La
presse grand public n’oublie jamais le vin dans
les louanges du régime méditerranéen.
Cependant, pour le cardiologue, l’action bénéfique
de la consommation de vin n’est pas évidente.
Face à ce problème majeur de la prévention
des maladies cardiovasculaires, il est intéressant
de faire le point.
Les effets
délétères de la consommation
d’alcool et de vin :
Les effets néfastes cardiovasculaires sont
nombreux. Un des risques les plus inquiétants
est celui de l’hémorragie cérébrale.
De nombreuses études cas-témoins ont
clairement démontré que la consommation
excessive d’alcool induit une augmentation du
risque d’hémorragie cérébrale.
Une étude prospective, récente, a montré
que le risque d’hémorragie cérébrale
chez le buveur excessif (plus de 6 verres par jour)
reste modéré (1,9 fois) et que le consommateur
modéré, même âgé,
a un risque équivalent au sujet abstinent [1].
Une des actions néfastes de l’alcool
est son rôle dans l’aggravation du risque
d’hypertension. Cependant, l’analyse de
cette relation semble montrer que l’effet délétère
sur l’hypertension est surtout lié à
la consommation d’alcool en dehors des repas
quel que soit le type d’alcool.
La consommation d’alcool joue également
un rôle délétère majeur
sur la fonction cardiaque, induisant ou favorisant
la survenue de myocardiopathies dilatées primitives.
L’alcool n’est également pas innocent
dans l’induction des arythmies cardiaques. Le
risque n’est pas lié seulement au fameux
“Holiday heart syndrome” suggéré
par la fréquence double de consommateur d’alcool
chez les patients hospitalisés pour une fibrillation
auriculaire le week-end par rapport aux sujets présentant
une FA en semaine. Le risque est présent face
à une consommation chronique, comme cela a
pu être démontré dans la cohorte
de Framingham. Le risque d’arythmie est sûrement
la cause essentielle du risque potentiel d’accident
vasculaire cérébral ischémique.
Une consommation supérieure à 2 verres
par jour induit une augmentation du risque d’AVC
ischémique. Face à ces effets, il est
évident que le cardiologue reste prudent quant
au problème de la consommation d’alcool.
Néanmoins,
les épidémiologistes persistent dans
leur affirmation :
la consommation modérée d’alcool
a un effet bénéfique
Les études épidémiologiques se
succèdent et retrouvent de façon permanente,
témoin de sa robustesse, la courbe en J montrant
le rôle bénéfique d’une
consommation modérée d’alcool
sur la mortalité coronarienne et l’augmentation
du risque de cancer et de cirrhose à doses
élevées. L’action bénéfique
sur le risque cardiovasculaire apparaît indépendante
du type même d’alcool consommé,
vin, bière ou autres boissons alcoolisées,
prédominant chez la femme et médié
par son action bénéfique sur le risque
d’infarctus aigu du myocarde.
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La courbe dose-réponse montre que la meilleure
dose à conseiller est vraisemblablement l’équivalent
de 250 ml de vin par jour [2].
Le rôle bénéfique de l’alcool
touche également les autres facettes de la
maladie athéroscléreuse comme l’artérite
des membres inférieurs.
La consommation modérée d’alcool
protège également du déclin cognitif
chez la femme [3] et pourrait protéger de la
démence vasculaire, tout au moins par une consommation
modérée de vin.
Comment expliquer
le rôle bénéfique de la consommation
alcoolique sur les maladies
cardiovasculaires ?
Les explications sont complexes à la fois sociales
et liées aux effets directs de l’alcool
ou du vin sur l’organisme. Il apparaît
en France tout au moins, que les consommateurs de
vin ont une meilleure hygiène de vie. La consommation
modérée d’alcool diminue également
le niveau de stress, jouant par là-même
un rôle dans la prévention des AVC.
L’action la plus importante semble toutefois
liée à son effet biologique dominé
par trois cibles, le HDL cholestérol, le fibrinogène
et l’HbA1C.
Il existe également de nombreuses autres actions,
notamment les effets antiagrégants et antioxydants
qui peuvent participer à l’action bénéfique
des boissons alcoolisées et notamment du vin.
En conclusion
:
La consommation d’alcool et plus particulièrement
du vin protège le sujet des pathologies cardiovasculaires
à condition toutefois d’être consommé
au cours des repas et de façon modérée.
Cette consommation ne doit cependant jamais être
recommandée à la place d’une prise
en charge hygiéno-diététique
adaptée et médicamenteuse lorsque celle-ci
est nécessaire.
[1] Klatsky, A.L.,
M.A. Armstrong, G.D. Friedman, and S. Sidney. 2002.
Alcohol drinking and risk of hemorrhagic stroke. Neuroepidemiology.
21:115-22.
[2] Di-Castelnuovo, A., S.
Rotondo, L. Ioacoviello, M.B. Donati, and G. de Gaetano.
2002. Meta-analysis of wine and beer consumption in
relation to vascular risk. Circulation. 105:2836-2844.
[3] Stampfer, M.J., J.H. Kang,
J. Chen, R. Cherry, and F. Grodstein. 2005. Effects
of moderate alcohol consumption on cognitive function
in women. N Engl J Med. 352:245-53. |