Dominique Lanzmann-Petithory,
MD, PhD
Praticien Hospitalier en Santé Publique à l'APHP
Enseignant chercheur
à l'Université
de Bordeaux 2
Collaboratrice du Pr Serge Renaud
E-MAIL
 


A Distinguished Society for the Medical Professional. With an Interest in Heart Health
and a Passion for Wine.
http://www.renaudsociety.com


Serge Renaud, le père du “French Paradox” vient d’être décoré de la Légion d’Honneur par le Ministère de la Santé, promotion du 14 juillet 2005.

Serge Renaud a contribué au rayonnement de la France (art de vivre, art de la table, convivialité, consommation modérée de vin) par ses découvertes sur le “French Paradox”. Il a aussi largement contribué à la santé publique dans de nombreux pays par l’étude de Lyon sur la diète méditerranéenne et la diète crétoise, référence en matière de nutrition préventive.
Lorsque Serge Renaud est arrivé au Canada dans les années 50 afin de poursuivre ses études universitaires, il a été frappé par la fréquence des infarctus chez de jeunes joueurs de hockey et dans la population générale. L’origine ne pouvait pas être génétique puisque les habitants du Québec avaient les mêmes caractéristiques que nous Français. Il s’agissait donc d’un facteur d’environnement. Le Pr Renaud n’a pas manqué de constater les différences énormes d’habitudes alimentaires, notamment la forte consommation de graisses saturées, la très faible consommation de fruits et l’absence de vin par rapport à sa région bordelaise d’origine, où on n’hésitait pas, alors, à porter une bouteille de bon vin à un parent hospitalisé. Pour étudier la nutrition à cette époque, il n’y avait qu’une solution?: suivre le cursus vétérinaire, car la nutrition n’était pas enseignée aux futurs médecins.
Après avoir été premier de sa promotion à l’École Vétérinaire, Serge Renaud a souhaité se consacrer entièrement à la recherche et a brillamment commencé sa carrière chez Hans Selyé, l’inventeur du “stress”, qui lui offrait de devenir son premier assistant mais Serge Renaud préférait étudier les relations entre la nutrition et l’accident coronarien. La période de la guerre avait en effet montré l’étonnante diminution des thromboses en période de nourriture moins abondante et moins grasse, et Serge Renaud était certain que la qualité des graisses était un facteur majeur de santé. Il a été rapidement promu à l’enseignement post-gradué, pour devenir ensuite Professeur d’anatomie pathologique et Professeur de nutrition à la Faculté de Médecine de Montréal. Son expérience en anatomie pathologique et à l’Institut de cardiologie de Montréal lui a montré le rôle majeur de la thrombose dans la survenue de l’infarctus du myocarde, indépendamment du cholestérol, avec plus de 30 ans d’avance. Après des années de travail de laboratoire sur les facteurs nutritionnels de la thrombose, c’est sur la réactivité plaquettaire que Serge Renaud a mis au point une méthode originale de recherche chez l’homme?: aller au-devant des populations rurales étudiées grâce à une caravane laboratoire. En effet, l’étude du comportement des plaquettes sanguines nécessite des analyses délicates et immédiates après le prélèvement sanguin et il eût été illusoire de convoquer des populations rurales dans des laboratoires de recherche. C’est ainsi qu’il a comparé différentes régions de l’Europe de l’ouest (Moselle, Var, Belgique, Pays de Galles, Écosse) et mit ces populations à des régimes à base d’huile de colza. Il a pu ainsi montrer que l’agrégation des plaquettes sanguines était le facteur le plus étroitement relié à l’accident coronarien et établir la démonstration des effets de l’acide alpha-linolénique (oméga 3) sur la baisse de l’agrégation plaquettaire(1). Tout était prêt pour mettre au point la fameuse étude de Lyon sur la diète crétoise (2), confirmée en 2002 par une étude indo-israélienne (3).

Dans cette étude, il a montré que le secret des Crétois n’est ni dans leur sieste, ni dans leurs gènes, mais dans leur alimentation… L’huile d’olive n’en est pas la clef. Leur taux 20 fois moins élevé de maladies cardio-vasculaires est dû à des habitudes alimentaires datant d’au moins trente-cinq siècles. Les plantes sauvages de l’île sont le point de départ de la chaîne alimentaire traditionnelle. Elles enrichissent harmonieusement en acides gras indispensables les produits et sous-produits animaux, jusqu’au plasma des habitants, 3 fois plus riche en acide alpha-linolénique que celui des autres pays européens. L’acide alpha-linolénique est le précurseur de la famille des oméga 3. Il est dit indispensable car on ne peut le synthétiser. L’étude de Lyon a montré qu’en enrichissant le régime en cet acide gras chez des cardiaques, à raison de 1,3 g par jour de plus que les témoins, on prévient 75 % des récidives d’infarctus et 100 % des morts subites. Après 6 mois de suivi, le cardiologue chargé de suivre les patients de l’étude voulait pourtant changer le régime, peu convaincu de son efficacité, car le cholestérol des patients n’avait pas baissé?! Serge Renaud n’a pas voulu varier d’un programme qui était l’aboutissement de 30 ans de déductions, jusqu’à ce que les résultats s’avèrent sans précédents. Il est aisé d’enrichir l’alimentation en acide alpha-linolénique?; pour cela, il suffit d’utiliser l’huile de colza pour la cuisine et l’assaisonnement. Deux cuillerées à soupe d’huile de colza apportent 1,8 g d’acide alpha-linolénique, soit 100 % des apports journaliers recommandés.
En parallèle, à l’époque où il était Visiting Professor à Boston University, il avait appris que dans l’étude de Framingham, l’alcool, supposé néfaste pour l’accident coronarien, semblait au contraire protéger, au grand étonnement des épidémiologistes du NIH (National Institute of Health). Cette information a volontairement été tenue secrète pendant plusieurs années, mais Serge Renaud l’avait considérée comme très importante car elle pouvait expliquer partiellement la protection cardio-vasculaire des Français.

 

Serge Renaud avait alors lancé des études chez l’animal avec l’alcool et le vin, dans le cadre de ses travaux sur la thrombose, puis des études chez l’homme dans le pays de Galles. À l’occasion de ces nombreux travaux en cours, l’équipe de la chaîne américaine C.B.S. est venue à son laboratoire de l’Unité 63 à Lyon en 1991 pour l’émission “Sixty Minutes” et lui a demandé son opinion sur la protection cardio-vasculaire des Français. Avec beaucoup de précaution, il a suggéré que le vin pouvait être l’un des facteurs de protection. L’expression “French paradox” a été médiatisée pour la 1ère fois aux U.S.A. lors du passage de ce film à la célèbre émission “60 Minutes” (l’équivalent de notre 7/7). Sur la demande de milliers d’Américains, ce film a été rediffusé plusieurs fois et vu par plus de 50 millions d’Américains.


À la suite de cette émission qui a eu un très grand succès, le gouvernement américain (Bureau des toxiques et des armes à feu), a demandé au Professeur Renaud de se justifier, par l’intermédiaire du Ministère des finances français. C’est alors qu’il a publié un article dans le Lancet (4) où il explique ses raisons.
À la suite de cet article, Serge Renaud n’a jamais eu d’autres demandes du gouvernement américain. Deux ans plus tard, le Ministère américain de la santé (Surgeon General), dans ses recommandations, a suggéré qu’une dose modérée d’alcool pouvait être bienfaitrice pour la santé.
Dans l’article du Lancet en 1992, Serge Renaud définissait le “French Paradox”, le paradoxe français?: “Pour un niveau de facteurs de risque semblable à d’autres pays comme l’Angleterre et les Etats-Unis (cholestérol, hypertension artérielle, tabagisme, consommation de graisses saturées), la France a une mortalité coronarienne et cardio-vasculaire plus basse ou beaucoup plus basse que la majorité des pays industrialisés.” Serge Renaud bâtissait alors son hypothèse que l’habitude de consommer le vin à table de façon modérée pourrait être bienfaitrice pour la santé, hypothèse étayée par de nombreuses études d’observations (5). Serge Renaud a continué à approfondir ce concept par des études chez l’animal, en particulier sur le rôle favorable de l’alcool sur les plaquettes sanguines et plus particulièrement du vin sur la prévention de l’effet rebond (6) et aussi des études chez l’homme (7). Depuis plus de 10 ans, il a aussi lancé une grande étude épidémiologique de suivi de population avec le Centre de Médecine Préventive de Nancy. Grâce à cette Institution et au responsable des programmes statistiques René Guéguen, il a pu réunir des observations sur 100 000 sujets avec un suivi de 20 à 25 ans.

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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