bentéjac M, Adrian, Levis C, Brygoo Y, Garijn J, Sicilia F, Coutos-Thévenot P, Pugin A.2003. Mol. Plant Microbe Interact. Vol.16, n°6 : 553-64
   

 

 

 

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