Pr Jacques Bonnet
Hôpital Cardiologique
du Haut Levêque, Pessac
 
un faux ou un vrai ami du cardiologue ?

La presse grand public n’oublie jamais le vin dans les louanges du régime méditerranéen. Cependant, pour le cardiologue, l’action bénéfique de la consommation de vin n’est pas évidente. Face à ce problème majeur de la prévention des maladies cardiovasculaires, il est intéressant de faire le point.

Les effets délétères de la consommation d’alcool et de vin :
Les effets néfastes cardiovasculaires sont nombreux. Un des risques les plus inquiétants est celui de l’hémorragie cérébrale. De nombreuses études cas-témoins ont clairement démontré que la consommation excessive d’alcool induit une augmentation du risque d’hémorragie cérébrale. Une étude prospective, récente, a montré que le risque d’hémorragie cérébrale chez le buveur excessif (plus de 6 verres par jour) reste modéré (1,9 fois) et que le consommateur modéré, même âgé, a un risque équivalent au sujet abstinent [1].
Une des actions néfastes de l’alcool est son rôle dans l’aggravation du risque d’hypertension. Cependant, l’analyse de cette relation semble montrer que l’effet délétère sur l’hypertension est surtout lié à la consommation d’alcool en dehors des repas quel que soit le type d’alcool.
La consommation d’alcool joue également un rôle délétère majeur sur la fonction cardiaque, induisant ou favorisant la survenue de myocardiopathies dilatées primitives.
L’alcool n’est également pas innocent dans l’induction des arythmies cardiaques. Le risque n’est pas lié seulement au fameux “Holiday heart syndrome” suggéré par la fréquence double de consommateur d’alcool chez les patients hospitalisés pour une fibrillation auriculaire le week-end par rapport aux sujets présentant une FA en semaine. Le risque est présent face à une consommation chronique, comme cela a pu être démontré dans la cohorte de Framingham. Le risque d’arythmie est sûrement la cause essentielle du risque potentiel d’accident vasculaire cérébral ischémique. Une consommation supérieure à 2 verres par jour induit une augmentation du risque d’AVC ischémique. Face à ces effets, il est évident que le cardiologue reste prudent quant au problème de la consommation d’alcool.

Néanmoins, les épidémiologistes persistent dans leur affirmation :
la consommation modérée d’alcool
a un effet bénéfique

Les études épidémiologiques se succèdent et retrouvent de façon permanente, témoin de sa robustesse, la courbe en J montrant le rôle bénéfique d’une consommation modérée d’alcool sur la mortalité coronarienne et l’augmentation du risque de cancer et de cirrhose à doses élevées. L’action bénéfique sur le risque cardiovasculaire apparaît indépendante du type même d’alcool consommé, vin, bière ou autres boissons alcoolisées, prédominant chez la femme et médié par son action bénéfique sur le risque d’infarctus aigu du myocarde.

 

La courbe dose-réponse montre que la meilleure dose à conseiller est vraisemblablement l’équivalent de 250 ml de vin par jour [2].
Le rôle bénéfique de l’alcool touche également les autres facettes de la maladie athéroscléreuse comme l’artérite des membres inférieurs.
La consommation modérée d’alcool protège également du déclin cognitif chez la femme [3] et pourrait protéger de la démence vasculaire, tout au moins par une consommation modérée de vin.

Comment expliquer le rôle bénéfique de la consommation alcoolique sur les maladies
cardiovasculaires ?

Les explications sont complexes à la fois sociales et liées aux effets directs de l’alcool ou du vin sur l’organisme. Il apparaît en France tout au moins, que les consommateurs de vin ont une meilleure hygiène de vie. La consommation modérée d’alcool diminue également le niveau de stress, jouant par là-même un rôle dans la prévention des AVC.
L’action la plus importante semble toutefois liée à son effet biologique dominé par trois cibles, le HDL cholestérol, le fibrinogène et l’HbA1C.
Il existe également de nombreuses autres actions, notamment les effets antiagrégants et antioxydants qui peuvent participer à l’action bénéfique des boissons alcoolisées et notamment du vin.

En conclusion :
La consommation d’alcool et plus particulièrement du vin protège le sujet des pathologies cardiovasculaires à condition toutefois d’être consommé au cours des repas et de façon modérée. Cette consommation ne doit cependant jamais être recommandée à la place d’une prise en charge hygiéno-diététique adaptée et médicamenteuse lorsque celle-ci est nécessaire.

[1] Klatsky, A.L., M.A. Armstrong, G.D. Friedman, and S. Sidney. 2002. Alcohol drinking and risk of hemorrhagic stroke. Neuroepidemiology. 21:115-22.

[2] Di-Castelnuovo, A., S. Rotondo, L. Ioacoviello, M.B. Donati, and G. de Gaetano. 2002. Meta-analysis of wine and beer consumption in relation to vascular risk. Circulation. 105:2836-2844.

[3] Stampfer, M.J., J.H. Kang, J. Chen, R. Cherry, and F. Grodstein. 2005. Effects of moderate alcohol consumption on cognitive function in women. N Engl J Med. 352:245-53.

 

 

 

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