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Dans
l’Antiquité, en Grèce, des femmes
appelées Bacchantes étaient les prêtresses
de Dionysos et en Mésopotamie, ce fut une divinité
Siduri Sabitou dont le nom signifie “celle qui
verse à boire” qui initia Gilgamesh à
la dégustation du vin. Les pères fondateurs
de Rome, eux, interdisaient aux femmes de boire du
vin sous peine de châtiments sévères
pouvant aller jusqu’à la peine de mort.
Entre les mythes et les codes très stricts
de certaines sociétés, il y avait une
réalité qu’il n’est pas
toujours simple d’appréhender et qui
tiendrait sans doute du juste milieu. Dès l’Antiquité
les femmes aimaient et buvaient du vin même
si le sexe fort a émis des interdictions et
des réserves quand à la consommation
de vin par les femmes au prétexte que leur
nature même devait leur interdire les boissons
alcoolisées, argument auquel il faut ajouter
les peurs et les tabous liés à l’ivresse
qui, à l’instar d’une possession,
laissait libre cours aux instincts et à l’irrationnel.
Ce qu’Ovide écrivait dans “L’Art
d’Aimer” (livre III, 761-766) où
il prodiguait ses conseils à une jeune femme
sur la manière de se comporter dans des festins
: “Boire est plus à propos et siérait
mieux aux femmes; le fils de Vénus et Bacchus
s’accordent assez bien. Encore faut-il que ta
tête puisse le supporter, que ton intelligence
et ta démarche n’en soient pas troublées,
que tes yeux ne voient pas double. |
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Quel
spectacle honteux qu’une femme étendue
par terre, gorgée de vin?! Elle mérite
que le premier venu la prenne” est resté
longtemps une règle générale.
Qu’une femme boive oui, pourquoi pas, mais qu’elle
reste raisonnable et digne, l’ivresse ouvrant
la porte à toutes les dérives. Dans
les sociétés où le vin était
abondant les femmes ont bu et boivent encore et boiront
certainement si l’on tient pour justes les études
publiées dans la presse. Maintenant les femmes
ne choquent plus personne lorsqu’elles boivent
du vin en public et elles ont étonné
tout le monde en se faisant reconnaître tardivement
mais rapidement dans ce monde du vin, réservé
il y a encore peu de temps aux hommes, où elles
ont su franchir tous les obstacles qui se dressaient
devant elles. Comme les hommes elles sont vigneronnes
(d’après des statistiques du Ministère
de l’Agriculture, 1/4 des exploitations viticoles
sont entre des mains féminines), œnologues,
sommelières, cavistes, directrices commerciales
de maisons de vins, journalistes, dégustatrices.
Des communiqués de presse annoncent la création
de clubs et de concours de dégustation spécifiquement
féminins, ainsi qu’une consommation en
hausse de vin chez les femmes. On assiste donc maintenant
à une égalité des sexes dans
les comportements vis-à-vis de la boisson vineuse.
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Vénus et Bacchus |
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Hommes
et femmes ne sont pas égaux
face au vin
On observe toujours dans l’addiction à
l’alcool une prévalence des hommes (58,5 %)
sur les femmes (41,5 %), et c’est heureux
car les femmes supportent moins bien l’alcool
que les hommes. Le taux d’alcoolémie augmente
plus vite car la masse musculaire est moins importante
chez les femmes et c’est dans les muscles que
le vin diffuse. En conséquence, pour une même
quantité d’alcool absorbée, on remarque
une plus grande concentration d’éthanol
dans le sang chez les femmes. Les femmes éliminent
moins vite et leur réaction à l’alcool
varie selon les incidences hormonales. Quelques chiffres
: pour un poids de 70 kg, boire deux verres de vin de
12 cl provoque un taux d’alcoolémie de
0,41 g à jeun pour un homme et 0,48 g
pour un femme, 0,27 g pendant un repas pour un
homme et 0,31 g pour une femme.
Est-ce pour cela qu’elles sont plus raisonnables
?
Dans un rapport au 1er ministre de 2004, le Directeur
Général de la santé, le Professeur
William Dab avance les chiffres de 45 000 décès
par an dus à une surconsommation d’alcool
concernant les cancers des voies aéro-digestives,
des affections digestives et respiratoires, des maladies
cardio-vasculaires, des accidents, des troubles mentaux.
Parmi ces victimes de l’alcoolisme, 7000 sont
des femmes c’est-à-dire un décès
sur 6. La mortalité due à l’alcool
concerne 0,5/1000 chez les femmes, à titre de
comparaison il est de 3/1000 chez les hommes. L’alcoolisme
féminin est plus caché, mais il frappe
quand même des femmes souffrant de solitude, de
frustration, de manque d’estime ou de confiance
en soi. Les femmes boivent dans l’intimité
de leur maison, chez elles et souvent seules. La culpabilité
est toujours là et les moqueries vis-à-vis
des femmes prises de boisson limitent sans doute chez
certaines la consommation de vin ou d’alcool.
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Les romains qui interdisaient
aux femmes de boire au prétexte qu’il était
abortif n’étaient pas très loin
de la réalité. S’il est un moment
de sa vie où une femme doit s’abstenir
de boire c’est bien lorsqu’elle est enceinte.
L’alcool passe directement dans le fœtus
et cela a toujours des conséquences graves si
l’absorption d’alcool est régulière,
importante et à jeun. En France, on recense 1000
cas par an de syndrome d’alcoolisme fœtal
chez des nouveaux nés dont les mères ont
consommé plus de 6 verres d’alcool
par jour et qui se traduisent par des risques d’accouchement
prématuré, des dysmorphies faciales, des
retards de croissance intra-utérins et des déficits
intellectuels, c’est la plus grande cause de retard
mental des pays occidentaux. Ces cas restent heureusement
minimes dans notre pays où les femmes protègent
précieusement la vie qui est en train de se former
en elles. Cette manière d’agir touche surtout
des femmes très démunies, privées
d’instruction ou extrêmement dépendantes
de l’alcool.
Car, depuis des décennies on note une baisse
constante et régulière de la consommation
d’alcool, en général. Le 19ème
siècle a inventé le terme alcoolisme qui
a fait des ravages dans les populations les plus démunies,
mais les progrès de l’hygiène et
l’éducation et la scolarisation des femmes
ont entraîné une baisse notable de la consommation
de vin qui a diminué de moitié en trente
ans passant de 126 litres par an et par personne en
1961 à 57 litre en 2001, hommes et femmes confondus.
Une enquête réalisée pour Vinexpo
par Cuisine et Vins de France du
17 février au 7 mars 2005 révèle
que les femmes interrogées reconnaissent pour
63,6 % consommer du vin une fois par semaine et
pour 73,3 % moins souvent encore. Ce qui est très
raisonnable puisque l’OMS préconise deux
verres de vin par jour pour les femmes et conseille
de les consommer plutôt durant les repas où
il est mieux digéré et plus apte à
résoudre les problèmes de santé
plutôt qu’en dehors des repas qui entraîne
plus facilement vers une dépendance. |
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Les
bienfaits du vin
Toutes ces considérations pessimistes ne doivent
pas nous faire oublier que si le vin n’est pas
un médicament, il fait partie d’une bonne
hygiène de vie. Il n’est pas nécessaire
de se mettre à boire du vin si on est buveur
d’eau. Cependant une femme adulte, en bonne santé
qui n’est pas enceinte, peut, au cours des repas,
consommer 20 cl de vin par jour dans le cadre d’une
alimentation équilibrée pour un bien être
certain. Les produits de la vigne ont été
utilisés depuis Hippocrate pour protéger
l’espèce humaine de toutes sortes de maladies
ou de dangers. Le mélange de vin et d’eau
permettait de rendre buvable une eau dont on n’était
pas sûr de la qualité, Arnaud de Villeneuve
l’un des doyens les plus connus de l’Ecole
de médecine de Montpellier invente au XIIIème
siècle la distillation du vin pour en faire “l’eau
de vie” (Aquae Vitae) qu’il utilise pour
ses blessés et malades.
Car le vin, qui est un tonique, est considéré
comme un aliment. On lui connaît, depuis l’Antiquité,
un effet diurétique, il facilite la digestion
grâce aux tanins agissant sur les muscles de l’estomac,
sur le côlon, et il diminue la constipation. Les
propriétés bactéricides et anti-allergiques
du vin ont été démontrées.
Les composants anti-oxydants et les polyphénols
du vin ont une action réductrice sur les cancers
de l’ovaire. Les flavonoïdes des polyphénols
du vin rouge ont un rôle phyto-hormonal, en particulier
le resveratrol dont la structure moléculaire,
proche de celles des oestrogènes, peut se fixer
sur les récepteurs d’oestrogènes
de la femme. Sans connaître ces bienfaits, les
sages femmes, autrefois, réconfortaient les accouchées
d’un bon verre de vin doux. Le vin a donc une
action bienfaisante au delà de 50 ans et des
études médicales montrent également
les effets bénéfiques sur les fonctions
cognitives surtout chez la femme d’après
une étude menée par l’INSERM de
Bordeaux II de 1987 à 1997.
Et que l’on soit homme ou femme, les médecins
ont observé qu’avec une consommation modérée
de deux verres par jour et par personne, la France possède
la mortalité cardiovasculaire et coronarienne
la plus basse parmi les pays industrialisés,
mais aussi une baisse des risques de diabète
ou de calculs du cholédoque. Ce sont toujours
les polyphénols du vin qui en empêchant
l’oxydation des lipoprotéines, diminuent
l’agrégation des plaquettes et ont un effet
vaso-relaxant et hypotenseur. C’est le fameux
« Paradoxe Français » propre
à notre pays où l’on boit davantage
de vin que d’alcool et surtout pendant les repas.
Nous sommes les héritiers d’une civilisation
pour laquelle le vin est la boisson habituelle et quotidienne
depuis au moins 2500 ans comme toutes les populations
méditerranéennes. Avec le blé,
il a été l’un des facteurs du développement
de la civilisation gréco-romaine et de ses valeurs,
dont nous sommes les héritiers et les continuateurs,
ils sont même devenus les symboles religieux les
plus représentatifs. |
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Nous sommes un pays du
vin, autour du vin se développa tout un art de
vivre : banquets, libations, art de boire lié
à des rites et fêtes. C’est la boisson
des réjouissances, des fêtes religieuses
et sociales auxquelles les femmes ont toujours participé.
Que serait un repas sans vin, lui qui sublime les plats préparés
avec amour par chaque maîtresse de maison qui
reçoit des invités. Les cuisinières
remarquables qui ont marqué l’histoire
de la gastronomie savent bien combien le vin participe
à l’alchimie des produits : que serait
une daube sans vin, combien tristes seraient toutes
les sauces sans cet apport vineux qui les aromatise
et les bonifie ?
Le vin est un élément civilisateur, les
rois, les empereurs, voire les papes se sont servis
des dieux du vin ou des symboles sacrés du vin
pour établir une société harmonieuse
dont les rites et les pratiques du vin serviront d’exemple.
À ces vertus civilisatrices se substituent les
plaisirs sensuels du vin qui ne peuvent déplaire
aux femmes : le corps se détend par l’entremise
des sens, l’oreille est réjouie par le
bruit du vin versé dans le verre, le nez charmé
par l’odeur, l’œil séduit par
la robe, et le goût enchanté par la saveur
du vin. C’est pour cela qu’il fut toujours
et qu’il reste le compagnon de la galanterie.
Les plaisirs de la boisson et de la bonne chère
sont les prémices de l’amour. Les poètes
chantèrent l’alchimie mystérieuse
que cette divine boisson fait subir aux cerveaux humains,
le bonheur de boire, les délices de l’ivresse.
Car le vin, par l’ivresse, est aussi une transgression
nécessaire à l’homme. Le vin qui
a guérit Dionysos de son chagrin, donne l’oubli
du monde terrestre, de ces vicissitudes et douleurs
morales. Quand on parle d’ivresse il ne s’agit
nullement d’ivrognerie, ni de rouler dans le ruisseau,
mais d’un état enthousiaste cher à
nos anciens grecs. Le vin était avant tout une
boisson de convivialité qui, en faisant tomber
certaine retenue, facilitait les rencontres.
Pour clore ce propos je laisserai la parole à
Plutarque qui dans “le Banquet des sept Sages”
définit ainsi le partage du vin : “L’objet
d’Aphrodite n’est donc pas non plus le coït
et l’union des corps, ni celui de Dionysos l’ivresse
et le vin, mais les effets qu’ils provoquent en
nous par ces moyens, la gaîté, le désir,
l’intimité, les relations qui nous lient
les uns aux autres…. Dans une réunion d’hommes
ordinaires qui n’avaient aucune relation entre
eux et qui ne se connaissaient guère, c’est
Dionysos qui assouplit pour ainsi dire leurs caractères,
en les humectant de vin, comme on assouplit le fer en
le chauffant et qui provoque un début de mélange
et d’amitié entre eux”. |
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