Pr Serge Charles RENAUD
René GUÉGUEN
et Pascale CONARD
Dominique LANZMANN PETITHORY
et Olivier HENRY
Jean-Marc ORGOGOZO
... et consommation de vin :
étude prospective chez 37 000 sujets lorrains (chap. 1)

Pour une pression artérielle donnée, le risque de mortalité par maladies cardio-vasculaires au nord de l’Europe est beaucoup plus élevé que dans les pays méditerranéens. Nous avons testé avec succès l’hypothèse que la consommation de vin pourrait être une des explications de ce phénomène, par une étude prospective sur 37 000 sujets lorsrains.

Une consommation modérée et régulière de boissons alcoolisées est associée à une mortalité cardiovasculaire et une mortalité toutes causes plus basses (2, 3). Cependant, la consommation d’alcool et aussi de vin, est classiquement connue pour augmenter la tension artérielle, un des principaux facteurs de risque cardio-vasculaire et de mortalité.
Pour une pression artérielle donnée, le risque de mortalité par maladies cardio-vasculaires est 3 fois plus élevé au nord de l’Europe que dans les pays méditerranéens (4), connus pour leur consommation traditionnelle de vin. Nous avons donc cherché si la consommation de vin ou d’autres types de boissons alcoolisées pouvait diminuer le risque de mortalité associé avec l’hypertension artérielle.
Nous avons suivi une cohorte de Lorrains pendant 13 à 21 ans après la prise de leur tension artérielle. Nous avons examiné la mortalité toutes causes et cardio-vasculaire chez les buveurs de vin et d’autres boissons alcoolisées, comparés aux abstinents, pour différents niveaux de tension artérielle systolique et diastolique.

Sujets et méthode

Population étudiée

De janvier 1978 à décembre 1985, 43 450 hommes, nés en Europe, âgés de 40 à 60 ans, sont venus au Centre de Médecine Préventive pour un examen de santé comme nous l’avons décrit dans nos publications précédentes (3, 5).

Il avait été postulé par l’Anglais Shaper que certains des nonbuveurs étaient des alcooliques repentis et malades. Cette source de biais a été au moins partiellement éliminée en excluant de la présente analyse les sujets à haut risque cardio-vasculaire. Le groupe d’exclus comprenait 1923 sujets à ECG anormal, 1 388 recevant un traitement anti-hypertenseur, 451 traités pour hyperglycémie, 1 117 pour hyperlipémie, 469 pour arythmie et 1 204 pour angor stable. Finalement, 315 sujets ont été exclus pour données incomplètes. Dans la présente étude, nous avons comparé les abstinents, les buveurs de vin et les buveurs d’autres boissons chez un total de 36 583 hommes en bonne santé au démarrage de l’étude, et 4 203 décès.

 

Méthode

Comme nous l’avons décrit en détail dans différentes publications, il s’agissait d’un bilan de santé offert par la caisse primaire d’assurance maladie à 95 % de la population de la région lorraine. L’échantillon provenait d’une population de 375 140 hommes de 30 à 59 ans. L’examen comportait un questionnaire complet sur les antécédents médicaux, le niveau d’études, les activités professionnelles et de loisir, le tabagisme, et le type et la quantité de boissons alcoolisées consommées. L’examen médical comprenait ECG, radio pulmonaire, poids, taille, tension artérielle (bras gauche en supination après 5 min de repos), et des dosages sanguins et urinaires classiques.

Mesure de la consommation d’alcool

Le questionnaire sur les boissons comprenait six catégories différentes de boissons dont 3 alcoolisées : vins, bières et spiritueux. Pour la conversion en grammes d’alcool, 1 bouteille de vin correspond à 88 g d’alcool, 1 bouteille de bière 44 g et 1 verre de spiritueux 15 g. Ainsi, un verre de vin (120 ml) contient 10,5 g d’alcool, comparable à une bière (25 cl). La reproductibilité de l’évaluation de la prise d’alcool a été examinée dans les publications précédentes. Comme on peut le voir dans le (Tableau 1), les buveurs sont séparés en : 1) buveurs de vin qui ne boivent pas du tout de bière 2) autres buveurs qui boivent à la fois de la bière et du vin.

Mesure de la mortalité

Le statut vital des sujets a été déterminé 13 à 21 ans après leur première visite au Centre de Médecine Préventive, constituant ainsi 546 904 personnes-années de suivi jusqu’à décembre 1998. Le statut vital provenait de l’“Institut National des Statistiques et des Études Démographiques” (INSEE).

 

 

 

 

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