Dr André LACROIX
Urologue - sexologue
(Cannes)
 
le vin sur le banc des accusés - chapitre 1

En tant que représentant des amateurs de vin, nous acceptons de comparaître à ce procès et d’assumer la défense du vin. L’alcoolisme est incontestablement un fléau pour l’homme ; il est responsable de décès, de blessures et de maladies dégénératives, mais l’abus d’alcool doit être étudié de façon analytique et précise en laissant de côté les fausses statistiques qui reposent sur des bases idéologiques.

Pour que ce procès soit équitable, le vin, boisson alcoolique certes, mérite d’être traité à part en le dissociant des alcools forts. La classification des différentes catégories d’alcool est la première recherche qui s’impose.
Prenons l’exemple des accidents de la route avec alcoolémie supérieure au taux légal ; le type de la ou des boissons absorbées n’est pas connu.

Dans ce procès, plusieurs accusés sont mis en cause, or ils n’ont pas tous le même degré de responsabilité, c’est pourquoi il faut enquêter pour établir quels alcools ont été consommés avant l’accident : whisky, bière, apéritif ou vin ? Qui sont les vrais coupables ? Il faut faire la guerre à l’alcoolisme. Dans toute guerre, il y a des ennemis plus ou moins dangereux ; pour les connaître, les démasquer, on utilise les services de renseignements. Les forces de l’ordre devraient recevoir la mission d’identifier le type d’alcool absorbé ! Mais ce n’est pas à l’ordre du jour.
Alors le vin se retrouve diabolisé puisque c’est la boisson alcoolisée la plus consommée en France, soit 57 litres de vin par an et par habitant ; ce qui représente 60% de l’alcool consommé, mais il n’y a pas que les Français qui boivent du vin de France, heureusement les touristes l’apprécient au cours des repas dans les restaurants ou chez eux.

La consommation totale de vin doit donc être comptabilisée avec ce correctif. Les méfaits de l’alcoolisme sont de deux ordres suivant qu’il s’agit d’un alcoolisme aigu ou d’un alcoolisme chronique ; c’est dans le premier cas que l’on rangera les accidents de la circulation, les accidents domestiques et les actes de violence ; dans le deuxième cas on trouve une pathologie variée avec en premier les lésions du foie, les cirrhoses, stéatoses puis les varices œsophagiennes, les pancréatites, les neuropathies, polynévrites, les démences, l’alcoolisation fœtale suite à l’alcoolisme de la mère, et les cancers.

L’alcool tue environ 23000 personnes en France chaque année, si l’on s’en réfère aux statistiques récentes, dont 9000 par cirrhose, pancréatite et autres causes citées plus haut, 1643 sur les routes, 1000 par suicide (sur 10000) ; il resterait environ 12000 cas par cancer induits par l’alcool. Ces deux derniers chiffres sont approximatifs, l’apparition d’un cancer étant généralement attribuée à plusieurs causes. L’association alcool et tabac est fréquente, alors comment dissocier la part de chacun ? Parmi ces décès combien sont imputables au vin ?

Mon propos n’est pas de contrecarrer les campagnes de lutte contre l’alcoolisme. Elles sont indispensables et utiles, et tous les amateurs de vin doivent les soutenir, mais en demandant aux associations de prévention de ne pas se tromper de cible. Le vin n’est sans aucun doute pas tout à fait innocent, mais sa consommation baisse de plus en plus au XXI° siècle, même les “clochards”, surtout les jeunes, ont remplacé le vin par la bière. Nous demandons aux procureurs instruisant ce procès une très grande objectivité, la défense fournira les arguments qui vont permettre de réduire la responsabilité du vin, voire d’obtenir un non-lieu dans certains cas ou il est abusivement accusé !

 

L’alcool dans les accidents de la route

Dans ce domaine, les données sont bien connues et fiables grâce aux statistiques établies par les services de sécurité routière des départements à partir des procès verbaux des forces de l’ordre. La recherche de l’alcoolémie est obligatoire pour tous les accidents corporels, elle n’est impraticable que dans 10% des cas environ, chez les blessés et tués incarcérés peu accessibles.

Le fichier national fait état de 6549 morts en 2002, moins de 6000 morts en 2003, (contre 16500 en 1972). Sur les 6000 tués, 1643 soit 24% et chez les blessés 10% ont une alcoolémie supérieure aux taux légal de 0,50 gramme par litre. Les rapports disent “accidents avec alcoolémie positive” ; de ce fait ils ne s’engagent pas en laissant un doute sur la responsabilité exacte d’une alcoolisation modérée. C’est à partir de 0,60 g que le risque croît rapidement et que les dégâts corporels sont les plus graves car le conducteur ne contrôle pas sa vitesse, qu’il évalue moins bien les dangers, les distances et il a tendance à s’endormir. Si l’alcoolémie est très élevée, il devient un blessé fragile, moins résistant aux interventions chirurgicales, ses chances de survie sont moindres.

Paradoxalement l’étude de Grand Rapids de 1964 (Borkenstein et coll.) montre qu’il y a moins de risque en conduisant avec une légère alcoolémie, entre 0,10 et 0,40 qu’en étant abstinent !! C’est le “dip”, le creux de la courbe de Borkenstein. Cette étude fut controversée par la suite. Ce qui est certain, c’est que les buveurs occasionnels sont plus dangereux que les buveurs réguliers ayant le même degré d’alcoolisation. C’est le cas des jeunes, (un tiers) qui meurent au cours des week-ends, la nuit en rentrant de soirées festives. En Grande- Bretagne ce phénomène notoire est beaucoup plus prononcé encore. À la sortie des discothèques, d’après une enquête récente du journal “Auto Plus”, 27% des conducteurs dépassaient le taux légal d’alcoolémie.
Il est permis de penser que le vin n’est pas en cause dans ces circonstances. Dans les accidents avec dommages corporels et une alcoolémie élevée, les femmes sont très minoritaires, elles ne représentent que 6% des cas. La conduite sous l’influence de l’alcool est un problème essentiellement masculin.

La culpabilité de l’alcool est certaine, mais quel type de boisson alcoolisée retrouve-t-on dans les constatations des enquêteurs ? Cette demande de précision ne figure pas dans les 60 questions auxquelles ils doivent répondre. Cependant en étudiant les jours, les heures ainsi que les classes d’âge des victimes, par déduction, il apparaît que le vin n’est en cause que dans un faible pourcentage des cas.
La première cause de l’accidentologie routière, c’est la vitesse. La diminution constante et significative des accidents de la route est due aux campagnes de prévention qui rendent les conducteurs prudents et sobres car les sanctions pénales et financières sont dissuasives. Six points sont retirés du permis en cas de dépassement du taux de 0,50 et au-delà le retrait du permis est possible, avec des peines de prison pour les récidivistes. C’est grâce aux 10 millions de contrôles préventifs annuels de l’alcoolémie et à la baisse du seuil de tolérance à 0,50 g, ce qui correspond à 0,25 dans l’air expiré (éthylomètre), que l’on a obtenu ce succès. Ces contraintes et les cabines radars ajoutées aux radars mobiles ont sauvé des centaines de vies ces derniers mois. La part des drogues licites comme les tranquillisants ou illicites est occultée car leur dosage est compliqué, donc exceptionnel. Comment évaluer le nombre d’accidents à mettre sur leur compte ?

 

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

Guide des vins "Vins et Santé"