Dans
une perspective de santé, la consommation de
vin comporte une ambiguïté de taille.
En effet, le vin contient et distribue dans des conditions
de délivrance optimale (à doses fractionnées,
associé à la nourriture) une molécule
d’alcool
dont l’effi cacité pour la prévention
des accidents cardiovasculaires dépasse sans
doute tous les autres moyens prophylactiques que l’on
est en mesure de proposer, y compris les acides gras
omega 3 de l’alimentation. Ceux-ci, dont on
fait
grand cas ces dernières années, ne paraissent
en effet réduire la morbidité et la
mortalité que chez
les personnes ayant déjà présenté
des pathologies cardiovasculaires antérieures,
alors que la molécule d’alcool offre
un spectre d’activité
plus large. De plus, mais cette éventualité
doit être confi rmée, il semble qu’une
consommation modérée d’alcool
puisse agir favorablement sur les fonctions cognitives
et le maintien de leur intégrité (1).
Mais ne doit-on pas focaliser encore plus son attention
sur la caractéristique “drogue”
de la
molécule d’alcool, puisque sa consommation
au-delà des limites raisonnables, induit une
dépendance avec toutes les conséquences
de
la maladie alcoolique chronique ; sans oublier les
effets de l’alcool en excès sur les réfl
exes des individus et les conséquences qui
s’ensuivent
quant aux accidents de la route ou du travail.
Dans ce contexte d’ambiguïté, où
en fonction de la dose consommée le bien précède
le mal, une attitude manichéenne a toujours
et partout jusqu’ici prévalu. Les autorités
sanitaires ont dénoncé et dénoncent
les méfaits de l’alcoolisme alors que
les viticulteurs, passionnément attachés
à leur terroir et leurs intérêts,
veulent et voudraient voir leurs ventes assurées.
On serait censé croire que la situation inhérente
au “French paradox” et sa progressive
confi rmation sur le plan scientifique allaient enfin
mettre un terme aux polémiques sans nuances
et relancer judicieusement la consommation de
vin en France. Il n’en est pourtant rien ; la
consommation de vin ne cesse de baisser dans
notre pays, alors qu’elle est en augmentation
à l’échelle mondiale. Comment
amener
nos concitoyens à cette consommation modérée
d’alcool bénéfique pour la santé
? Comment recommander aux abstinents de consommer
ce vecteur d’alcool privilégié
qu’est le vin, sans risquer de voir cet usage
devenir abusif ?
Et surtout, quand et comment initier les jeunes qui
majoritairement rejettent d’emblée le
vin, pour se précipiter en grand nombre vers
d’autres
breuvages plus néfastes lors de leurs réunions
festives ? On peut regretter que ce problème
des jeunes, les plus exposés aux dérives
vers l’excès, n’ait pas encore
retenu l’attention de la discipline concernée,
la pédo-psychiatrie, totalement muette sur
le sujet en France
comme à l’étranger.
L’analyse des statistiques disponibles en France
et dans le monde tend à montrer que la dérive
vers l’alcoolisme n’est pas en grande
partie le fruit du hasard, qu’elle est dans
une certaine mesure prédéterminée.
En premier lieu, l’alcool est particulièrement
toxique pour le fœtus et le très jeune
enfant. Mais surtout l’exposition à des |
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arômes
à ce stade précoce de la vie peut conduire
plus tard le même individu à rechercher
ces mêmes arômes ; effectivement, la proportion
d’individus consommant un excès d’alcool
est signifi cativement plus élevée à
l’adolescence et à l’âge
adulte, s’ils ont été imprégnés
précocement (2). En second lieu, le taux de
consommation d’alcool croît rapidement
chez les jeunes entre 9 et 16 ans et le risque d’une
consommation excessive est d’autant plus grand
que les individus qu’ils fréquentent
sont portés
vers l’alcool (3). Enfi n, la vigilance des
parents s’avère réduire l’infl
uence des relations
susceptibles de conduire à une consommation
excessive d’alcool (4 ; 5).
A l’âge adulte, il est
évident que l’alcoolisme est dominant
dans les situations de précarité ; dans
notre pays, en 2002, 30 % des nouveaux consultants
des Centres de lutte contre l’alcoolisme étaient
sans activité professionnelle régulière
(6). Les handicaps physiques, les
chocs affectifs, sont chez les adultes une cause de
déviance bien connue vers l’alcoolisme.
Mais il s’agit là d’un problème
social quoiqu’une éducation appropriée
dans l’enfance aurait pu sans doute prévenir
cette évolution.
Quant au voisinage du vin, il n’apparaît
en rien constituer un risque ; au contraire, il y
a moins d’alcooliques chez les viticulteurs
que dans les
autres catégories professionnelles puisqu’en
France, c’est la Bretagne, le Nord-Pas-de-Calais
et la Normandie qui culminent pour le nombre
d’alcooliques recensés, où aucun
cep de vigne n’a jamais été sérieusement
cultivé ! Par ailleurs, l’analyse des
sources d’alcool consommé par les 13-
20 ans dans un contexte festif, en famille ou entre
amis, et principalement pendant le
week-end, montre que pour 30 verres consommés
par mois chez les garçons et 9
verres chez les fi lles, le vin ne représente
que le 1/10ème pour les garçons (chez
lesquels la
consommation de bière prédomine nettement)
et le 1/5ème pour les fi lles (chez lesquelles
prédomine la consommation de spiritueux) (7).
Cette statistique montre très significativement
que le vin ne peut pas être assimilé
aux autres boissons alcooliques dans une perspective
de lutte contre l’abus d’alcool.
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