Une plante non stressée se trouve dans des
conditions idéales de croissance. C’est
ce que l’on rencontre dans certaines cultures
de serre (climat contrôlé) et encore
plus quand elles sont réalisées en conditions
hydroponiques, c’est à dire sur solution
nutritive artificielle (alimentation contrôlée).
Tous les besoins de la plante sont alors entièrement
et aisément satisfaits. La plante fait fonctionner
ses gènes de synthèse de matière
végétale, son rendement est maximum
et elle n’a pas besoin de mettre en oeuvre ses
moyens de contournement des difficultés puisqu’elle
n’en rencontre pas.
Par exemple elle développera un système
racinaire très petit puisqu’elle trouve
l’eau et les éléments nutritifs
en abondance. Si elle en manquait elle devrait accroître
ses racines pour aller chercher plus loin ce qui lui
manque. Son rendement en feuilles et en fruits serait
diminué parce qu’elle aurait une alimentation
moins abondante et parce qu’elle serait obligée
de dépenser de l’énergie pour
aller chercher ce qui lui manque. Son fonctionnement
serait alors différent, les régulations
biologiques qu’elle serait obligée de
mettre en oeuvre produisant une matière organique
différente, incluant le résultat du
fonctionnement de ses gènes de défense
et faisant partie de ce que l’on a coutume d’appeler
son métabolisme secondaire.
Quand la plante ne rencontre aucune difficulté
pour vivre on constate qu’elle produit une matière
végétale de base : une tomate de
contre-saison produite en serre constitue un exemple
parlant. C’est une matière vivante de
type industriel si l’on peut oser cet oxymore.
Tout est optimisé mais on obtient un produit
de série. Ceux qui recherchent un produit typé,
marqué par l’homme, même s’il
n’ont plus faim, restent insatisfaits. Ces produits
techniques ne racontent pas leur histoire puisqu’on
a fait en sorte de leur tracer un chemin sans histoire.
Quelques exemples
de stress
Le manque d’eau
Quand la vigne manque d’eau, elle a une double
réaction : d’une part elle l’économise
et d’autre part elle va la chercher.
Elle l’économise en fermant ses orifices
respiratoires : les stomates et elle est ainsi capable
de rester une quinzaine de jours en apnée,
de façon parfaitement réversible (fig.
1). Puis, si le manque d’eau continue les dégâts
vont apparaître, sur les feuilles d’abord
puis sur le raisin. Pendant la 1ère étape
on constate qu’elle hâte la maturation
de ses fruits, la synthèse de polyphénols
est stimulée et les métabolismes de
maturation s’accélèrent.
Parallèlement elle stimule la croissance de
son appareil racinaire, qui va chercher l’eau
de plus en plus profondément, accédant
ainsi à de nouvelles disponibilités.

Figure 1 : Un stomate sur feuille
de vigne :
un clin d’oeil ouvert sur le monde.
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On
pourrait croire que la seule réponse à
la sécheresse est l’irrigation. Ce serait
oublier le rôle de l’homme qui connait
son terroir et cherche à lui permettre de s’exprimer.
En effet, l’homme maîtrise les distances
de plantation donc le volume de sol exploité
et la conduite du système foliaire qu’il
peut freiner pour induire un besoin en eau diminué.
Dans les vignobles classiques chaque pied de vigne
dispose entre 1 et 5 m2 de sol, c’est à
dire pour fixer les idées entre 250 et 1250
litres d’eau pour son cycle végétatif.
Mais le système de plantation choisi par l’homme
peut aussi chercher à induire le stress hydrique.
En Bourgogne avec un pied de vigne au m2, les réserves
du sol sont très vite épuisées
et vers le début du mois d’août
une courte période sans pluie induit le stress
de la vigne, dont on sait l’intéret pour
le déclenchement de la maturation. En climat
septentrional, ou la maturité n’est pas
facilement atteinte chaque année (sauf changement
climatique) on perçoit l’intéret
de ce mode de culture à haute densité,
malgré son coût élevé.
Le raisin puis le vin sont ainsi marqués par
les réactions et les régulations que
la vigne a dû mettre en place.
Une technique induisant une sécheresse unilatérale
alternée du système racinaire de la
vigne a été proposée en Australie,
pour induire des réactions à la sécheresse
tout en fournissant de l’eau. On va donc jusqu’à
tricher avec le terroir, c’est bien la preuve
de son intérêt.
Le resvératrol
et la biosynthèse des polyphénols flavonoïdes.
Qu’est-ce qui différencie deux
vins l’un de l’autre. L’un qui au
bout de 2 ou 3 ans se videra, brunira, prendra des
arômes évolués d’oxydation
et l’autre, qui au bout de 20 ans sera encore
de couleur vive, avec un nez qui aura mûrit
mais sera resté agréable, dans lequel
des arômes secondaires puis tertiaires se seront
développés à partir du support
initial. Ceux qui chercheront à vous faire
croire que l’origine de la différence
se trouve ailleurs que dans le raisin masquent la
réalité.
Des éléments de réponse, scientifiquement
établis, vont être fournis par l’analyse
de la situation découlant de l’étude
du resvératrol : c’est un produit marqueur
du terroir dont l’étude, qui a été
menée très loin, jusqu’au gène,
a permis de comprendre le fonctionnement de la vigne
sous l’effet de facteurs du terroir.
Rappelons tout d’abord que la vigne ne produit
pas de resvératrol si elle n’est pas
soumise à un stress, on dit, si elle n’est
pas élicitée. Donc quand les conditions
de fonctionnement de la vigne ne rencontrent pas de
difficultés, ni le raisin ni à fortiori
le vin ne contiendront de resvératrol. C’est
la situation de la plante se trouvant dans les conditions
idéales de croissance, décrites plus
haut.
Le resvératrol est un polyphénol produit
uniquement dans certaines circonstances, par le fonctionnement
de la voie de biosynthèse des flavonoïdes,
très active chez la vigne.
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