Nos résultats
pourraient aussi être concordants avec l’observation
que le risque d’accident vasculaire est abaissé
chez les buveurs modérés de vin hypertendus,
par rapport aux nonbuveurs (6).
Des études d’observation récentes
montrent un effet protecteur de la consommation de
vin sur les accidents ischémiques cérébraux
chez des sujets âgés (Djoussé).
De même que, l’hypertension étant
un facteur de risque d’insuffisance cardiaque,
un effet protecteur de la consommation modérée
d’alcool sur l’insuffisance cardiaque
a été rapporté (Abramson).
Dans la présente étude, seule une
consommation modérée de vin était
associée à un effet protecteur contre
la mortalité toutes causes et la mortalité
cardio-vasculaire. Cependant, ceci doit être
confirmé par d’autres études dans
lesquelles les autres boissons alcoolisées
ne seraient pas contaminées par le vin. Concernant
la mortalité toutes causes en relation avec
l’hypertension, chez les femmes, l’étude
préliminaire de Palmer avait montré
des résultats semblables aux nôtres :
seul le vin était associé à un
moindre risque.
Ces résultats sont aussi concordants avec
ceux de Gronbaek, au Danemark, ne portant pas spécialement
sur l’hypertension : seule la consommation de
vin, à dose modérée, est associée
à une mortalité significativement plus
basse. Par conséquent, l’effet protecteur
du vin pourrait être dû à ses composés
phénoliques tels que le resvératrol
dont l’effet hypotenseur chez des rats hypertendus
prédisposés aux accidents vasculaires
cérébraux a été montré.
Néanmoins, cela reste à démontrer
chez l’homme.
Bien sûr, l’effet du vin sur la mortalité
liée à l’hypertension n’exclut
pas des effets additionnels bénéfiques
d’autres aliments faisant partie de la diète
méditerranéenne. Ces habitudes diminuent
considérablement la mortalité cardiovasculaire
comme nous l’avons montré dans notre
étude d’intervention de Lyon, sans modifier
la tension artérielle (7).
Cependant, on ne peut pas conclure que les effets
protecteurs possibles sur la mortalité observés
chez les buveurs de vin pourraient être expliqués
par leurs habitudes alimentaires, comme cela a été
suggéré récemment au Danemark.
Dans les pays méditerranéens tels que
la France et l’Italie, plusieurs études
ont montré que les habitudes alimentaires des
buveurs de vin n’étaient pas meilleures
que celles des autres. De plus, dans notre cohorte
de l’est de la France, les plus grands consommateurs
de vin sont des travailleurs manuels de classes sociales
moins élevées, comme en Grande-Bretagne
et au Danemark. |
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J’ai
défini le fameux “French paradox”
en 1992 (8) : “Pour un niveau de facteurs de
risque semblable à d'autres pays comme l'Angleterre
et les Etats-Unis (cholestérol, hypertension
artérielle, tabagisme, consommation de graisses
saturées), la France a une mortalité
coronarienne et cardio-vasculaire plus basse ou beaucoup
plus basse que la majorité des pays industrialisés.”
J’ai émis l’hypothèse que
ce paradoxe pourrait être attribuable à
la consommation de vin, telle qu’elle se pratique
traditionnellement en France, en quantité modérée,
au cours des repas. La présente étude,
montrant que la consommation de vin est associée
à un risque plus bas de mortalité liée
à l’hypertension, l’hypertension
étant un des principaux facteurs de risque,
est concordante avec l’hypothèse que
le “French paradox” pourrait être
partiellement expliqué par la consommation
de vin. Jusqu’à présent, les alcools,
et même le vin, étaient connus pour augmenter
la pression artérielle. Il a été
admis que, au-dessus de 30 g d’alcool par jour,
une augmentation de 10 g d’alcool par jour augmente
la TAS de 1 à 2 mmHg (Keil). Dans notre étude,
la différence moyenne de TAS entre les buveurs
de vin et les abstinents est de 2,3 mmHg.
Cette augmentation pourrait être associée
à un risque plus élevé, mais
qui est négligeable, comparé à
la réduction de la mortalité toutes
causes (23-37% selon les quartiles tensionnels). Notre
étude a des limitations. Les Français
sont les plus grands consommateurs de vin au monde.
Il n’est pas souhaitable que ce record soit
battu pour la simple raison que seule une consommation
modérée semble bénéfique.
Un biais de notre étude est que les jeunes
adultes ne sont pas considérés et que
nos résultats s’appliquent uniquement
aux hommes d’âge moyen. En conclusion,
l’effet bénéfique de la consommation
modérée de vin sur la mortalité
reliée à l’hypertension artérielle
a maintenant été observé en France,
en plus de l’Angleterre (Palmer).
Ces découvertes pourraient avoir des implications
importantes pour les hommes hypertendus d’âge
moyen ou chez des hommes hypertendus âgés
qui sont déjà des buveurs modérés
de vin. Chez eux, il ne faudrait donc pas contreindiquer
le vin. En effet, cette habitude semble être
bénéfique et pourrait diminuer leur
mortalité toutes causes que les traitements
anti-hypertenseurs les plus modernes ont bien du mal
à faire baisser chez la personne âgée. |
Références
:
1 • Serge C. Renaud, René
Guéguen, Pascale Conard, Dominique Lanzmann-Petithory,
Jean- Marc Orgogozo, and Olivier Henry. Moderate wine
drinkers have lower hypertension related mortality
: a prospective cohort study in French men. Accepted
for publication by Am J Clin Nutr in March 2004.
2 • Thun MJ, Peto R, Lopez AD,
et al. Alcohol consumption and mortality among middleaged
and elderly U.S. adults. N Engl J Med 1997;337:1705-14.
3 • Renaud SC, Gueguen R, Siest
G, et al. Wine, beer, and mortality in middle-aged
men from eastern France. Arch Intern Med 1999;159:1865-70. |
|
4 •
van den Hoogen PC, Feskens EJ, Nagelkerke NJ, et al.
The relation between blood pressure and mortality
due to coronary heart disease among men in different
parts of the world. Seven Countries Study Research
Group. N Engl J Med 2000;342:1-8.
5 • Renaud SC, Gueguen R, Schenker
J, et al. Alcohol and mortality in middle-aged men
from eastern France. Epidemiology 1998;9:184-8.
6 • Palmer AJ, Fletcher AE,
Bulpitt CJ, et al. Alcohol intake and cardiovascular
mortality in hypertensive patients : report from the
department of health hypertension care computing project.
Hypertension 1995;12:957-64.
7 • Renaud S, de Lorgeril M,
Delaye J, et al. Cretan Mediterranean diet for prevention
of coronary heart disease. Am J Clin Nutr 1995;61:1360S-7S
8 • Renaud S, de Lorgeril M. Wine, alcohol,
platelets, and the French paradox for coronary heart
disease. Lancet 1992;339:1523-6 |