La
Santé n’est pas un record
La santé a pu être définie comme
le fonctionnement parfaitement silencieux de tous
les organes. La belle affaire. Il n’y a rien
à voir, rien à sentir et finalement
rien à dire. Allez donc communiquer sur un
tel sujet.
Les médias, pour leur communication cherchent
le sensationnel, les records. Des dixièmes
de secondes par ci, des kilomètres par là,
des milligrammes ailleurs, enthousiasment les foules
et permettent de poser des jalons au delà desquels
tout devient intéressant. Même un challenge
de nombre, qui ne peut plus être un record pour
ses performances, devient un record par le nombre
de ses participants. L’homme est ainsi fait,
il doit repousser chaque jour ses limites. Le progrès
est-il à ce prix ?
Nous venons de mettre en évidence une difficulté
essentielle des vins de terroir, établis dans
une région, par une culture qui, de façon
pataude, codifie des usages locaux loyaux et constants.
Platitude du raisonnable. La culture c’est vieux,
élitiste et prétentieux. A l’opposé,
les vins des nouveaux pays viticoles sont les plus
rouges, les plus riches, les plus boisés.......
Le bonheur !
Voilà notre propos. Notre société
commence à se poser le problème de ses
limites. Elle se sent à l’étroit
dans un monde qu’elle a entièrement investi.
Elle n’en n’a pas de rechange et la lune
qu’elle a décrochée lui parait
bien petite et inhospitalière. Elle a pourtant
beaucoup de mal à changer sa philosophie. Elle
cherche à poursuivre dans cette même
direction en inventant le développement durable.
Mais avant d’être durable c’est
encore du développement dans sa forme la plus
classique. On cherche à reculer l’échéance
mais un peu plus tôt ou un peu plus tard celle-ci
est au bout. Si par miracle on en prend conscience
il faudra freiner (comme les rendements sont freinés
dans les vins chargés d’histoire, nous
y reviendrons plus loin). Sinon la dure réalité
se chargera bien de le faire. Ne parle-t-on pas de
crise structurelle ?
L’homme s’alimente. Malgré la supériorité
qu’il s’est décrété
sur tous les êtres vivants, il ne sait pas tirer
l’énergie dont il a besoin de la lumière
solaire, comme les plantes. Il lui faut de l’énergie
chimique, déjà organisée par
d’autres êtres vivants. Il est tributaire
de leur existence ; quelle tristesse. Et là,
il n’a rien trouvé pour s’en sortir.
Même s’il est capable de transformer du
pétrole en aliment c’est encore de l’énergie
d’origine biologique fossile. Sachant qu’il
sait, il s’attribue le titre de sapiens et n’a
plus le temps d’y penser puisqu’il fonce.
Au cours des temps, l’homme a commencé
de cueillir pour s’alimenter ; quand la production
naturelle était faible, il avait faim puis
mourait. Il a alors inventé l’agriculture.
L’objectif était de favoriser une production
par rapport aux équilibres naturels. Dès
ce début de l’agriculture ce fut la course
aux rendements. Elle se poursuit encore aujourd’hui.
Plus de quintaux, plus de litres.....plus d’hommes.
La prise de conscience est encore très timide,
réservée soit à une poignée
d’intellectuels, soit à un réduit
philosophique minoritaire. Certes on commence a parler
de biologie, de biodiversité, d’écosystéme,
d’équilibres naturels, mais on a l’impression
qu’on se rassure de n’avoir pas les moyens
d’agir. Agir c’est aussi freiner et freiner
c’est tellement impopulaire. Durable devient
le leitmotiv sur lequel on est tous d’accord
mais à condition que cette durabilité
soit une fuite en avant.
Quand les choses sont sérieuses et que leur
maîtrise nous échappe, il nous reste
l’humour, la dérision et la licence poétique
pour nous aider à les supporter.
On est dans cet océan de course, au développement
(en confondant croissance et développement),
au rendement, au plus dans tous les domaines, à
l’obésité physique et intellectuelle.
Au détour d’un chemin surgit un petit
îlot, charmant mais chahuté par les vagues
de l’océan qui vont le submerger : les
vins de terroir et le principe des appellations d’origine
qu’elles soient d’ailleurs contrôlées
(hum) ou non.
Tout le monde n’embarquera pas sur l’îlot,
il ne peut accueillir que des minorités et
les minorités, ça s’écrase.
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Le
terroir n’est pas un record
Un vin de terroir est produit depuis très longtemps
au même endroit, avec les mêmes cépages,
les mêmes conditions de production, les mêmes
techniques de vinification, dont l’évolution
a été mesurée et parfois refusée,
par des hommes qui, grâce à l’amour
qu’ils avaient de leur produit l’ont fait
apprécier et demander par des amateurs. C’est
l’inverse du produit issu de l’étude
du marché ; il ne répond pas à
une demande mais il crée un besoin. Tous les
économistes vous diront que c’est débile
et que ça n’est pas comme celà
que l’on avancera, que pour répondre
au marché il faut qu’un besoin ait été
reconnu et surtout que la production suive.
Les vins de terroir sont produits en quantité
limitée. Connaissez-vous beaucoup de productions
agricoles où l’on se fixe une limite
supérieure pour le rendement ? Et pourtant
toutes les AOC ont cette limite. Elle est parfois
très basse par rapport au potentiel de la vigne.
C’est autour de 30 Hl par hectare que les
vins de Bourgogne portent leur message le plus fort.
Jusqu’à 50 Hl/h , le message s’estompe
progressivement mais au delà le vin ne sait
plus raconter son histoire, soit qu’il est devenu
technologique, soit qu’il est essoufflé
et va mourir très vite. Un vin qui se garde
est un vin en bonne santé, au potentiel anti-oxydant
élevé. La perte de cette résistance
à l’oxydation c’est la perte de
la santé aussi bien chez l’homme que
chez le vin.
Dans les vins de terroir les freins sont serrés.
Non seulement vis à vis du rendement mais aussi
de tous les autres facteurs de production. Les lieux
de production sont étroitement délimités
; il n’est pas question de les étendre
inconsidérément, ils doivent répondre
à des critères de sol, de climat, de
pente, d’eau, d’exposition, de gélivité,
d’environnement, de paysage..... Ces exigences
sont trop souvent perçues comme des impedimenta
en oubliant leur raison d’être. Un responsable
d’une grande maison de Champagne me disait ;
j’ai un marché, je suis capable de produire
et l’on me refuse l’autorisation de planter
; c’est contraire à toutes les règles
du développement économique que l’on
m’a apprises. Nous revoilà entraînés
par ce courant de développement qui nous entoure.
Non, décidemment les vins de terroirs n’ont
pas de place dans le monde d’aujourd’hui.
Et pour communiquer, leurs records sont absents. Il
ne suffit pas d’avoir raison. Si on est incapable
de convaincre, on a tort.
Comment s’exprime
le terroir
Avant d’entrer dans le propos et pour ne pas
décourager les nouvelles zones viticoles, il
faut rappeler que l’exigence minimale pour parler
de terroir est que celui-ci marque son produit par
le triple effet du cépage, des caractères
pédologiques, topographiques, climatiques du
lieu géographique et enfin de l’homme,
à la fois par les conditions de production
qu’il s’impose et par les différentes
formes de communication qui supportent le produit.
Cet ensemble conduit à une image, symbolique
du terroir en question.
Le terroir contient donc une forte composante humaine
c’est à dire que là où
l’homme n’a pas encore pris en charge
leur reconnaissance il existe de nombreux terroirs
qui s’ignorent. L’exigence essentielle
pour leur reconnaissance est de les laisser s’exprimer
avec la diversité, par exemple celle des millésimes,
dont la technologie ne doit pas gommer les différences.
Le marché aime ou n’aime pas. Mais on
ne peut à la fois répondre aux exigences
du marché et prétendre à une
valorisation par le terroir. C’est une gymnastique
à laquelle d’aucuns s’essayent
mais qui montre vite ses limites.
L’accès aux produits de terroir est ouvert
mais au prix d’une rigueur qui paraîtra
douloureuse à certains. Le terroir étant
une propriété collective de toute une
zone de production cette rigueur s’imposera
à tous, impliquant ainsi une auto-discipline,
la notoriété générale
bénéficiant à tous. C’est
plus facile à dire qu’à faire.
Les stress : expression
des terroirs
Les terroirs marquent leurs produits de différentes
façons mais dans les balbutiements de la connaissance
biologique actuelle concernant les réponses
globales de l’être vivant, ce que l’on
sait voir et mesurer c’est les à-coups,
produits par ce qu’on appelle les stress.
Afin de comprendre et généraliser la
notion de stress nous allons partir de la situation
biologique découlant de l’absence de
stress.
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