Dr Stephan ROSENKRANZ
Pr Erland ERDMANN

 
...un ancien et un nouveau paradigme (chap. 1)

Il y a des centaines d'années que l'on émet l'idée que la consommation de boissons alcoolisées, et en particulier de vin, protège contre les maladies cardiovasculaires et les crises cardiaques. En 1870, le neurologue britannique Sir F.E. Anstie a décrit les effets bénéfiques de l'alcool/le vin sur la santé (cardiovasculaire), mais il posa comme limite supérieure trois verres par jour ("la règle d'Anstie"). Depuis, de nombreuses études épidémiologiques ont invariablement démontré que la consommation modérée d'alcool est associée à une diminution du taux de crises cardiaques, alors qu'une prise excessive est manifestement dangereuse. En outre, des études ont montré que le vin apparaît comme plus protecteur que les autres boissons alcoolisées, ce qui expliquerait la faible mortalité par maladie cardiovasculaire en France (connue sous le nom de "Paradoxe Français"). Dans les années récentes, des recherches en laboratoire ont permis d'identifier des effets vasoprotecteurs des constituants du vin au niveau moléculaire. Ces études ont également révélé des différences importantes entre le vin rouge et le vin blanc.

En voici les détails:

Le vin et le cœur au XIX° siècle

En 1819, le médecin irlandais Samuel Black écrivit ce qui est probablement la première analyse du "Paradoxe Français". Il observait de nombreuses pathologies cardiaques en Irlande mais notait que peu de médecins français écrivaient sur ce sujet; il en conclut alors que cela était dû aux "habitudes et modes de vie des Français, coïncidant avec la douceur du climat et le caractère particulier de leurs affections morales".

 

William Heberden rejoint cette observation approfondie dans sa description classique de la maladie du cœur (angine de poitrine); en 1786 il affirmait déjà: "Le vin et les spiritueux et l'opium… apportent un soulagement considérable". Alors que la recommandation de Sir Francis Edmund Anstie était basée sur le sens commun, en 1915 C. Lian décrivait un impact négatif de la consommation excessive d'alcool sur les maladies cardiovasculaires chez les militaires français de la Première Guerre Mondiale. Certains de ces hommes étaient des buveurs notoires; la consommation de plus de deux litres de vin par jour était associée à une tension artérielle élevée, un facteur de risque évident de l'athérosclérose.

Etudes épidémiologiques

Depuis la première observation du début du XIXème siècle, il a fallu plus de 160 ans avant que des études épidémiologiques confirment clairement la recommandation de Sir Anstie. Indépendamment du statut de fumeur ou des autres facteurs de risques cardiovasculaires, la consommation modérée définie comme 10 à 30 grammes d'alcool par jour (1 à 3 verres de vin) était associée à une diminution de la mortalité en général (principalement due à la diminution des maladies cardio-vasculaires), alors que des consommations plus élevées augmentaient les taux de mortalité, principalement par maladie du foie, cancer, accidents et violence (Figure 1). Des données comparatives internationales ont montré une mortalité cardiovasculaire dans les pays consommateurs de vin inférieure à celle des pays où la consommation de bière et alcools forts prédomine (Tableau).

En fait, la mortalité cardiovasculaire en France reste inférieure à 50% comparée aux autres pays européens ou aux Etats-Unis, malgré une fréquence similaire de facteurs de risques vasculaires tels que le tabac, le cholestérol, l'hypertension, le diabète et l'obésité. Ce phénomène a été appelé le "Paradoxe français" et a suscité un grand intérêt dans la découverte des raisons sousjacentes. Bien qu'il existe des données contradictoires concernant le pouvoir protecteur de différentes boissons alcoolisées telles que la bière, le vin et les spiritueux, une méta-analyse récente couvrant plus de 200 000 individus a révélé que le vin peut être plus protecteur que les autres boissons alcoolisées étant donné que le risque cardiovasculaire est réduit de 32 % chez les buveurs de vin contre 22 % chez les buveurs de bière, comparés aux non-buveurs (Figure 2). Même chez des patients ayant eu un infarctus du myocarde, la consommation de vin était associée à une incidence significativement plus faible de complications cardiovasculaires ultérieures sur une période de quatre ans. Ces études, ainsi que d'autres, suggèrent que le vin contient d'importants composés non alcoolisés qui protègent contre l'athérosclérose, mais un doute subsiste sur le fait que le vin rouge présente des avantages sur le vin blanc.

 

Des études modernes ont identifié
des effets vasoprotecteurs au
niveau moléculaire

Les crises cardiaques ("infarctus du myocarde") surviennent quand des plaques d'athéromes sur les parois des vaisseaux coronaires se rompent et que par la suite les artères se bouchent par un caillot sanguin ("thrombus").

On pense que des effets protecteurs de l'alcool, et du vin en particulier, sont basés sur l'interférence avec des mécanismes pathogéniques impliqués dans le développement et la progression des plaques d'athéromes ainsi que des effets "anti-thrombotiques". Plusieurs de ces effets ont été identifiés: la consommation modérée entraîne des modifications bénéfiques du profil de risque cardiaque, du fait qu'elle est associée à une baisse de la pression artérielle et entraîne une augmentation relative du "bon cholestérol" (HDL) dans le sang. L'alcool, et le vin en particulier, réduit l'aggrégation de plaquettes et a des effets antioxydants, probablement dus à ses constituants phénoliques.

     
   
 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"