Professeur
Roger BESSIS

Professeur émérite
à l’Université de Bourgogne
Institut Jules GUYOT
Rue Claude LADREY - 21000 DIJON
 
résultat de la mesure et de l’effet des stress chez la vigne.
L’élicitation est la pierre angulaire de notre démonstration de l’effet terroir. Un éliciteur est donc un facteur extérieur qui conditionne l’apparition d’un fonctionnement produisant une substance. L’éliciteur met en activité une recette contenue dans le patrimoine génétique qui produit
alors un effecteur chimique?: une enzyme. Les techniques moléculaires ont permis de montrer que 4 heures après l’élicitation les messages de réponse étaient déjà présents et mettaient en marche la production de stilbène-synthase qui lançait la production de resvératrol en prélevant des substrats chimiques sur la voie, très active, de biosynthèse des flavonoïdes (schéma).
L’élicitation est constituée par un stress. Dans les conditions du vignoble c’est la perception de la présence d’un champignon parasite, Botrytis cinerea, qui élicite la production de resvératrol, inhibant ainsi son développement en pourriture grise. Mais de nombreux autres éliciteurs, naturels ou artificiels ont été reconnus ; le plus utilisé d’entre-eux pour les études de laboratoire consiste une une agression mesurée, par des UV relativement courts.
Pour notre objectif, la démonstration est faite qu’un agent extérieur, donc dépendant du terroir, conduit à un produit spécifique dans le vin : le resvératrol et ses dérivés.
Le resvératrol va donc être particulièrement présent dans les vins rouges (extraction) septentrionaux (production) qui en contiennent généralement entre 2 et 10 mg / l. Les vins issus du Pinot noir; originaires de Bourgogne et de Suisse sont bien placés vis-à-vis de leur contenu en resvératrol.
La notoriété du resvératrol découle de ses propriétés remarquables que nous nous contenterons de signaler ici.
• Le resvératrol est un anti-oxydant puissant.
• Le resvératrol est très actif sur des acteurs du risque
cardio-vasculaire tel que l’oxydation du LDL cholestérol et l’hyper-agrégation plaquettaire.
• Le resvératrol a des actions anti-inflamatoires
• Le resvératrol a un effet spécifique : c’est un facteur antiprolifératif qui freine la naissance et l’évolution de tumeurs.
• Des travaux récents montrent une activation par le resvératrol de l’expression de gène SIR2, ralentisseur du vieillissement.
Toutes ces connaissances découlent de travaux scientifiques initiés vers 1990 sur la vigne en Bourgogne par l’équipe de R. BESSIS et P. JEANDET et poursuivis sur la santé humaine aussi bien en Bourgogne (D. BLACHE - N. LATRUFFE) que partout dans le monde.
La liaison - terroir, produit typique, santé - est donc établie. Le terroir n’est pas seulement une construction culturelle, il repose aussi sur le contenu du produit.
D’autres stress tel que le froid nocturne ou l’éclairage direct du raisin, agissent eux aussi sur la quantité et l’équilibre des polyphénols, mais les connaissances à leur sujet sont encore fragmentaires.

 

  La coulure et le millerandage.
On sait que la fleur de vigne peut suivre trois chemins :
• soit donner un fruit, la baie de raisin : c’est la nouaison,
• soit tomber, l’histoire est sans suite : c’est la coulure,
• soit donner un petit fruit, une baie qui mûrît mais reste petite : c’est le millerandage.
L’orientation vers ces voies dépend du climat : le froid et la pluie favorisent la coulure et le millerandage. Ces processus physiologiques, d’origines diverses, interviennent sur le métabolisme de l’éthylène. Quand ce gaz est produit par la vigne, il joue un rôle hormonal (hormone de stress et de vieillissement) et stimule le fonctionnement d’une structure de coupure du pédicelle de la fleur : la zone d’abscission. Il est peu connu que la vigne décide de couper ses pédicelles floraux quand elle se trouve confrontée à des situations difficiles : des stress au moment de la floraison (fig 2 et 3).
Là encore nous allons faire la relation entre stress et qualité ou plutôt typicité. La coulure partielle conduit à des baisses de rendement donc à une maturation plus rapide et plus complète pour la récolte qui reste. Le millerandage quant à lui augmente la proportion de petites baies c’est à dire qu’il augmente la proportion de pellicule par rapport à la pulpe et l’on sait que c’est dans la pellicule que se trouvent la majorité des métabolites secondaires : polyphénols, couleur, arômes. En Bourgogne il est bien connu, aussi bien avec le Pinot noir qu’avec le Chardonnay que les années à millerandage sont des années qualitatives. Il a été aussi montré que la teneur en potassium de la baie diminue avec la taille de celle-ci, ce qui est corrélé avec une meilleure tenue du vin au vieillissement. Les années à millerandage conduisent donc vers l’obtention de vins de garde. Donc l’effet millésime ne dépend pas seulement des dernières étapes de la maturation mais aussi de toute l’histoire du raisin pour lequel nous venons de montrer l’incidence de l’étape floraison.
Dans le domaine de la santé on doit souligner que produire un vin plus riche en polyphénols et qui augmente son potentiel de garde indiquant sa haute résistance à l’oxydation, laisse augurer une amélioration des effets positifs sur la santé. Dans ce domaine les facteurs que nous venons de mettre en évidence permettent de penser.... mais l’expérimentation reste à faire. Les tests d’évaluation des paramètres d’oxydoréduction aussi bien chez l’homme que dans le vin sont, eux aussi, en cours de maturation.

Figure 2 : Un anneau blanc ceinture la base du pédicelle d’un jeune fruit : c’est la zone de coupure en action. Le programme d’avortement est déclenché.
   

 

 

 

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